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Travailler ou prier ? Avec les Pères du désert… 1/5

Travailler ou prier : telle est la question…

On ne peut pas tout faire dans la vie ! Il y a ceux qui prient, et puis il y a ceux qui travaillent. Me croirez-vous ? Les moines eux-mêmes sont divisés sur la question ! Alors partons faire une enquête chez quelques figures vénérables parmi eux : les fameux Pères du désert d’Égypte. Suivez-moi pour cinq visites ! Voici la première… Poursuivre la lecture

Ascension : L’humanité à la droite du Père

Ascension A :
Actes 1, 1-11

Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux.

Comment comprendre cette solennité de l’Ascension ? Est-ce seulement l’ultime fait de la présence corporelle de Jésus sur cette terre ? S’agit-il seulement de finir en beauté et dans le mystère les 40 jours d’apparition après la Résurrection ?
La lecture du début du livre des Actes des Apôtres nous donne quelques pistes pour méditer sur ce qui nous est révélé

La glorification du Christ

St Luc, qui a écrit les Actes des Apôtres, nous rapporte un événement avec la précision d’un historien. Nous sommes 40 jours après Pâques, durée très symbolique durant laquelle Jésus s’est montré vivant à ses disciples. Il a pu leur permettre de bien comprendre que c’est lui-même qui est mort sur la croix et qui a été mis au tombeau, puis qui est revenu à leur rencontre, vivant. Il leur a fait constater que tout son être est vivant, y compris son corps. Pour la première fois, la mort n’a donc pas eu de prise sur l’humanité. L’antique malédiction due au péché des origines a été mise en échec. La mort n’a plus le dernier mot.
Durant toute cette période, Jésus a enseigné ses disciples. Mais manifestement ils n’ont pas encore compris ce qui allait se passer ensuite : ils attendent encore son règne sur terre. C’est alors qu’ayant donné les dernières consignes à ses disciples, il s’élève vers le ciel et disparait dans une nuée. La nuée est le signe de Dieu dans l’Ancien Testament, et c’est sans doute ainsi que les disciples l’interprètent : Jésus retourne à Dieu. Il y retourne dans son humanité complète, avec son corps. Paul nous apprend un peu plus ce qui se passe : le Christ va s’asseoir à la droite de Dieu. Et avec lui, en lui, c’est toute l’humanité qui est glorifiée. Pour être Fils de Dieu à la droite du Père, il n’en reste pas moins totalement homme comme nous.
L’élévation au-dessus de tous les cieux dit aussi le pouvoir qui lui est donné. Exalté dans la gloire, il surpasse toutes les forces. Il n’y a plus de place pour quelque superstition que ce soit : puissances telluriques ou astrales, démons et fantômes en tous genres, tout cela ne peut plus être considéré comme quelque chose par les disciples du Christ. Il domine tout l’univers. Il est manifesté comme celui qui régit toute la Création, visible et invisible, tout lui est soumis.

Poursuivre la mission du Christ

Jésus laisse une mission à ses disciples. Remarquons qu’elle parait disproportionnée pour cette poignée de galiléens, marins d’eau douce pour la plupart. Si valeureux étaient-ils, ils n’étaient pas des puissants de ce monde. Ils avaient eu un peu de mal à suivre Jésus durant trois ans, ils l’avaient presque tous quittés au moment de sa passion, ils étaient enfermés par peur des autorités juives au moment de la résurrection… Ils ne se sentaient probablement pas très capables d’être les témoins de leur maître bien-aimé jusqu’aux extrémités de la terre. Déjà qu’il serait probablement difficile de l’être dans leur propre contrée !
Pourtant ils reçoivent bien cette mission de Jésus. Ils reçoivent sa confiance. Et nous la recevons avec eux, car leur envoi est aussi le nôtre. Nous avons la chance de savoir que la souffrance et la mort n’ont plus le dernier mot, que l’humanité a été glorifié à la droite de Dieu le Père, que le Christ règne sur toute la Création visible et invisible et qu’aucune force obscure n’est plus à craindre. Cette bonne nouvelle est à annoncer à tous, partout, et toujours. Elle est à manifester par nos paroles, bien sûr, mais aussi par toute notre vie, comme le Christ.

Attendre la réalisation de la Promesse

Une double promesse est offerte aux disciples, ou une promesse à deux aspects, l’un proche et l’autre plus lointain : la venue de l’Esprit Saint et le retour du Christ. Il s’agit au fond d’un unique mystère. Christ s’en va pour revenir autrement. Il reviendra d’abord en faisant le don de l’Esprit Saint, son Esprit, avec qui il est un. Les disciples ont côtoyé Jésus, ils ont marché à ses côtés, ils ont appris à le connaître mais sans y arriver vraiment. Désormais le Christ les invite à désirer le connaitre de l’intérieur. Il leur promet qu’ils vivront de sa vie, cette vie sur laquelle les puissances des ténèbres n’ont pas de prise. Sa force va venir en eux. C’est l’Esprit qui le guidera désormais dans leur mission jusqu’aux extrémités de la terre.
La deuxième phase de la promesse se réalisera plus tard. Ce sont les anges qui l’annoncent aux disciples. Le Fils de Dieu reviendra dans sa chair, d’auprès de Dieu le Père, pour nous prendre tous ensemble avec lui. Dès maintenant nous sommes les membres de son Corps. Mais déjà la promesse du Salut définitif nous est donnée, et cette espérance de la fin des temps peut transformer notre vie.

Bonne fête de l’Ascension !

Prière universelle :

PU Ascension A

Rencontrer le Ressuscité

Comment donc rencontrer le Ressuscité ?

Il n’y a rien de spécial à faire pour rencontrer le Ressuscité… ça ne se passe pas dans le « faire ». Il suffit de vivre sa vie de femme ou d’homme, semblent nous dire les Évangiles, et se laisser rencontrer par Celui qui est autre.
Marie-Madeleine et les autres femmes sont dans un surplus de peine qu’elles ont besoin d’exprimer, d’élaborer, dans les derniers gestes de vénération du corps : qui le leur reprochera ? Elles sont submergées par leurs émotions, par leur affectivité écorchée dans les événements dramatiques de la Passion. Elles vivent leur vie de femmes face à la mort.
Les Apôtres sont cachés par peur de subir le même sort que le Maître, ils se savent en danger, ils ont vu la colère des autorités : qui le leur reprochera ? Eux aussi sont submergés par leurs émotions, d’autres émotions, et ils sont eux aussi écorchés par la manière dont s’est terminée ce fantastique compagnonnage avec Jésus. Ils vivent ce que vivent les hommes face à la violence. Poursuivre la lecture

Vivre ensemble cloîtrés

Un peu de sagesse bénédictine pour vivre ensemble cloîtrés ?

Saint Benoît a écrit sa Règle pour « la si puissante catégorie des cénobites », c’est à dire des moines « qui ‘monasteriale’ combattent sous une règle et un abbé » (RB 1, 13 et 2). Ce ‘monasteriale’ peut être traduit à la fois par « vivent en commun » et par « dans un monastère ». Il s’agit donc de vivre ensemble cloîtrés dans une même maison de manière stable. L’idée revient à la fin du chapitre consacré aux « instruments pour bien agir » : « Or l’atelier où nous devons travailler diligemment avec tous ces instruments, c’est le cloître du monastère avec la stabilité dans la communauté. » (4, 78). Et le chapitre sur le portier ajoute : « Le monastère doit, autant que possible, être disposé de telle sorte que l’on y trouve tout le nécessaire : de l’eau, un moulin, un jardin et des ateliers pour qu’on puisse pratiquer les divers métiers à l’intérieur de la clôture. De la sorte les moines n’auront pas besoin de se disperser au-dehors, ce qui n’est pas du tout avantageux pour leurs âmes. » (RB 66, 6-7). Vivre ensemble cloîtrés a donc une valeur très positive pour Saint Benoît, et il y a beaucoup à y gagner ! Ceci dit, on gagne au prix d’un combat, ou au moins par l’exercice d’un art : ça ne se fait donc pas tout seul !
Les moines bénédictins ont la chance de tous être des volontaires pour ce genre de vie. Ils sont même testés à l’entrée : « On n’accordera pas facilement l’entrée à celui qui vient s’y engager dans la vie religieuse; mais on fera ce que dit l’Apôtre : ‘Éprouvez les esprits pour discerner s’ils sont de Dieu.’ » (58, 1-2). Ce qu’on teste, c’est la persévérance dans les difficultés, qui manifeste la fermeté de la décision du postulant. En revanche, cette communauté a ceci de particulier que les membres ne se sont pas vraiment choisi, et/ou n’ont pas grandi ensemble comme dans une famille. Et, effectivement, dans le texte de la Règle on trouve la trace d’une grande diversité de personnalités et d’éducations qu’il ne devait pas être facile de faire cohabiter. Alors qu’est-ce que Saint Benoît met donc en place pour permettre à tous de vivre ensemble cloîtrés ?
Une méditation, du théorique au pratique, en trois étapes : VIVRE / ENSEMBLE / CLOÎTRÉS Poursuivre la lecture

Le Carême : en quarantaine avec le Christ pour médecin

Le Carême : en quarantaine spirituelle

Le mot Carême vient du latin « quarantième », pour désigner le quarantième jour avant Pâques. Cette « quarantaine » peut nous mettre sur la piste du sens du Carême. Si les chrétiens se mettent donc « en quarantaine », c’est pour se préparer à une opération chirurgicale spirituelle : Pâques. Cette opération, c’est le baptême, qui retire de notre être le venin de mort pour nous lancer dans une vie nouvelle d’enfant de Dieu. Pour certains, l’opération va avoir lieu durant la nuit de Pâques. Ils se préparent donc à vivre cette opération vitale, et bénéficient d’une cure intensive durant les jours qui précèdent : ce sont les catéchumènes. Mais tous les chrétiens sont concernés, puisque cette même nuit sera le mémorial et la célébration de leur propre baptême, de leur renaissance dans le Christ, et du rachat de l’Humanité entière, et même de toute la Création. Les baptisés sont donc invités à vivre cette cure pour conserver ce qu’ils ont déjà reçu. Poursuivre la lecture

Apprendre à sanctifier le temps

Apprendre à sanctifier le temps ?

La première leçon est ni plus ni moins l’ouverture de la Bible, au livre de la Genèse…

AU COMMENCEMENT, Dieu créa le ciel et la terre. La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres. Dieu appela la lumière « jour », il appela les ténèbres « nuit ». Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour. (Gn 1, 1-5)

Dans la Genèse, tout a commencé dans la nuit, et dans le silence. L’Esprit de Dieu planait sur les eaux informes et vides, entre ténèbres et abîme. La Parole de Dieu a résonné, et le temps fut créé. « Il y eut un soir, il y eut un matin ». Le temps est né de la voix de Dieu dans la nuit, par la création de la lumière.
Pâques. C’était la nuit. La nuit de la mort. La nuit du tombeau. Tout était fini. L’aube n’était pas encore venue. Viendrait-elle cette aube ? Les femmes marchaient dans la nuit, vers le corps mort, enfermé. Elles se demandaient qui ouvrirait le lieu de mort, l’abîme. Mais voici que la pierre était déjà roulée. Blanc éblouissant, lever du soleil, aube inespérée. Le temps recommence, nouveau. Le Seigneur est ressuscité, et il nous attend en Galilée.
Pour le moine aussi, tout commence dans la nuit. Tout commence dans le silence. Tout recommence par la Résurrection. St Benoît (RB 9, 1-3) invite à entonner le psaume 50 : « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange ! » Et il ajoute le psaume 3 : « je m’éveille : le Seigneur est mon soutien. » Puis il continue par le psaume 94 qui célèbre le Créateur et la Création et pose la question : « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? » Parce que la nuit, c’est le temps du silence. Et le silence, c’est le lieu de l’écoute. Et l’écoute, c’est le cœur de la vocation du moine, du chrétien, de l’homme qui se tient face à Dieu.

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Quand Dieu s’invite parmi les hommes

Annonciation : Quand Dieu s’invite parmi les hommes…

« Dites-nous, messieurs les Apôtres et les Évangélisateurs, d’où sort ce Jésus dont vous nous parlez ? Comment est-il venu dans le monde, cet homme extraordinaire dont vous nous rapportez les paroles et les actes, ce crucifié que vous dites être ressuscité après être passé par la mort ? Qui donc est son père ? Qui est la femme qui l’a porté dans son sein et l’a mis au monde ? Nous aimerions en savoir plus… »

C’est la question que se posaient ceux qui ont entendu en premier la prédication des Apôtres et de leurs collaborateurs. Car, au début, l’annonce de Jésus commençait par la prédication de Jean-Baptiste, et on ne savait rien sur son enfance, sur ses origines. Or Dieu sait si la naissance est importante pour nous autres les hommes ! Tant de choses semblent déjà écrites à ce moment…
La communauté judéo-chrétienne voulait savoir si son père était bien de la tribu de Juda, de la lignée de David, de laquelle devait venir le messie. Elle voulait savoir qui était sa mère, fille d’Israël bénie par le sein de laquelle Jésus avait reçu sa judaïté, car celle-ci se transmet par la maternité. Elle désirait entendre une parole sur les débuts de ce prophète, puisque l’Écriture avait rapporté l’origine de plusieurs autres patriarches et prophètes : s’inscrit-il bien dans la suite de l’Histoire du peuple élu ? Peut-être quelques doutes, ou quelques cancans, couraient-ils sur les places et dans les cœurs, surtout face au grand scandale de l’ouverture à tous les peuples païens des promesses faites au Peuple choisi. C’est Matthieu, le juif, qui va mener l’enquête pour cette communauté.

La communauté chrétienne issue des nations païennes voulait elle aussi savoir quelles étaient les origines de cet homme illustre. Quels sont ses titres de noblesse ? D’où lui vient cette grandeur d’âme ? Les commencements d’une vie disent souvent beaucoup sur le déroulement de la suite. On rapporte ainsi les origines des grands personnages du monde grec. Ce grand homme-là, pourtant, attire riches et pauvres, il a un discours qui parle à tous, il rayonne autre chose que le commun des mortels : quel est donc son mystère ? C’est Luc, le Grec, le disciple de Paul, grand Apôtre des Nations, Luc l’historien et théologien au cœur si sensible, qui va mener l’enquête pour cette communauté.

Et nous, ça nous intéresse aussi. Il y a bien sûr un peu de curiosité sur sa mère, son père, sa famille, son histoire… Curiosité plus ou moins « people » peut-être, mais aussi recherche de sens, puisque Jésus donne sens à nos vies, à nos histoires. Après nous être arrêtés sur l’annonciation à Marie, transmise par St Luc, puis sur l’annonciation à Joseph, transmise par St Matthieu, nous essaierons de faire le lien avec nos expériences spirituelles. Comment Dieu s’invite-t-il parmi les hommes ? Comment Dieu s’invite-t-il dans nos vies ? Comment nous appelle-t-il ? Car il n’a pas fini de venir dans le monde. Il vient encore. Et il viendra un jour définitivement. Comment le reconnaître, comment l’accueillir, lui répondre, aujourd’hui et demain ?

I – Luc 1, 26-38 : « C’est si beau quand Dieu se penche sur la petitesse ! »

Le prologue de l’évangile selon St Luc introduit la transmission d’une sorte de trésor de famille ! St Luc est un conteur de génie, il a l’art du récit, un récit théologique. Il a construit ses deux premiers chapitres, qu’on appelle les Évangiles de l’enfance, comme un diptyque, sur lequel Jean-Baptiste et Jésus sont mis en parallèle. L’annonce à Zacharie de la naissance de Jean est donc parallèle à l’annonce à Marie de la naissance de Jésus. Et le jeu de contraste est très important.
Tout commence en Judée, sous le règne d’un roi, à Jérusalem, dans le Temple, avec le grand prêtre, autrement dit au centre politique du pays et au cœur spirituel du monde. Le Temple, c’est le lieu où l’homme se rapproche le plus près du Ciel. Il est presque normal d’y rencontrer des anges… N’est-ce pas le lieu idéal, semble-t-il, pour accueillir la présence de Dieu et entendre sa Parole ? Et le grand prêtre, choisi par Dieu, éminent spécialiste en matière de religion, n’est-il pas la personne idéale pour reconnaître, croire, et répondre à la manifestation, cet appel de Dieu ? Zacharie voit l’ange. Puis l’ange lui parle et l’appelle par son nom. Mais ça va être un échec partiel : sur le coup, Zacharie a du mal à croire. Pourtant lui et sa femme désiraient un enfant, et l’avaient demandé… mais ils sont vieux, trop vieux. L’ange de Dieu doit se nommer, montrer ses galons pourrait-on dire, pour appuyer son autorité. Tandis que Zacharie va se retrouver sourd-muet, lui qui n’a pas écouté l’ange de Dieu. Néanmoins le plan de Dieu s’accomplira : Élisabeth concevra un fils, et elle saura rendre grâce.
En parallèle, il y a une sorte de coup de théâtre. On voit le Ciel se pencher sur la terre, le Très-Haut, le Très-Grand, se pencher sur la petitesse. Le même ange Gabriel, mandaté par Dieu lui-même, semble descendre des hauteurs, et nous le suivons dans sa course. Il est envoyé dans une petite bourgade inconnue de Galilée, ce « carrefour des nations », région elle-même méprisée sur la terre d’Israël. Rien à voir avec Jérusalem, et moins encore avec Rome, Athènes, ou quelque autre grande ville de renom. Ça commençait mal. On n’attendait pas vraiment Dieu dans ce coin perdu de l’Empire Romain, parmi ces habitants à la race mélangée. Et pourtant, cette fois-ci, on sait tout de suite que ce sera important. Le nom du messager parle de lui-même : cet ange Gabriel est connu dans le livre de Daniel comme celui qui devait annoncer la venue des derniers temps (Dn 9, 21-27).
La récipiendaire du messager divin n’a rien à voir non plus avec le prêtre choisi pour officier dans le Temple de Jérusalem. Cette fois-ci, c’est une vierge. Certes, en Israël, dans les Écritures, une vierge, c’est important, très important. La vierge, la fille de Sion, est porteuse des promesses, de la Promesse. Elle incarne le Peuple élu en attente de la Vie donnée par Dieu pour le monde entier. Mais il y avait des tas de vierges en Israël, et un seul grand prêtre. Pourtant cette vierge-là est toute particulière, ce n’est pas n’importe quelle vierge. Ce qui la rend si singulière entre toutes, c’est que Dieu se penche sur elle. Après avoir défini le pays, Luc nous indique la famille dont elle fait partie du fait de son statut social : fiancée à un certain Joseph, descendant de David, elle fait partie de sa maison. Puis la « cible » de l’ange Gabriel se précise encore et on arrive au prénom de la vierge : Marie.
Il n’est pas dit que l’ange apparaisse, comme pour Zacharie. Il entre et salue. Où entre-t-il ? Sans doute dans le cœur de Marie, plus que dans sa chambre. Marie était ouverte à sa venue, à la venue de son Dieu. L’ange ne l’appelle pas par son nom, comme Zacharie. Il l’appelle par ce qui la caractérise le plus : le don de Dieu. Elle est la « Comblée-de-grâce ». Le nom est très important dans la Bible. Dieu donne souvent un nouveau nom, qui dit une mission au service du Salut. « Comblée-de-grâce » : c’est tout un programme ! Zacharie a eu peur. Marie, elle, est bouleversée quand elle entend ce nom. Autrement dit, son cœur se met à battre très fort. Et son intelligence se met en branle : l’annonce de joie, le titre, l’assurance que le Seigneur est avec elle… plusieurs textes des Prophètes peuvent alors lui revenir en mémoire : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a écarté tes ennemis. Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. » (Sophonie 3, 14.15). « Ô terre, ne crains plus ! exulte et réjouis-toi ! Car le Seigneur a fait de grandes choses. […] Et vous saurez que moi, je suis au milieu d’Israël, que Je suis le Seigneur votre Dieu, il n’y en a pas d’autre. Mon peuple ne connaîtra plus jamais la honte. » (Joël 2, 21.27). « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi » (Zacharie 9, 9).
L’ange va la rassurer et répondre à son attente de sens. Il fait une sorte de commentaire du « Comblée-de-grâce » : « tu as trouvé grâce ». Elle est privilégiée, « objet de la faveur de Dieu », encore peut-être un renvoi au prophète Daniel, lui aussi privilégié, qui reçoit l’annonce de la fin des temps : « Dès le début de ta supplication, une parole a surgi, et je suis venu te l’annoncer, car toi, tu es aimé de Dieu. Comprends la parole et cherche à comprendre l’apparition » (Dn 9, 23). Puis l’ange Gabriel évoque la promesse faite à David par l’intermédiaire du prophète Nathan, que toute femme, toute vierge, toute mère en Israël, dans la tribu de Juda, avait sans doute en tête : la descendance du grand roi fidèle, reprise ensuite par les prophètes : « Le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-même une maison. Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable pour toujours son trône royal. Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. » (2 Samuel 7, 11-14). Concrètement, c’est l’annonce de la conception d’un enfant, conception pas vraiment attendue, comme on va le voir juste après. Il faut être femme, il faut être vierge, pour vraiment comprendre ce que ça veut dire, ce que ça implique charnellement. Mais cela concerne aussi les hommes. Marie est là au nom de toute personne humaine. Sa question, d’ailleurs, va nous mettre sur cette piste.
Marie ne fait pas d’objection. Elle cherche juste à comprendre les modalités, pour résoudre une apparente contradiction. Elle a décidé de rester vierge, et n’imagine même pas que Dieu puisse changer les projets que lui-même lui a inspirés. St Augustin, jouant sur les différentes significations du mot « concevoir », commente la scène en disant que Marie a conçu le Verbe d’abord dans son cœur, avant de le concevoir dans son corps. Le Fils de Dieu est devenu réellement présent en elle spirituellement, avant de le devenir charnellement. Recevoir et concevoir le Verbe de Dieu dans son intériorité, pour transmettre au monde la Vie de Dieu, c’est la vocation du chrétien. Et cela va même plus loin, puisque le chrétien devient lui-même corps du Christ… Grand mystère de la foi.
L’ange Gabriel est descendu jusqu’à la porte du cœur de la Vierge Marie. C’est l’Esprit Saint, Dieu lui-même, qui continuera le chemin pour porter sa Vie jusqu’en son intimité spirituelle et corporelle. Tout est remis entre ses mains avec l’évocation d’une des grandes merveilles de Dieu dans l’Ancien Testament : la naissance inattendue d’Isaac, « car rien n’est impossible à Dieu » (Genèse 18, 14).
Marie conclut en disant sa disponibilité totale à la Parole. « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Elle dit sa vérité. Elle dit sa mission, à sa manière, la plus juste qui soit. Elle dit son union à la mission même du Christ, qui est le Serviteur : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit » (Isaïe 42, 1) ; et dans le Nouveau Testament : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. » (Philippiens 2, 5-7)
Et le Verbe se fait chair. Dieu se fait charnellement présent dans le monde. « Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fête » (Sophonie 3, 17.18)

Pour conclure et synthétiser le récit de Luc : c’est si beau quand Dieu se penche sur la petitesse !
l’attention s’est déplacée du prêtre à la vierge (Luc a d’ailleurs souvent une sorte de regard féminin, en particulier dans ces textes de l’enfance où les hommes se trouvent un peu sur la touche)
– le grand roi vient au monde dans une bourgade méconnue, par l’intermédiaire d’une vierge : rien de brillant, mais c’est une merveilleuse histoire !
Dieu en s’incarnant assume notre humanité, avec toutes ses lois : il prend chair dans le sein d’une femme. « Lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse, afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi et pour que nous soyons adoptés comme fils. » (Galates 4, 4-5). C’est bien différent des dieux grecs et latins.
– plus important : la présence de Dieu semble se déplacer du Temple au sein de la vierge, et surtout à son cœur.
On est pris un peu à contre-pied…

II – Matthieu 1, 16-25 : « On ne dirait pas, mais tout est en règle ! »

Avec Matthieu, on est en contexte beaucoup plus masculin. Son style est plus didactique que celui de Luc. C’est un enseignant, et on pourrait dire qu’il présente les choses avec sa rigueur de comptable (rappelons-nous qu’il était collecteur d’impôts quand il a été appelé). Il s’adresse à des judéo-chrétiens, qui se posent des questions particulières, liées notamment à la Loi et aux prophètes : ils ont tous en tête les caractéristiques prévues pour le Messie, et l’application à Jésus n’est pas évidente. Matthieu veut toujours raccrocher Jésus à l’Ancien Testament. C’est une des raisons pour lesquelles il commence avec la généalogie de Jésus, sur laquelle il y aurait beaucoup à dire. Voici deux remarques pour introduire le récit de l’annonciation à Joseph.
Le but d’une généalogie est de mettre en valeur celui qui arrive au bout de la lignée, c’est-à-dire ici Jésus. Celle-ci est très stylisée, et Matthieu la fait remonter à David et Abraham, en trois parties. Il semble d’abord nous rassurer : tout est en règle du point de vue de l’ascendance de Jésus. Il est bien fils d’Abraham, le premier à avoir reçu les promesses, et fils de David, de la tribu royale de Juda, comme doit l’être le Messie. Jésus n’arrive pas par hasard. Il est l’aboutissement d’une Histoire Sainte.
Notons aussi qu’en choisissant 14 personnages par période, Matthieu fait des choix, il sélectionne. Or il est intéressant de voir que dans sa sélection il y a un certain nombre de personnages pas très brillants, c’est le moins que l’on puisse dire. Dieu les assume. Dieu assume les bêtises des hommes, leurs choix parfois mauvais. Ils n’arrêtent pas son projet de salut. Les femmes qui sont citées ont cette caractéristique d’avoir rusé de différentes manières pour avoir une descendance. Or à la fin il y a une sorte de décrochage. Après une longue série de « n. engendra n. », on a l’expression « Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus que l’on appelle Christ » : Matthieu marque ainsi l’action de Dieu qui ne dépend pas de l’initiative des hommes. Dieu s’insère dans l’histoire des hommes, qu’il a guidée, mais n’en dépend pas.
C’est ce que va aussi expliciter le récit suivant de l’annonciation à Joseph, en montrant notamment toute la complexité de la situation humaine par rapport à nos repères humains. Il reprend donc au v 18 de manière développée ce qu’il vient de dire au v. 17, pour bien se faire comprendre : Joseph n’y est pour rien dans la conception de Jésus. « Or, voici comment fut engendré Jésus Christ » : le passif employé montre que tout est initiative et action de Dieu. Le v. 21 va mettre l’Esprit Saint dans le coup, mais Joseph ne le sait pas encore, et le moins qu’on puisse dire est que ça ne va pas de soi. Il faut prendre le temps de se mettre dans la peau de Joseph, le fiancé, lorsqu’il a su que Marie était enceinte. C’est probablement elle qui le lui a dit, encore qu’on ne le sache pas. Peu importe. L’important pour les évangélistes, Matthieu comme Luc, ce n’est pas la psychologie de l’un et de l’autre, ni la sociologie de l’époque, ni même la morale, encore que tout cela soit en filigrane. L’important, c’est l’obéissance de la foi. Et ici, il s’agit de la foi de Joseph, le gardien, comme il s’agissait de la foi de Marie dans St Luc.
Ça bouge dans la tête et le cœur de Joseph le juste. Cette justice ne désigne pas une simple droiture morale. Le conflit intérieur ne vient pas tellement de ce qu’il serait pris entre deux feux : sa confiance en Marie et sa confiance en la Loi. Le conflit de devoirs n’est pas là. C’est une épreuve spirituelle, une épreuve de foi. Parce qu’il est ajusté à Dieu, il doit discerner sa place dans le mystère qui est en train de s’accomplir en Marie : le Seigneur l’appelle-t-il à céder sa place auprès d’elle, rendre son indépendance à Marie ? Ou l’appelle-t-il à accompagner Marie dans l’aventure en passant pour le père de l’enfant ? C’est très humain, d’autant plus profondément humain qu’il s’agit de discerner sa place face à Dieu, dans le plan de Dieu.
Combien de temps ce conflit dure-t-il ? On ne sait pas. L’ange de Dieu vient le rejoindre dans sa tourmente : « voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe ». Encore un ange… Cette fois-ci c’est un songe. Il y a des tas de songes dans l’Ancien Testament, on connaît ça. C’est mystérieux. Quand et comment Joseph a-t-il eu ce songe ? Il ne devait pas trop arriver à dormir en ces jours ! Il devait beaucoup penser à ce que lui avait rapporté Marie de la venue de Dieu dans sa vie. Compliqué pour un homme, parfois, de comprendre et d’assumer les intuitions d’une femme. Joseph est seul face à sa vocation. Il est seul face à Dieu qui a déboulé dans sa vie à lui aussi. Peut-être le Seigneur l’a-t-il endormi comme il avait endormi Adam au moment de la Création d’Eve (Genèse 2) ? Ou bien luttait-il contre l’ange, comme Jacob sur le bord du torrent, la nuit, alors que sa famille était déjà passé sur l’autre rive (Genèse 32) ?
Il se peut qu’il se soit assoupi durant sa lectio divina, et que l’ange lui ait soufflé une interprétation de la prophétie d’Isaïe 7, 14 : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous) ». Il s’est peut-être aussi souvenu de la prophétie qui présente le Messie, fils de David, rempli de la plénitude de l’Esprit de Dieu : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur » (Isaïe 11, 1-2). En tout cas il a cru l’incroyable. Il a espéré contre toute espérance. Il a aimé, surtout, contre tous les vents contraires, son Dieu, d’abord, celle qui lui avait été confiée, ensuite, et sûrement aussi son peuple porteur de la promesse du Salut. Il a choisi d’assumer ce que Dieu avait commencé à faire dans sa vie.
Joseph, alors, agit dès son réveil. Il met en œuvre la parole entendue, écoutée. Il ne fait pas selon son idée, mais selon l’intuition reçue de Dieu. Il renonce à sa conception de la justice pour surpasser toute justice. Il dilate le cadre, il transcende la règle, pour la respecter plus pleinement, plus profondément. Il donne une place en ce monde à Celui qui vient non pas abolir la loi, mais l’accomplir. L’ange confie à Joseph le soin de donner le nom, c’est-à-dire qu’il lui confie la mission de faire acte de paternité. La part de Marie dans St Luc a été de recevoir Jésus dans son corps, dans son sein, malgré son propos de virginité, et ainsi de faire acte de maternité. La part de Joseph dans St Matthieu est de faire acte de paternité en le recevant dans l’adoption, pour l’inscrire dans l’Histoire du Peuple choisi, pour en faire le descendant de David, l’héritier des promesses.

Pour conclure et synthétiser le récit de Matthieu : on ne dirait pas, mais tout est en règle !
l’attention se déplace de l’accomplissement de la Loi à l’accomplissement de la Promesse
Dieu assume notre histoire, nos cadres, nos lois, pour les dépasser
– en venant dans le monde, Dieu confronte Joseph à la nécessité d’un discernement sur sa place d’homme face au mystère de l’intervention de Dieu
– surtout : ce qui se passe-là, c’est Dieu avec nous. Et si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ?

III – Et pour nous ? Laissons-nous dérouter de nos idées préconçues

Les récits d’annonciation sont des textes théologiques. À chacun de les écouter et de les laisser résonner en son cœur pour que ces textes deviennent Parole vivante, active, de Dieu. À chacun de les laisser entrer en dialogue avec sa vie, de laisser l’Esprit parler dans le silence du cœur. Parce qu’ils sont des récits de vocations, ils nous invitent à nous interroger sur nos propres vocations, à relire l’action et les appels de Dieu dans nos vies.
Au centre de ces récits, il y a Dieu qui vient vers nous. Marie et Joseph sont importants, mais tous deux laissent la première place à leur Seigneur, et à l’Œuvre du Salut du monde qui est en train de s’accomplir. La première place donnée à Dieu permet l’accomplissement de toute promesse de vie. C’est un peu vertigineux de laisser la barre de sa vie à Dieu… Et pourtant, c’est seulement ainsi que notre être profond peut parvenir à son accomplissement. Cela nous fait peur, car nous oublions que Dieu qui vient vers nous, c’est un don de grâce avant d’être un appel et un envoi en mission. Tout est déjà donné au début, rejoignant nos désirs les plus intimes. Il nous revient de dire oui, et de nous laisser conduire, guider, accompagner. Dire oui à Dieu, à son action dans nos vies, c’est se mettre un peu de côté pour lui laisser la première place, mais sans pour autant abandonner ses responsabilités, car elles restent. Dire oui, c’est faire avec Dieu, c’est épouser son projet, c’est mettre toutes ses capacités, tous ses dons, au service de ce projet, selon qu’il le demande.
N’attendons pas de voir un ange ou d’entendre des voix. Les évangélistes utilisent cette manière de parler pour traduire une expérience spirituelle, mais les anges ne se voient ni ne s’entendent comme on voit et on entend les hommes. Leur manifestation est intérieure, et passe par d’autres médiations. Il s’agit de s’ouvrir par la foi, l’espérance, la charité, d’ouvrir son être à la possibilité de la venue de Dieu. C’est tout simple, d’une simplicité enfantine. Dommage qu’il soit parfois difficile d’être d’une simplicité enfantine !
Peut-être remet-on trop les choses de Dieu à des « spécialistes », prêtres, moines, ou religieuses. On ne se reconnaît pas facilement privilégié de Dieu. Il faut dire que c’est engageant… Que fait-on de la grâce de l’Esprit répandue dans le cœur des chrétiens au baptême, à la confirmation, à chaque Eucharistie ? C’est cela qui est important plus que tout le reste. Que fait-on du libre choix de Dieu ? La grâce est fondamentalement libre et gratuite, elle ne doit rien à nos mérites. À nous, pourtant, il revient de nous y ouvrir, de dire « oui », de discerner sa présence et son action. Dieu se manifeste dans nos vies. Il frappe à la porte de nos cœurs. Il nous conduit, et parfois il nous appelle, requiert notre aide. Il le fait au cœur de nos journées, au milieu de nos activités quotidiennes, ou bien au milieu de nos nuits, quand notre être est abandonné entre ses mains. Dieu ne se réserve pas aux « spécialistes » selon les catégories des hommes.
Accueillir Dieu dans sa vie, c’est à la fois se laisser dérouter de ses idées préconçues, et recevoir le don d’une cohérence de son histoire. Marie et Joseph avaient certainement été préparés, et ils seront accompagnés ensuite. Cela n’empêche pas l’inattendu total. Ils sont pris un peu de cours sur le moment. Mais c’est pour un accomplissement plus grand, plus profond, de ce que Dieu a déposé en eux. C’est la méditation des Écritures qui leur a permis de reconnaître, de discerner ce qui venait de Dieu et comment il convenait de lui répondre. Les Écritures sont le lieu privilégié du dialogue intime avec l’Esprit. Elles sont le moyen choisi par Dieu pour nous apprendre son langage. C’est sans doute là pour nous un rappel et un encouragement. Ouvrons chaque matin nos évangiles, afin que la Parole puisse résonner en nous. Demandons au Seigneur d’ouvrir notre oreille intérieure pour que nous puissions l’entendre, l’accueillir, marcher à ses côtés.

Saint Benoît

Odon Hurel, Saint Benoît, éditions Perrin 2019

Réjouissons-nous ! Nous avons désormais à notre disposition un bon livre, facile à lire, pas trop long (env 200 pages sans les notes), pour mieux connaître la vie de saint Benoît, et beaucoup plus que juste sa vie ! Or saint Benoît est une belle figure de l’histoire de l’Église, qui a eu une très grande fécondité, surtout en Occident mais pas seulement, par la Règle qu’il a écrite pour les moines. Il vaut donc la peine de prendre le temps d’aller à sa rencontre, non seulement quand on est moine ou ami des moines, mais simplement quand on a soif de modèles d’hommes sages. Le pape Paul VI l’a proclamé patron principal de toute l’Europe, et à l’heure de la mondialisation, il est bon d’avoir en ce messager de paix un modèle d’amour universel. Poursuivre la lecture

5e semaine de Carême : Devant l’Innocent

5e dimanche de Carême C :
Jean 8, 1-11

Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus.

C’est une femme déjà humiliée qu’on amène à Jésus, qu’on expose aux yeux de tous dans la réalité nue de sa vie, de sa faiblesse. Pourquoi l’homme qui était avec elle n’est-il pas là, accusé lui aussi ? Peut-être les scribes et les pharisiens sont-ils symboliquement cet homme, qu’ils pourraient bien être en réalité. En accusant la femme, ils s’accuseraient eux-mêmes. Ou peut-être n’est-ce pas tant la femme qu’ils accusent, mais celui qu’ils viennent mettre à l’épreuve. Ils reprochent à Jésus le scandale d’une Miséricorde pour le pécheur, qu’il ne comprennent pas. Ils s’avancent vers lui avec le glaive de la justice et le bouclier de leur observance à la Loi.
Nous ne savons pas qui était cette femme. Elle pourrait être tout Homme. Elle est comme l’humanité humiliée par le péché. En la méprisant, en l’attaquant, les scribes et les pharisiens disent sans doute plus sur eux-mêmes que sur elle. Ils mettent en avant la faiblesse de l’autre pour camoufler la leur propre. Ils parlent haut et fort pour couvrir le cri de leur propre adultère, de leur propre infidélité à l’amour.
Le péché et le pécheur accusent et condamnent. Jésus, lui, ne dit rien. Il n’accuse ni ne condamne. Il ne commente ni la misère de la femme, ni celle de ces théologiens et juristes zélés. Dans le silence, chacun est mis devant la vérité sur sa vie. Dieu recrée l’une et les autres par sa discrétion, par son silence, avant de le faire par sa parole. Puis il remet chacun en chemin. Les savants fervents sont mis face à leur hypocrisie, et repartent certainement un peu changés. La femme est rétablie dans sa dignité, une dignité à préserver du péché.
L’Innocent rend la liberté. Il fait refleurir l’homme comme un désert au printemps. Aux pharisiens et aux scribes, il rappelle concrètement le grand commandement de l’amour. Pour la femme, il ouvre une voie nouvelle, il trace une route dans son désert affectif.
Allons, nous aussi, et ne péchons plus.

Prière universelle :

PU 5e dimanche de Carême C

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

En quoi Jésus fait-il miséricorde aux scribes et aux pharisiens ?

Comprendre sa foi :

Pourquoi la miséricorde de Jésus choque-t-elle les scribes et les pharisiens ?

Vivre avec Jésus :

Où en suis-je dans mon zèle à faire le bien ?