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Discerner concrètement sa vocation



Discerner concrètement sa vocation

Nathanaël Pujos, Emmanuelle Borchardt, Anthony Ariniello, Éditions des Béatitudes, 76 pages, 7 €.

Voici un petit livre très utile, à l’usage des jeunes chrétiens qui veulent se mettre à l’écoute du Seigneur pour orienter leur vie. Il a été écrit par trois membres de la communauté des Béatitudes en mission aux États Unis, à Denver (Colorado), qui ont manifestement l’habitude d’accompagner des jeunes dans leur discernement.
Ce petit volume pourra être un bon compagnon de route pour mettre en place les bases d’une ouverture à la Providence de Dieu, et pour apprendre à ouvrir l’oreille à ses appels. Cela ne remplace pas un accompagnement personnalisé avec une personne sage et expérimentée dans les voies de l’Esprit. Néanmoins ce livret prépare bien le terrain.
Les personnes qui accompagnent des jeunes pourront aussi y trouver un aide-mémoire pour donner de bons conseils, ou du moins pour éviter les mauvais. Ce n’est jamais inutile. Il pourront aussi en recommander la lecture qui s’adapte à beaucoup, dès l’adolescence et jusqu’à l’âge adulte.
Voici un petit aperçu de ses avantages, en 4 mots-clefs.

Court

La première qualité de l’ouvrage est d’être d’une taille très modeste. Il n’y a pas besoin d’être un grand lecteur pour lire 76 petites pages écrites assez gros. Sur le très vaste sujet de la vocation, les auteurs vont à l’essentiel sans rester superficiels. Ils font de bons choix sur ce qu’ils veulent dire à une génération souvent pressée, et le superflu est évité. La réflexion avance sans perdre de temps dans de longues explications. On voit là un certain pragmatisme américain qui ne s’oppose d’ailleurs pas au bon sens spirituel.

Concret

Le titre est juste : Discerner concrètement sa vocation. Cet aspect concret est très présent. Il y a des choses précises et pratiques à mettre en place dans sa vie. Il ne s’agit pas tant de réfléchir pour comprendre que d’agir pour avancer. Des exemples sont donnés, notamment grâce à des témoignages de jeunes ou des exemples de films. Le tout est donc très imagé, et ne manque d’ailleurs pas d’humour. On ne risque pas de se perdre, et la suite logique de la lecture est de se mettre à l’œuvre.

Clair

Il résulte de cela que tout est clair. Il n’y a pas de grands raisonnements abstraits et compliqués ; seules sont données les bases rationnelles indispensables. De même les témoignages rapportés sont synthétiques et vont à l’essentiel du point qu’ils illustrent sans se perdre dans les détails et les circonstances. La lecture est très rythmée, et le plan en 4 parties, très facile :

  1. Fonder les bases d’un bon discernement
  2. Poser le discernement lui-même, avec trois critères incontournables
  3. Protéger son discernement : les cinq pièges à éviter
  4. Incarner le discernement

Complet ?

Ce plan couvre bien la matière, du moins en son essentiel. On ne peut en effet pas tout dire. Traiter ce difficile sujet en 76 petites pages est un défi, mais il semble que cela suffise pour les grandes lignes que peut donner un livre. On ne peut bien sûr répondre par écrit à toutes les situations qui peuvent se présenter, car elles sont infinies, particulières à chaque personne. Ce livre donne une vue d’avion des principales artères d’un vaste domaine, ce qui permet de se diriger sans trop se tromper.

Un petit manque à notre avis : il ne dit peut-être pas assez que toute vocation est une histoire d’amour ! Peut-être un peu trop pragmatique et pas tout à fait assez romantique ?

Conclusion

Bref, ce livre est tout à fait recommandable. Il complétera bien les pages Vocations de notre site internet, que je vous invite aussi à consulter ! Vous le trouverez dans les bonnes librairies, et en particulier la nôtre.

Courrier 28, 2016



Voici une joie pour bien commencer l’année : votre Irrégulomadaire préféré !
Téléchargez-le pour pouvoir le déguster en cliquant ici :

Irrégulomadaire 28

En voici le menu :
  • Éditorial : Pour faire suite à l’Année de la miséricorde (P. Abbé)
  • Père Jean-Gabriel (1943-2016)
  • P. Jean-Gabriel, par P. Vincent
  • Les travaux
  • Chronique de décembre 2015 à décembre 2016
  • Selfies d’Adriana
  • Chapitre général 2016
  • Le billet du libraire

Bonne lecture !

En chemin vers la Vie éternelle



La Règle de Saint Benoît (RB) propose un chemin vers la Vie éternelle. Ou plutôt elle met devant le chemin étroit de l’Évangile. Ce thème biblique court le long du Prologue (Pr) de la RB, parfois en filigrane. Et l’orientation en affleure partout : le temps est orienté vers la fin du temps. C’est le chemin de la vie, le chemin du Salut, le chemin du Seigneur. On retrouve ce chemin de l’Évangile à beaucoup d’endroits dans la RB. St Benoît invite à y courir, à monter vers les sommets, à se hâter, à suivre les bonnes voies et rejeter les mauvaises, à revenir à Dieu, à y suivre le Christ, etc. Le chrétien ne marche pas sans but. Le moine cherche tellement à garder ce but devant les yeux que non seulement il marche avec persévérance, mais à la suite de St Paul, il court, pour remporter la victoire (cf Ph 3,14).
Peut-être pourrions-nous apprendre de St Benoît, nous aussi, à fixer nos yeux vers notre fin, pour être sûrs d’atteindre le but de notre vie ? Méditons ensemble le prologue de sa Règle, ainsi qu’une partie du chapitre 4 sur les instruments des bonnes œuvres. Ainsi nous glanerons quelques conseils qui pourront nous aider à marcher plus librement et légèrement vers la vraie Vie.

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Propos intempestifs de la Bible sur la famille



Propos intempestifs de la Bible sur la famille

Philippe Lefebvre

Cerf, Collection Études bibliques, 192 pages – oct. 2016 – 15,00€
Pour contacter notre libraire fr Théophane : librairie[at]maylis.org

C’est tout à la fois une initiation à la Lectio Divina et une méditation sur la façon dont le Seigneur s’invite dans nos histoires familiales (même les plus compliquées !…) pour s’y révéler en y renouvelant la vie, là où l’orgueil ou la convoitise avaient semé la mort et conduit les protagonistes dans une impasse que nous lance le frère Philippe Lefebvre op., d’une plume alerte, dans cet essai au rythme enlevé digne de la charge des chevaux légers…

Le propos est vif, mordant mais jamais agressif, toujours bienveillant !
Loin des sentiers battus, des propos grégaires, des réflexes rassurés d’un troupeau confortablement rivé à son pré carré…

C’est un vibrant plaidoyer en faveur d’une lecture renouvelée de la Bible, un appel chaleureux et fraternel à nous laisser questionner par sa façon parfois très étrange de nous prendre à rebrousse poil, une invitation à nous mettre sans peur à son écoute même si elle nous déroute, soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses [de prime abord tout au moins…] dans ces « ateliers d’Écriture » que sont les groupes bibliques formellement organisés ou non et qu’il appelle de ses vœux !
La Bible n’est pas d’abord un réservoir de citations destinés à justifier nos propres conceptions de la famille mûries par ailleurs. Ce n’est pas non plus un centon de sourates, destinées à conférer à nos propos un vernis d’orthodoxie ! Encore moins les banderilles d’une logomachie de scènes destinées à nous tirer d’affaire à l’heure où nous serions acculés à descendre dans l’arène ! Souvent déroutante, elle a sa logique propre où l’on entre à mesure que nous la laissons nous questionner en vérité et nous parler au cœur…
Lorsque le péché défigure le visage de l’amour, lorsque nous sommes prisonniers de ses rets et de ses mensonges, découvrir combien Dieu nous rejoint au cœur de nos détresses, dans l’imbroglio des situations faussées par l’envie ou la défiance, les manigances secrétées par nos peurs, nos ambitions ou nos calculs égocentrés, pour déchirer nos horizons, nous ouvrir un chemin, nous relancer et plus encore avancer à pied sec au milieu des larmes, son irruption même déconcertante devient un baume pour le cœur et le terreau fertile d’une « invincible espérance »… s’il est vrai que celle-ci, insufflée par la grâce, se révèle être « une mémoire qui désire »…
Enfin, et ce qui ne gâte rien, c’est une excellente introduction, tant méthodologique que thématique, aux précédents livres de l’auteur : une façon pour nous de faire connaissance avec les talents pédagogiques et l’acribie de ce grand lecteur des Écritures qui sait nous en faire goûter un fruit gorgé de sève, qui dans le Fils, vivifié par l’Esprit, rend gloire au Père. Car bien avant d’être un sacrement dans le mariage, la rencontre de l’homme et de la femme, sous le regard de Dieu et bénie par Lui, est d’abord un lieu de révélation trinitaire qui nous laisse deviner les profondeurs insoupçonnées du mystère d’Alliance scellée en Jésus Christ !

  • Un homme, une femme et Dieu. Pour une théologie biblique de l’identité sexuée, Cerf 2007.
  • Joseph. L’éloquence d’un taciturne. Enquête sur l’époux de Marie à la lumière de l’Ancien Testament, Paris, Salvator, 2012.
  • Ce que dit la Bible sur… la famille, Paris, Nouvelle Cité, 2014.

Bonnes feuilles… pour donner le goût :

Des situations familiales, et Dieu au beau milieu

p. 146 : Il y a un paradoxe dans l’Église : on remarque volontiers la masse de données anthropologiques sur la famille qu’offre la Bible et d’autre part on lui accorde très peu d’importance dans la réflexion actuelle sur la famille.

p. 146-149 : Les principaux personnages de la Bible sont présentés dans leurs enracinements familiaux. Qu’ils s’éloignent de leur famille, qu’ils la retrouvent, qu’ils y souffrent, qu’ils s’y instruisent, ils en sont en tout cas marqués et leurs expériences fort diverses s’en ressentent. Beaucoup d’entre eux quittent leur famille pour longtemps ou pour toujours. Les prophètes exercent souvent leur activité en lien avec leur expérience familiale plus ou moins difficile : pour annoncer qu’un fils mystérieux doit naître, Isaïe engendre un fils de la prophétesse (Isaïe 7-11). Pour annoncer qu’il n’y a plus d’avenir, Jérémie reçoit l’ordre de Dieu de ne pas fonder de famille (Jérémie 16). Comme préfiguration de la destruction du temple, la femme d’Ézéchiel meurt (Ézéchiel 24). Osée doit reprendre son épouse prostituée, de même que Dieu renouvelle son alliance avec Israël (Osée 2-3). Au seuil de sa mission, Élie est envoyé chez une femme de Sarepta (1 Rois 17), son successeur Élisée rencontre une femme mariée à Shunem (2 Rois 4 et 8, 1-6). Dans ces deux cas, ces rencontres sont décisives et situent les prophètes concernés comme hommes devant chacune de ces femmes. Certaines femmes acquièrent au fil des textes une stature de mère qui déborde très largement leur maternité biologique : Déborah est ainsi une « mère en Israël » (Juges 5, 7) sans qu’on nous dise par ailleurs si elle a des « enfants biologiques ». Rachel, d’abord stérile, devient mère d’un fils Joseph.
À sa naissance, elle prophétise que le Seigneur lui en accordera un autre (Genèse 30, 22-24), ce qui fonde une des dynamiques les plus importantes de la Bible : un fils en amène un autre (voir Jean 19, 25-27). On retrouve Rachel en larmes en Jérémie 31, 15, pleurant les déportés d’Israël et interpellée par Dieu lui-même qui lui annonce qu’ils reviendront un jour. Ainsi la stérile devient-elle une mère pour tout le peuple, qui porte avec Dieu lui-même le souci de ses « enfants ». On pourrait multiplier les exemples, suivre d’innombrables pistes : les belles-familles, les cousins, les avatars de la paternité, les mariages impossibles…
Tout cela nous place résolument dans des expériences, des histoires de chair et de sang que Dieu vient visiter, où il vient donner la vie malgré d’innombrables empêchements. Il ne s’agit en rien de prendre toutes les formes familiales aperçues au fil de ces histoires comme autant de réalités que nous pourrions acclimater ingénument, bien entendu. Mais on peut constater que Dieu fait son chemin quelles que soient les situations rencontrées. On dit parfois, devant certaines configurations familiales bibliques (bigamie, polygamie, etc.), que Dieu prend les formes qu’il trouve pour y accomplir son œuvre. Abraham et Sarah sont ainsi demi-frère et demi-sœur, Abraham sur le conseil de sa femme prend Hagar la servante pour en avoir un premier fils, il n’hésite pas à faire passer Sarah publiquement pour sa sœur sans broncher à l’idée qu’elle sera ainsi disponible pour les harems royaux des pays où ils circulent. Pourtant Dieu s’est approché d’Abraham et de Sarah et s’est révélé à eux de manière intime et si décisive que les trois monothéismes se réclament encore aujourd’hui de ce couple fondateur. Or cet argument si souvent employé pour rendre compte des récits bibliques — Dieu assume les formes familiales qu’il trouve et se révèle pleinement à ceux qui y sont impliqués —, ne pourrait-on l’utiliser aujourd’hui dans la pastorale familiale et renouer ainsi avec un mouvement maintes fois illustré dans la Bible ? Dieu s’approche des familles recomposées de notre époque, des situations difficiles ou équivoques, des formes contestables permises par certaines législations et, en tout cela, il peut trouver des amis à qui il se révèle pleinement. Cela n’invalide aucunement qu’il faille cheminer, sortir de certaines configurations bancales, peccamineuses ; mais n’est-il pas tout aussi urgent, premièrement urgent, d’annoncer un Dieu qui désire se révéler ?

La Croix du Christ : Remède, exemple et mystère



Gautier de St Victor, Sermon III sur les trois raisons de se glorifier dans la Croix

(traduit par frère Thibaud)

Il y a trois raisons pour lesquelles nous devons nous glorifier dans la croix : elle est un remède, un exemple et un mystère.

La croix : un remède

Nous appelons remède le mérite de la Passion et le la mort même du Christ. En effet, le Christ lui-même, exempt de tout péché, seul libre parmi les morts, n’a nullement été débiteur de la mort, mais cependant, « à cause de l’immense amour dont il nous a aimés » (Eph 2,4)  en obéissant au Père, il a souffert pour nous, débiteurs de la mort, une mort qu’il ne méritait pas. Et il a beaucoup mérité et nous a fait don de son mérite, de sorte que nous arrive par lui ce mérite qui lui aurait servi aussi s’il en avait eu besoin.

Ce mérite est si grand qu’il suffit au salut de tous. La grandeur du mérite vient de la grandeur de l’amour, comme on le pense communément. Ainsi, puisque l’amour du Christ est immense, le mérite de sa mort aussi est immense. Si tous les saints, tous ceux qui n’ont vécu depuis le commencement du monde et ceux qui viendront jusqu’à la fin du monde, avaient été libres de tout péché et étaient morts pour la justice, la mort de tous n’aurait pas cependant autant mérité que la seule mort du Sauveur qui n’a eu lieu qu’une seule fois. Je vais dire encore davantage. Si tous les anges, les Dominations, les Trônes, les Chérubins et les Séraphins s’étaient incarnés, étaient devenus mortels et étaient morts pour la vérité, la justice et la piété, leur mérite à eux tous ne pourrait pas être égalé au mérite du Christ ; d’où il suit que, non seulement un mérite aussi grand suffit à la rédemption du monde entier, mais encore, si l’univers était illimité et si tous croyaient dans le christ, un tel mérite suffirait à tous pour le salut.

Paul, en contemplant ce trésor incomparable de notre salut, déclare : « Loin de moi la pensée de me glorifier, sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ » (Ga 6,14), c’est-à-dire : loin de moi la pensée de me juger digne d’autre chose que de gloire et de salut, sinon dans la puissance, la force et le mérite de la Passion. Car dans ce remède se trouve notre unique espérance, puisqu’il « n’y a pas d’autre nom sous le ciel qui doive nous sauver » (Ac 4,12). Ce remède suffit aux tout-petits et à ceux qui n’ont pas le temps de travailler à leur salut.

La croix : un exemple

Mais pour ceux qui peuvent travailler à leur salut, en plus du remède on exige qu’ils suivent l’exemple, « puisque le Christ a souffert pour nous » afin « que nous marchions sur ses traces » (1 P 2,21). D’où la parole de l’Apôtre : « Frères, nous vous exhortons à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu » (2 Co 6,1). Il appelle « grâce » ce remède de la mort du Christ. Celui qui ne veut pas travailler à son salut alors qu’il le peut, « reçoit la grâce en vain ». Donc « se glorifier dans la croix » à cause de l’exemple, c’est l’imiter lui-même avec joie, comme l’Apôtre qui se glorifie « dans les tribulations » ; et aussi, les apôtres « sortaient joyeux du Sanhédrin, parce qu’ils avaient été jugés dignes de supporter des injures pour le nom de Jésus » (Ac 5,41).

Il faut imiter l’exemple de la Passion non seulement pour conserver le remède, mais encore pour accroître l’éclat de la couronne. « Car chacun recevra son propre salaire en fonction de son travail, et l’homme récoltera ce qu’il aura semé » (cf. Ga 6,8). Donc, que chacun examine bien quelle semence il jette en terre, car « celui qui sème dans la chair récoltera, de la chair, la corruption », mais « celui qui sème dans l’Esprit récoltera, de l’Esprit, l’incorruptibilité » (id.), et « celui qui sème chichement récoltera aussi chichement, celui qui sème abondamment récoltera aussi abondamment » (2 Co 9,6). Loin de toute rivalité, car « quel que soit le travail de chacun, le feu l’éprouvera » (1 Co 3,13).

La croix : un mystère

Nous appelons mystère de la croix le sens mystique (caché) de ce même bois. Car le bois a une forme carrée. Ce carré de la croix désigne un certain carré invisible de la charité dont l’Apôtre dit : « Afin qu’enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre avec tous les saints ce qu’est la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur » (Eph 3,17-18). La largeur de la charité s’étend jusqu’aux ennemis, elle est signifiée par la largeur de la croix. La longueur de la charité, c’est que l’on persévère jusqu’à la fin, elle est exprimée par la longueur de la croix. La hauteur de la charité, c’est de tout faire pour Dieu dans l’espérance de la béatitude éternelle. La profondeur de la charité, c’est de ne rien attribuer au mérite de l’homme, mais de tout attribuer à la grâce et à la miséricorde de Dieu dont nous ne pouvons pas comprendre les raisons, les desseins, et les jugements. En effet, cette profondeur est sans fond, de là vient que l’Apôtre, parlant de l’élection de Jacob et du rejet d’Esaü, s’écrie : « Ô profondeur des richesses, de la sagesse et de la science de Dieu, qu ses jugements sont incompréhensibles » (Rm 11, 33).

Ils ne peuvent donc pas comprendre ce carré de la charité, c’est-à-dire en avoir parfaitement connaissance, ceux qui n’auront pas été « enracinés et fondés dans la charité » (Eph 3,17), parce que les ténèbres ne saisissent pas la lumière : « enracinés », par analogie avec l’arbre, « fondés », par analogie avec la maison ; enracinés par l’amour du prochain, fondés par l’amour de Dieu. Par l’amour du prochain on devient un bon arbre, par l’amour de Dieu on devient maison de Dieu, demeure et temple de Dieu. L’amour du prochain apparaît extérieurement dans les actes, l’amour de Dieu est au-dedans, caché dans le cœur.

Voyez quels fruits agréables produit l’arbre de la charité fraternelle. En effet, cet arbre étend ses branches tout à l’entour. La charité fraternelle témoigne aux supérieurs respect et obéissance, aux inférieurs expérience et sollicitude ; ceux qui sont à droite et qui ont fait quelque progrès, elle les félicite, mais à ceux qui sont à gauche, victimes de quelque faute ou tentation, elle leur témoigne de la compassion. Aux uns l’imitation, aux autres l’exhortation. Or, ceux qui voient en eux ce carré ne peuvent se glorifier injustement dans le mystère de la croix comme ceux qui ont une foi saine, qui sont renés dans le Christ et se réjouissent dignement dans le remède de la croix. Mais ceux qui portent dans leur corps les marques de Jésus peuvent se glorifier dans l’exemple de la croix.

La croix : notre salut

Il y a donc trois raisons pour les quelles il faut se glorifier dans la croix : le remède aboutit à la foi, l’exemple à la pratique des œuvres, le mystère à l’amour. Cependant ces trois, la foi, la pratique des œuvres, et l’amour sont exigés comme nécessaires au salut. Au sujet de la foi, Paul affirme : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu » (He 11,6) ; au sujet des œuvres, Jacques écrit que sans elles « la foi est morte » (Jc 2,17) ; et au sujet de la charité, l’Apôtre dit : « Si je livre mon corps aux flammes et que cependant je n’aie pas la charité, cela ne me sert à rien » (1 Co 13,3).

Gautier de St Victor Sermon III Sur les trois raisons de se glorifier dans la croix (CCL-CM 30, 250-252). Gautier de St Victor était prieur de l’abbaye de St Victor à Paris au XIIe siècle

Le Christ est l’autel, l’offrande et le prêtre



Nous publions ci-dessous, avec l’aimable autorisation de l’auteur, l’homélie prononcée par Monseigneur Hervé Gaschignard lors de la consécration de l’autel de l’abbaye de Maylis, le 12 Mars 2016.
Les lectures étaient : Gn 28,11-18 ; Ap 6,9-11 ; Mt 5,23-24 (textes).

Monseigneur Gaschignard nous a rappelé pourquoi le Christ est l’autel, la victime ou l’offrande, et l’unique prêtre. Il a aussi souligné l’importance que cette vérité a pour la vie spirituelle de chaque chrétien. Poursuivre la lecture

Vincent de Paul, Un saint au Grand Siècle



Marie-Joëlle GUILLAUME
Vincent de Paul, un saint au Grand Siècle

Perrin 2015, 488 p

Ce que l’on croit connaître, voire trop bien connaître, est parfois ce que l’on ne connaît finalement que peu, ou pas assez, ou fort mal. La figure de Saint Vincent de Paul nous est familière, mainte fois croisée en statue dans nos églises. On a en tête quelque image de ce personnage populaire, l’image pittoresque de cet homme au bon sourire portant des enfants dans ses bras. Mais au fond : que pourrait-on en dire au delà de quelques banalités ? Marie-Joëlle Guillaume, avec son livre Vincent de Paul, Un saint au Grand Siècle, est venue combler quelques unes des lacunes des moines de Maylis à propos du patron de leur diocèse.
Je voudrais vous donner envie de le lire aussi, en vous faisant part de quelques contrastes qui m’ont marqué. Je ne serai pas exhaustif, ce serait impossible. Et je serai partiel et subjectif dans mes choix. Ainsi faisant, j’aimerais juste faciliter une rencontre avec lui. La rencontre de cet homme de Dieu tout donné aux pauvres serait particulièrement appropriée en cette année jubilaire consacrée à la Miséricorde. Poursuivre la lecture

Pape François : Le Nom de Dieu est Miséricorde



Le Nom de Dieu est Miséricorde,
Pape François

Conversation avec Andrea Tornielli suivie de Misericordiae Vultus, Bulle d’indiction du jubilé extraordinaire de la Miséricorde.
Robert Laffont / Presses de la Renaissance 2016, 168 pages.

« Tu T’es penché sur nos blessures et Tu nous as guéris,
en nous donnant un remède plus puissant que nos plaies,
une miséricorde plus grande que notre faute.
Ainsi en vertu de Ton amour invincible,
Même le péché a servi à nous élever à la vie divine »

Extrait d’une introduction à la prière eucharistique de la liturgie ambrosienne (rite assez proche du rite romain, en vigueur dans le diocèse de Milan et dans trois vallées du Tessin, en Suisse, Cité p. 56

En ce jubilé de la Miséricorde, inauguré le 8 décembre dernier à l’occasion du 50e anniversaire de la clôture du Concile Vatican II, le Pape François nous ouvre son cœur pour nous inviter, avec force et douceur, à demander et à recevoir cette grâce de la miséricorde pour en vivre à plein bord et en témoigner par une charité contagieuse, une charité incarnée capable non seulement de se laisser touchée par les personnes blessées, mais encore de témoigner de cet Amour sans mesure (p. 107) qui dévore le cœur de Dieu. Car aux maladies sociales qui frappent tant d’hommes et de femmes, au relativisme qui anesthésie le sens du péché, « s’ajoute aujourd’hui le fait dramatique de considérer […] notre péché comme incurable, comme quelque chose qui ne peut être ni guéri ni pardonné. Ce qui fait défaut c’est l’expérience concrète de la miséricorde. La fragilité des temps où nous vivions, c’est aussi cela : croire qu’il n’existe aucune possibilité de rachat, une main qui t’aide à te relever, une étreinte qui te sauve, te pardonne, te soulage, t’inonde d’un amour infini, patient, indulgent et te permet de reprendre la route. » (p. 37) Poursuivre la lecture

Courrier 27, 2015



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Irrégulomadaire 27

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Bonne lecture !