Tous les articles par Frère Benoît

Tolérer la tolérance ?

Tolérer la tolérance ?

Lors des attentats à Paris de novembre 2015, après qu’on eut découvert que tout avait été pensé et préparé en Belgique, un psy expliquait dans le journal Sud-Ouest que c’est « un pays de très grande tolérance », allant jusqu’à tolérer des groupes islamiques radicaux. La question se pose donc : faut-il encore tolérer la tolérance ?

Nous commencerons par définir la tolérance, puis nous verrons la manière dont elle est mise en avant aujourd’hui. Nous réfléchirons ensuite sur la possibilité d’être tolérant lorsqu’on croit à une vérité valable pour tous. Poursuivre la lecture

Prise d’habit de frère…

L’attente…

Comment s’appellera-t-il ? En cette fin d’après-midi du 6 août, la question est dans la tête de chacun des frères. Éric, notre postulant, prend l’habit monastique en ce jour de la Transfiguration (avouez que c’est bien choisi : revêtu d’un blanc éclatant en même temps que le Christ !) Il en profite pour changer de prénom, signe de la conversion profonde qu’il veut vivre continuellement à l’école de S. Benoît. Mais voilà, ce nouveau prénom est pour l’instant gardé secret. Il a été discuté entre le père abbé, le maître des novices et l’intéressé. Éric avait proposé deux prénoms (non révélés), s’en remettant au choix des « autorités »… Pour l’instant, rien n’a filtré. Toute la communauté attend avec impatience la nouvelle appellation contrôlée !
La petite cérémonie a lieu dans la vieille église au cours de l’office des vêpres. Cette simplicité rappelle qu’il ne s’agit que d’une étape et non d’un engagement. Autour d’Éric : quelques proches, tous ont les yeux bridés comme lui, ils comprennent tous le français, mais s’expriment plus volontiers en chinois. Ses grands-parents avaient quitté la Chine, et ses parents sont arrivés en France dans les années 1950-60 depuis le Vietnam et Taïwan. Il a grandi en France et aux États-Unis, mais sa langue maternelle est le chinois (le cantonnais plus exactement, si j’ai bien compris).

L’habit ne fait pas le moine ?

Depuis onze mois qu’il est parmi nous, Éric a montré qu’il veut vraiment adopter notre style de vie. Par un vote, la communauté s’est prononcée en faveur de ce premier pas qui est simplement une insertion plus visible dans la communauté par le port de l’habit. C’est connu « L’habit ne fait pas le moine », nous ajoutons volontiers : « mais il y contribue ». Il est une manifestation explicite de l’appartenance à la famille monastique et signe de consécration.
Après le chant des psaumes et une courte lecture, père Abbé, commentant l’événement de la Transfiguration, rappelle quelques aspects du symbole du vêtement : « Cet habit extérieur doit tendre à devenir de plus en plus intérieur ». Puis Éric est revêtu de l’habit blanc des moines olivétains (ça lui va bien !) La prière des vêpres continue, et ce n’est qu’à l’issue de l’office que l’insoutenable suspens prend fin : nous vivrons désormais avec frère Jérémie-Marie (tous, nous ajoutons Marie à notre prénom usuel ; dans la pratique, ce sera simplement frère Jérémie).

Délices d’Extrême-Orient

À la sortie de l’église, il est chaleureusement applaudi et embrassé. Puis vient le temps des agapes : la famille de frère Jérémie nous a préparé un apéritif chinois, accompagné de nems et autres délices d’Extrême-Orient. Il faut faire confiance : un liquide rose fluo, avec une forme blanchâtre reposant au fond du verre (un mollusque ? Un insecte ? Un fruit exotique ? La question reste ouverte, mais c’est bon !) Le lendemain, nous avons droit à un succulent repas chinois préparé par nos hôtes ; sur le menu : Canard landais transfiguré en canard laqué. Il fallait bien rétablir l’équilibre entre le yin et le yang : un Chinois venait d’être transfiguré en moine landais !

La même chose, en couleurs

Pourquoi se confesser ? (vidéo)

Pourquoi se confesser ?

S’avancer vers le sacrement de la réconciliation, ou confession, fait parfois un peu peur. Ce n’est pas une démarche facile.
Et pourtant, ce sacrement de l’Église catholique est une grande chance qui nous est offerte. Il est très important pour la vie spirituelle, et il convient donc de mieux le connaitre et le comprendre pour profiter plus librement de la grâce qui y est offerte.
Voici une conférence donnée par notre frère Benoît pour aider les chrétiens à se préparer à recevoir ce sacrement de la réconciliation, et ainsi guérir de son péché.

Première partie :

Préparation au sacrement de la Reconciliation – 1ere partie

Deuxième partie :

Préparation au sacrement de la Reconciliation – 2e partie

Vous pouvez trouver ici le document d’aide pour un examen de conscience : Examen de conscience. Il résume aussi les points principaux de ce qu’est le sacrement de la réconciliation.

Autre article sur le sujet : Cinq noms pour une guérison

Humilité, douceur, patience

A coller parfois sur son dos ?
A coller parfois sur son dos ?

Reconnaissons-le : parfois, pour nous aborder, il faut prendre des pincettes… Pour diverses raisons, l’explosion menace ! Une simple parole mal formulée peut tout enflammer… Si nous ne voulons pas avoir à coller régulièrement sur notre dos un panonceau comme celui-ci (extrêmement inflammable !), il nous faut suivre le conseil de S. Paul : « Ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience » (Ep 4, 2). Le contexte d’où est issue cette admonition est une exhortation à l’unité. Pour vivre bien avec d’autres, dans l’unité, il est nécessaire de mettre en pratique ces trois belles vertus que sont l’humilité, la douceur et la patience.

Après une courte présentation de ce qu’est une vertu, nous méditerons successivement sur ces trois forces intérieures :

Qu’est-ce qu’une vertu ?
L’humilité
La douceur
La patience
En conclusion
Qu’est-ce qu’une vertu ? Poursuivre la lecture

Lumières sur le Purgatoire

La doctrine du purgatoire

… est tardive dans l’histoire de l’Église. Elle n’a été définie comme une vérité de foi qu’au Concile de Florence (1439).

Si ceux qui se repentent véritablement meurent dans l’amour de Dieu, avant d’avoir par des fruits dignes de leur repentir réparé leurs fautes commises par actions ou par omission, leurs âmes sont purifiées après leur mort par des peines purgatoires et, pour qu’ils soient relevés de peines de cette sorte, leur sont utiles les suffrages des fidèles vivants, c’est-à-dire : offrandes de messes, prières et aumônes et autres œuvres de piété qui sont accomplies d’ordinaire par les fidèles pour d’autres fidèles, selon les prescriptions de l’Église. (Denzinger 1 304)
Le Concile de Trente (1563) reprend et approfondit ces vérités face aux Réformateurs qui les niaient :

L’Église catholique, instruite par l’Esprit Saint, à partir de la sainte Écriture et de la tradition ancienne des Pères, a enseigné dans les saints conciles et tout dernièrement dans ce concile œcuménique qu’il y a un purgatoire et que les âmes qui y sont retenues sont aidées par les suffrages des fidèles, et surtout par le sacrifice de l’autel si agréable à Dieu. Aussi le saint concile prescrit-il aux évêques de tout faire pour que la saine doctrine du purgatoire, transmise par les saints-Pères et les saints conciles, soit l’objet de la foi des fidèles, que ceux-ci la gardent, et qu’elle soit enseignée et proclamée en tous lieux.

On exclura des prédications populaires auprès des gens sans instruction les questions plus difficiles et subtiles, qui ne sont d’aucune utilité pour l’édification, et desquelles la plupart du temps la piété ne tire aucun profit. On ne permettra pas que soient divulgués et abordés des points incertains ou qui sont apparemment faux. On interdira, comme scandaleux et offensant pour les fidèles, tout ce qui relève d’une certaine curiosité ou de la superstition ou tout ce qui a indécemment un goût de lucre. (Denzinger 1820)

Plan :

D’où ça sort ?
Qu’est-ce que le purgatoire ?
Comment éviter le purgatoire ?
Comment aider les âmes du purgatoire ?
Conclusion

Poursuivre la lecture

L’évènement Vatican II – J. W. O’Malley

John W. O’Malley, L’événement Vatican II, La part-Dieu 18 (Lessius, 2011), Diffusion Cerf, 446 p.

Certains érudits répondant à une question précise creusent en toutes directions des questions souterraines que l’interrogateur ne soupçonnait pas… Parfois, ce dernier peut en arriver à ne plus comprendre sa propre question !
D’autres érudits conduisent plutôt à des points de vue supérieurs, d’où se voient bien les grandes lignes du paysage. En les écoutant, des questions fort complexes deviennent simples, des points obscurs prennent sens car on découvre qu’ils sont situés au point d’intersection de mouvements de terrains n’allant pas forcément dans la même direction.
Le père John W. O’Malley fait partie de cette deuxième sorte. Il a passé des années à étudier Vatican II : ses sources, sa forme, ses acteurs, ses courants de pensée, son déroulement, ses applications, les compréhensions qu’on en a eu, etc. Avec une maîtrise peu commune, il a écrit un livre très abordable (nous avons pu le lire au réfectoire sans difficulté ! C’est une garantie !) qui permet de pénétrer dans ce qu’a été cet événement majeur de l’Église au XXe siècle.
Après une introduction très éclairante sur les courants théologiques qui ont précédé la réunion du concile, l’auteur nous présente le déroulement des sessions successives, mettant en lumière le style complètement nouveau adopté par les Pères, les personnalités des ténors des deux grandes tendances qu’il nomme avec sagesse minorité et majorité (pour éviter conservateurs et progressistes, catégories qui ne rendent pas compte de la réalité). L’ébullition intellectuelle et la maturation des idées sont bien situées dans le contexte de l’époque, sans omettre les pressions terribles exercées par les deux tendances, notamment sur les deux papes successifs. Ceux-ci, Jean XXIII et Paul VI, ont réussi à tenir la barre dans les tempêtes, arrivant à faire mûrir les questions jusqu’à conduire toujours à des votes pratiquement unanimes (Le texte le plus âprement discuté : le décret sur la liberté religieuse, a été adopté par 2 368 voix contre 70).
L’auteur fait aussi apparaître une donnée étonnante : sur des thèmes aussi variés que l’œcuménisme, le ministère des évêques et des prêtres, les relations entre Tradition et Écritures, la liberté religieuse, etc. les clivages entre minorité et majorité sont restés identiques. Il en conclut que sous les problèmes évoqués ouvertement se cachaient des questions sous-jacentes qui partageaient les avis en amont. Avec maîtrise, il a réussi à dégager trois questions, implicitement présentes dans tous les documents du Concile, qui n’ont jamais été discutées pour elles-mêmes (sauf la deuxième), mais
seulement dans leurs implications ; elles donnent une clé d’interprétation des textes conciliaires. Si vous voulez les connaître vraiment, je vous invite à lire ce livre ! J’en donne simplement une énumération succincte :
1. La conception du changement (aggiornamento) : retour aux sources, développement ou adaptation au monde ?
2. Le rapport du centre (pape) à la périphérie (les évêques dans leur diocèse) : c’est la question de la collégialité épiscopale.
3. Quel style pour l’Église et pour le concile lui-même ? Fallait-il abandonner un style juridique ou inviter au dialogue avec le monde ?
Les réponses apportées à ces questions ont dessiné le nouveau visage de l’Église, lui donnant ce dont elle avait absolument besoin pour affronter les défis du monde moderne (et postmoderne !) Cinquante ans après sa célébration, la réception de Vatican II est loin d’être achevée, ce livre peut nous aider à accueillir ce que l’Esprit dit aux Églises (Ap 2, 17).