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33e dimanche : La fidélité, œuvre d’amour



33e dimanche ordinaire A :
Matthieu 25, 14-30

‘Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.’

Voici qu’approche la fin de l’année liturgique, et, comme dimanche dernier, l’Église tourne nos yeux vers le but du voyage, vers le retour du Seigneur. Mais cette parabole ne nous parle pas tant du futur que du présent. Certes, elle ouvre la perspective d’une rencontre finale, mais ce n’est que pour nous encourager à vivre notre quotidien dans la fidélité à la mission confiée par le Maître. Notre vie éternelle se joue dans la vie présente, lieu de notre choix d’aimer la vie reçue de Dieu, et de la faire fructifier au service des autres.
Deux des serviteurs reçoivent ainsi le qualificatif de « bon et fidèle ». De quelle fidélité s’agit-il ? Le troisième serviteur est qualifié de « mauvais et paresseux ». La fidélité des premiers est donc l’opposé de la paresse du troisième. C’est une fidélité qui met en œuvre. La vraie foi est celle qui agit pour le bien, selon la Parole du Seigneur. Elle se met au service, comme cette femme vaillante de la première lecture, inventive pour le bien de tous, donnée dans l’amour à travers les choses de son quotidien. Rien peut-être qui se voie beaucoup, qui brille, dans son service de la vie. Elle prend soin, elle honore le don de Dieu. C’est tout simple.
Quelle belle perspective de faire la joie de Dieu en faisant celle de nos proches ! Il vaut bien la peine de se secouer du sommeil de ses paresses, de ses langueurs spirituelles. C’est ainsi que l’on participe à la joie de Dieu, joie de la vie qui fructifie et que l’on transmet. Que ce fruit porté soit un vrai fruit, un fruit digne de dons divins. L’œuvre de cette femme n’est pas seulement un devoir matériel accompli avec vigueur et courage. C’est une œuvre d’amour.
Aux serviteurs qui avaient reçu 5 talents ou 2 talents, il n’avait pas été demandé de les faire valoir. Ils se sont simplement laissés portés par l’amour, par la fidélité envers le Maître. La peur a été mauvaise conseillère pour celui qui avait reçu un talent. Elle a fermé son cœur. Il refuse la relation avec son Maître, et se sépare volontairement de lui. Il ne veut rien avoir en commun avec ce Maître qu’il juge dur alors qu’il se révèle si bon avec les deux autres. Mystère du refus d’aimer, qui porte en lui le malheur.

Prière universelle :

PU 33e dimanche ordinaire A

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Quelles différences y a-t-il entre les trois serviteurs, au début puis à la fin ?

Comprendre sa foi :

Ces différences sont-elles des inégalités ?

Vivre avec Jésus :

Quels talents ai-je reçu à faire fructifier dans l’amour ?

30e dimanche : L’amour comme loi



30e dimanche ordinaire A :
Matthieu 22, 34-40

Tout ce qu’il y a dans l’Écriture dépend de ces deux commandements.

Jésus est de nouveau mis à l’épreuve. Ce n’est plus en contexte politico-religieux, mais dans celui de la piété et de la rectitude de la foi. Un savant, spécialiste des règles de la religion, s’avance vers Jésus, au nom des pharisiens, amoureux de la Loi. Il s’agit de le tester, d’évaluer son rapport aux quelques centaines de commandements contenus dans l’Écriture et la Tradition. La réponse aurait sans doute été plus aisée si la question avait été au pluriel : les dix commandements, les dix paroles données à Moïse au Sinaï. Jésus est interrogé sur la fine pointe de la Loi, et donc sur sa raison d’être, son fondement.
Jésus invite au passage de la Loi à l’amour. Il donne le grand critère d’interprétation de toute la Loi ancienne, pour la lire, l’interpréter, la mettre en pratique. Il ouvre ainsi les portes de la Loi nouvelle : l’Esprit Saint, l’Esprit d’amour, répandu dans le cœur de ceux qui croiront en lui. Aimer Dieu et ses frères est une feuille de route pour la vie morale, pour la manière de se comporter. C’en est une aussi pour la lecture de l’Écriture, la lectio divina : lire dans l’Écriture l’amour de Dieu et des autres, lire avec amour, laisser jaillir l’amour de la lecture et de la méditation du texte sacré.
Mais nous chrétiens, ne sommes-nous pas parfois comme les pharisiens ? Dans l’action comme dans la prière, nous préférons souvent les mesures humaines à la démesure divine. Cela nous paraît plus facile. Nous nous efforçons d’être en règle avec la loi de l’Église, et c’est juste. Nous scrutons le texte sacré avec notre intelligence, et c’est bien. Mais ne faudrait-il pas un peu plus lâcher prise dans l’amour ? C’est alors que Dieu parle, qu’il se manifeste, qu’il agit et nous fait agir.

Prière universelle :

PU 30e dimanche ordinaire A

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

La première lecture donne une clé pour comprendre le lien entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain, laquelle ?

Comprendre sa foi :

L’amour peut-il être commandé ? La loi est-elle opposée à l’amour ?

Vivre avec Jésus :

Ai-je pour loi l’amour ?

12e dimanche : L’assurance-Vie du chrétien



12e dimanche ordinaire A :
Matthieu 10, 26-33

Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme

Être sans crainte. Voilà un message bien actuel en ces temps où les violences s’étalent sur nos écrans, et parfois dans nos rues ou sur nos places. Tant de migrants nous rapportent la violence quotidienne qu’ils ont subis, souvent à cause de leur foi, dans leurs pays d’origine, à quelques centaines de kilomètres de chez nous. Ils ont tout laissé, ils ont tout perdu, parce qu’ils n’ont pas voulu renier l’Évangile de l’amour. Certains subissent d’autres sortes de mort, comme celle de leur réputation ou de leur carrière professionnelle, peut-être celle de l’abandon de leurs proches, à cause de leur fidélité au Christ. Est-il possible de ne pas craindre ?
Jésus sait de quoi il parle lorsqu’il évoque les menaces de mort. Pour donner une réponse à la haine et à la violence, il ne l’a pas évitée, il n’a pas cherché à la fuir. Le premier, il a mis sa confiance dans le Père. Il s’est prononcé pour lui devant les hommes. Face à la perversité et au mensonge, il a rendu témoignage à la vérité. Face aux ténèbres de l’égoïsme et de la volonté de pouvoir, il a laissé briller la lumière. Sa bonté dérangeait. Il ne s’est pas laissé prendre aux jeux compliqués des choses des hommes. Il n’a pas craint la mort, toutes les sortes de morts. Et la Vie a vaincu la mort.
Le disciple du Christ n’est pas plus grand que son maître. La vocation de Jésus est aussi la nôtre. Il nous appelle à vivre et annoncer l’Évangile quoi qu’il en coûte. Il ne nous en cache pas les risques. Mais la récompense sera plus grande que la peine. C’est la vie qui nous est proposée, la vie pour chacun de nous, la vie aussi pour ceux à qui nous pouvons la transmettre. Un seul, au fond, est rejeté : le Christ. Mais lui a offert sa vie pour tous, bons ou méchants. A chacun il veut donner l’occasion de pouvoir se prononcer pour lui.

Prière universelle :

PU 12e dimanche ordinaire A

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Y a-t-il une contradiction entre les paroles de Jérémie et le message de Jésus ?

Comprendre sa foi :

Peut-on vraiment ne pas craindre les gens qui font du mal ?

Vivre avec Jésus :

Quand je mets ma foi en Jésus, qu’est-ce qui change ?

Dimanche de la Trinité : Au cœur de l’Amour



Trinité A :
Jean 3, 16-18

Dieu a tellement aimé le monde…

Les fêtes liturgiques nous renvoient habituellement à l’Histoire du Salut, et à son déploiement dans la vie des saints. Quelques fêtes dérogent cependant à cette règle, comme par exemple la solennité de la Trinité que nous célébrons ce dimanche après la Pentecôte. Nous sommes invités à méditer sur le mystère de Dieu au-delà de toute histoire, ou au cœur de toute histoire. Dans tous les cas, il s’agit d’amour, un amour éternel, un amour offert gratuitement, inconditionnel tout en invitant à la réponse, simplement parce qu’il est bon d’aimer et de donner à aimer.
On se complique parfois la vie avec la Trinité. Le mot lui-même, inhabituel, peut faire peur. On s’arrête sur des questions mathématiques qui nous rendent difficile l’articulation de l’unique et du multiple. Mais Dieu se situe au-delà, bien au-delà de ces considérations. Dieu est union d’amour dans une relation réciproque qui intègre parfaitement toute différence. Son unité est communion et non solitude, ouverture et non repli. Dieu est vie, une vie transmise pour être partagée, et rendue pour se recueillir dans l’unité. Et cette vie s’étend jusqu’à nous.
Les fêtes pascales nous ont permis de contempler l’action du Fils unique, envoyé par le Père pour aller jusqu’au bout de l’amour pour les hommes. La Pentecôte nous a rappelé que le don de l’Esprit Créateur est venu vivifier le monde pour nous permettre de croire au Mystère de notre Salut, de l’accueillir, d’y adhérer. A présent nous nous arrêtons pour prendre un peu de recul et admirer la beauté de l’harmonie divine. Laissons-nous saisir par le mystère et façonner par l’Amour. A son image, nous avons été créés.

Prière universelle :

PU Trinité A

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Quels sont les liens entre les trois lectures ?

Comprendre sa foi :

Pourquoi est-il important pour les hommes que Dieu ne soit pas solitaire ?

Vivre avec Jésus :

Dans le mystère de la Trinité, qu’est-ce qui m’aide à vivre ma foi ? Qu’est-ce qui m’est difficile ?

3e Semaine de Pâques : Sur la route



3e dimanche de Pâques A :
Luc 24, 13-35

Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux.

Déception. Tristesse. Désespoir. Blessure. Dépression. Les deux disciples broient du noir, et il y a de quoi. Ils espéraient, et tout s’est subitement écroulé. Le témoignage et la vision des femmes n’arrange rien. Ce n’est pas qu’ils les rejettent, mais simplement ils demandent vérification, et ils ne l’ont pas. Ils ont le cœur brisé par les souvenirs de cette Pâque qui a tourné au cauchemar. Pourquoi partent-ils de Jérusalem ? Était-ce prévu ? Fuient-ils ? En tout cas ils continent leur chemin, ensemble, en frères qu’ils sont devenus grâce à ce Jésus qui avait soulevé leurs espoirs.
Peut-être est-ce parce qu’ils sont réunis au nom de Jésus, et encore habités par le souvenir de sa compagnie, que le Ressuscité peut venir leur rendre visite et se rendre réellement présent. Il répond à leur désir profond, ce désir qui n’arrive pas à éclore en acte de foi. Il vient transformer un espoir passé en espérance pour le futur. Il veut surtout réchauffer leurs cœurs glacés par l’épreuve de la contradiction, sans doute déçus et amers, probablement en colère contre l’injustice, perdus par le non-sens, et y faire renaître l’amour. Rien n’est perdu pour qui repasse en soi, avec un frère, la mémoire de Jésus.
Le Ressuscité va comme frictionner leur cœur pour le réchauffer. Il les invite à exprimer leur douleur. Il les secoue pour les réveiller de leur torpeur. Puis il passe le baume des Écritures, remettant sous leurs yeux l’enseignement des Prophètes, qu’il leur avait expliqué durant les trois années passées à ses côtés. Enfin il les laisse réclamer plus. En faisant mine de partir plus loin, il leur donne l’occasion d’ouvrir leur cœur brisé pour recevoir la guérison. Et cette guérison viendra dans la Fraction du pain, l’Eucharistie, signe de la Présence, du Don, de la Communion.

Prière universelle :

PU 3e dimanche de Pâques A

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Pourquoi un si long récit ? Qu’est-ce que St Luc invite à comprendre et à vivre ?

Comprendre sa foi :

A quel moment Jésus disparait-il et pourquoi ? Est-ce un abandon ?

Vivre avec Jésus :

Ai-je déjà fait l’expérience du cœur brûlant, signe de la présence de Jésus, en écoutant les Écritures ?

7e dimanche : Perfection ou sainteté ?



7e dimanche ordinaire A :
Matthieu 5, 38-48

Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

L’Évangile est-il vraiment une « bonne nouvelle » ? N’est-il pas plutôt une insupportable exigence ? Personne ne peut prétendre à quelque perfection que ce soit, surtout la perfection divine. Ou bien ce serait se méprendre par un orgueil qui n’a rien d’évangélique. Nous sommes tous bancals, branlants, et nous menaçons de le devenir encore plus. Pourrions-nous donc prétendre à quelque perfection que ce soit ? Pourquoi Jésus nous met-il devant une telle perspective ?
Ces doutes légitimes nous invitent peut-être à changer de question, ou du moins à la faire évoluer. De quelle perfection Jésus parle-t-il ? Celle de l’amour. Celle de vouloir le bien de l’autre, quand bien même il ne semblerait nourrir que dédain, mépris ou haine envers les hommes, envers Dieu, envers la vie, et peut-être envers lui-même. La perfection dont il s’agit ici consiste à être le premier à mettre de l’amour là où il n’y en a pas.
Car la vie chrétienne est une histoire d’amour. Peut-être avons-nous tendance à l’oublier. Seul l’amour sanctifie. Seul l’amour rend parfait comme Dieu est parfait. En ce monde marqué par le mal, la douceur de l’amour a parfois un douloureux prix. Celui qui aime vraiment souffre. Le Christ a aimé vraiment, et notre vocation est celle du Christ : stopper par l’amour le cercle infernal de la violence et de la haine. Pour cela il nous faut aimer nos ennemis, ceux qui nous font du mal. Et il nous faut les aimer comme nous-mêmes…
Folie que cette sagesse ! Ayons pourtant confiance : le Christ est maître et Seigneur de toutes choses, et l’Esprit du Christ habite en nous. Aucun mal ne pourra nous détruire.

Prière universelle :

PU 7e dimanche ordinaire A

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

La première lecture parle de sainteté, et l’évangile de perfection : qu’est-ce qui rapproche ces deux expressions ?

Comprendre sa foi :

Comment la sainteté est-elle une perfection ? Et comment ne l’est-elle pas ?

Vivre avec Jésus :

Quelle est la perfection à laquelle j’aspire ? Quelle est la sainteté que je cherche ?

6e dimanche : Surpasser la justice par l’amour



6e dimanche ordinaire A :
Matthieu 5, 17-37

Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.

Jésus nous lance une sorte de défi, un défi qui apparait assez redoutable. Les scribes et les pharisiens semblaient des experts en justice, des virtuoses de la mise en pratique de la Torah, de la Loi de Moïse, jusque dans ses détails. Ils semblaient les croyants les plus ajustés qui soient aux règles de leur religion, les pratiquants les plus minutieux. Or Jésus nous met en compétition : il nous faut surpasser cette justice pour entrer dans son Royaume. Que faudra-t-il donc faire de plus ? Que pourrons-nous faire de mieux ?
Le Christ reprend les paroles de Moïse, mais il est plus grand que Moïse, et il veut que nous allions plus loin que les 10 commandements. Il ne s’agit pas d’aller plus loin dans la minutie, mais d’entrer plus profondément dans le cœur. C’est beaucoup plus exigeant, beaucoup plus dérangeant, mais aussi beaucoup plus libérant. Jésus nous met sur le chemin de la liberté de l’amour. Ce chemin n’abolit en rien la Loi. Au contraire, il est accomplissement de cette Loi avant d’en être le surpassement.
Nous qui sommes chrétiens, et fiers d’appartenir à cette religion de l’amour, ne vivons-nous pas parfois notre foi comme les scribes et les pharisiens ? Nous mettons en œuvre un code moral le plus généreusement et attentivement que nous pouvons par nos comportements extérieurs. En quelque sorte, nous faisons le maximum (dans le meilleur des cas…) pour « être en règle » avec un Évangile que nous recevons surtout comme un code de devoirs, de commandements, peut-être d’interdits. Cela peut être une manière de ronronner dans sa foi…
Les interdits ne suffisent pas. Jésus oriente notre regards vers la transformation de notre cœur. Nous sommes faits pour aimer : c’est du positif, et non une contrainte. Et qui a pris goût à l’amour désire aller plus profond, aimer plus intensément. Là est la libération évangélique.

Prière universelle :

PU 6e dimanche ordinaire A

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Que veut dire « accomplir la Loi » pour Jésus ?

Comprendre sa foi :

Comment lui-même a-t-il pleinement accompli la Loi de Moïse ?

Vivre avec Jésus :

Est-ce que je vis la loi évangélique comme un carcan ou comme un tremplin vers l’amour ?

31e dimanche : À travers un échange de regards



31e dimanche ordinaire C :
Luc 19, 1-10

Il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. Il cherchait à voir qui était Jésus.

Zachée a réussi dans la vie selon les critères de ce monde, il se trouve haut dans l’échelle sociale, il est riche. Mais de son métier, on peut déduire qu’il devait être beaucoup plus haï qu’aimé. Collaborateur avec l’envahisseur romain, homme d’argent, sans doute incontournable à Jéricho puisqu’il est le chef des taxes, beaucoup de monde devaient le trouver peu fréquentable, et bien d’autres gens ne devaient le fréquenter que comme une source de profit ou pour éviter d’avoir des ennuis. Est-ce pour cela que Jésus, lui aussi, s’est invité chez lui ?
Jésus ne regarde pas à la fonction ou aux capacités, mais à la personne. Il ne se soucie pas de la catégorie socio-professionnelle, mais du cœur. Zachée avait surtout besoin d’être sauvé. Perdu, il devait être retrouvé. C’est ainsi que Jésus le voyait. Petit de taille, et toujours noyé dans la foule, il s’élevait au-dessus des autres et les écrasait pour exister. Quelles blessures se cachaient derrière sa réussite sociale, son ascension au sommet de l’arbre social, son regard hautain ? Était-il vraiment heureux de son sort ? Avait-il le cœur si fermé qu’il n’en donnait l’air ? Pourquoi cherchait-il à voir Jésus ? Était-ce une attraction pour la star « people » de l’époque, pour « l’homme à avoir vu pour en parler » ? Ou son désir était-il plus profond que cela ? Mystérieux Zachée. Mystérieux « Zachées » qui nous entourent…
Il désirait voir Jésus, et, justement, pour Jésus cela tombait fort bien : il était venu sur terre pour des gens comme lui. La rencontre était donc toute préparée ! Jésus regarde Zachée. Il l’appelle par son nom. Il l’aime et lui donne ainsi une nouvelle identité. Il le fait exister de manière nouvelle. Zachée descend de la hauteur de l’orgueil où il se réfugiait. Il accueille Jésus. Il ouvre son cœur aux pauvres, révélant ainsi ce qui s’y trouve, au-delà des apparences, au-delà de toute attente. Il se reconnait petit, et devient grand par son humilité. Il donne ses biens aux pauvres, et devient riche devant Dieu. Voilà la puissance du regard d’amour du Christ. Voilà la puissance de sa miséricorde.

Prière universelle :

PU 31e dimanche ordinaire C 2016

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Pourquoi Jésus semble-t-il insister à donner en exemple la conversion des publicains ?

Comprendre sa foi :

Que nous apprend Zachée sur le sacrement de la conversion ?

Vivre avec Jésus :

Mon regard d’amour se pose-t-il sur les « Zachées » qui m’entourent ?

25e dimanche : De l’amour des biens au bien de l’amour



25e dimanche ordinaire C :
Luc 16, 1-13

Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent.

Jésus est radical, encore une fois. Il ne semble pas y avoir d’échappatoire possible. Mais on sait que ce qui est dit dans le livre d’Amos est toujours vrai aujourd’hui : tous les moyens et tous les temps sont bons, souvent, pour gagner de l’argent, toujours plus d’argent. Du commerce du grain avec des balances faussées aux magouilles financières, le fond du problème reste le même, en dépit de la différence d’échelle. L’homme est attiré, captivé, et souvent capturé par les biens matériels. C’est un des effets délétères du péché originel, qui fait bien des ravages, apportant pauvreté, division dans les familles, guerres entre les nations, corruption à tous les niveaux. On voit trop cela dans la presse quotidienne pour qu’il soit besoin de s’y attarder.
Quelle est la réponse de l’Évangile ? Une vérité : l’argent est trompeur, car il se fait passer pour dieu alors qu’il n’est rien. Une exigence qui en découle : c’est Dieu qu’il faut servir, et se servir de l’argent. Rompre avec le cercle vicieux de l’attrait pour les biens de ce monde est une conversion qui nous concerne tous, à divers degrés et dans une grande variété de circonstances. Nul n’est exempt de cette tentation, quitte à ce que l’on soit attaché à un crayon.
Cette conversion nécessaire, c’est un passage de l’amour des biens au bien de l’amour, de l’accaparement pour soi au don de soi, de la possessivité à la charité. C’est très concret, et il n’y a pas de petites victoires en ce domaine comme en tous les domaines de notre sortie de l’esclavage du péché. Pour sortir de la « fricomanie », il est certainement besoin de partager ses biens matériels, financiers, avec plus pauvre que soi. Mais on en sort aussi par le don de son énergie, de son temps ou de ses dons, par le service des plus pauvres que soi, par l’accueil inconditionnel des autres, par l’hospitalité et l’attention à celui qu’on oublie, au laissé pour compte parce qu’il ne « vaut » rien.
Mais surtout la société de notre temps a sans doute besoin d’une écologie des désirs. Les possibilités et propositions de choses à faire ou à avoir sont démultipliées, presque infinies, et finalement invasives, oppressantes. Elles ne nous laissent au fond plus de choix et entrainent nos désirs bien au-delà de ce que nous pouvons raisonnablement envisager de caser dans notre emploi du temps. N’est-il pas temps de faire un tri radical ? Les désirs de plaisirs passagers nous écartèlent. Le désir de jouir de Dieu et d’aimer nos frères unifie le cœur et nous ouvre aux autres. L’amour, lui, n’a pas de prix.

Prière universelle :

PU 25e dimanche ordinaire C

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Comment faire le lien entre la parabole du début de l’évangile et l’enseignement de Jésus qui suit ?

Comprendre sa foi :

Pourquoi l’argent est-il si fascinant ?

Vivre avec Jésus :

Lesquels de mes désirs m’entrainent-ils à attacher mon cœur aux biens au lieu de mettre les biens au service de l’amour ?

La Croix du Christ : Remède, exemple et mystère



Gautier de St Victor, Sermon III sur les trois raisons de se glorifier dans la Croix

(traduit par frère Thibaud)

Il y a trois raisons pour lesquelles nous devons nous glorifier dans la croix : elle est un remède, un exemple et un mystère.

La croix : un remède

Nous appelons remède le mérite de la Passion et le la mort même du Christ. En effet, le Christ lui-même, exempt de tout péché, seul libre parmi les morts, n’a nullement été débiteur de la mort, mais cependant, « à cause de l’immense amour dont il nous a aimés » (Eph 2,4)  en obéissant au Père, il a souffert pour nous, débiteurs de la mort, une mort qu’il ne méritait pas. Et il a beaucoup mérité et nous a fait don de son mérite, de sorte que nous arrive par lui ce mérite qui lui aurait servi aussi s’il en avait eu besoin.

Ce mérite est si grand qu’il suffit au salut de tous. La grandeur du mérite vient de la grandeur de l’amour, comme on le pense communément. Ainsi, puisque l’amour du Christ est immense, le mérite de sa mort aussi est immense. Si tous les saints, tous ceux qui n’ont vécu depuis le commencement du monde et ceux qui viendront jusqu’à la fin du monde, avaient été libres de tout péché et étaient morts pour la justice, la mort de tous n’aurait pas cependant autant mérité que la seule mort du Sauveur qui n’a eu lieu qu’une seule fois. Je vais dire encore davantage. Si tous les anges, les Dominations, les Trônes, les Chérubins et les Séraphins s’étaient incarnés, étaient devenus mortels et étaient morts pour la vérité, la justice et la piété, leur mérite à eux tous ne pourrait pas être égalé au mérite du Christ ; d’où il suit que, non seulement un mérite aussi grand suffit à la rédemption du monde entier, mais encore, si l’univers était illimité et si tous croyaient dans le christ, un tel mérite suffirait à tous pour le salut.

Paul, en contemplant ce trésor incomparable de notre salut, déclare : « Loin de moi la pensée de me glorifier, sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ » (Ga 6,14), c’est-à-dire : loin de moi la pensée de me juger digne d’autre chose que de gloire et de salut, sinon dans la puissance, la force et le mérite de la Passion. Car dans ce remède se trouve notre unique espérance, puisqu’il « n’y a pas d’autre nom sous le ciel qui doive nous sauver » (Ac 4,12). Ce remède suffit aux tout-petits et à ceux qui n’ont pas le temps de travailler à leur salut.

La croix : un exemple

Mais pour ceux qui peuvent travailler à leur salut, en plus du remède on exige qu’ils suivent l’exemple, « puisque le Christ a souffert pour nous » afin « que nous marchions sur ses traces » (1 P 2,21). D’où la parole de l’Apôtre : « Frères, nous vous exhortons à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu » (2 Co 6,1). Il appelle « grâce » ce remède de la mort du Christ. Celui qui ne veut pas travailler à son salut alors qu’il le peut, « reçoit la grâce en vain ». Donc « se glorifier dans la croix » à cause de l’exemple, c’est l’imiter lui-même avec joie, comme l’Apôtre qui se glorifie « dans les tribulations » ; et aussi, les apôtres « sortaient joyeux du Sanhédrin, parce qu’ils avaient été jugés dignes de supporter des injures pour le nom de Jésus » (Ac 5,41).

Il faut imiter l’exemple de la Passion non seulement pour conserver le remède, mais encore pour accroître l’éclat de la couronne. « Car chacun recevra son propre salaire en fonction de son travail, et l’homme récoltera ce qu’il aura semé » (cf. Ga 6,8). Donc, que chacun examine bien quelle semence il jette en terre, car « celui qui sème dans la chair récoltera, de la chair, la corruption », mais « celui qui sème dans l’Esprit récoltera, de l’Esprit, l’incorruptibilité » (id.), et « celui qui sème chichement récoltera aussi chichement, celui qui sème abondamment récoltera aussi abondamment » (2 Co 9,6). Loin de toute rivalité, car « quel que soit le travail de chacun, le feu l’éprouvera » (1 Co 3,13).

La croix : un mystère

Nous appelons mystère de la croix le sens mystique (caché) de ce même bois. Car le bois a une forme carrée. Ce carré de la croix désigne un certain carré invisible de la charité dont l’Apôtre dit : « Afin qu’enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre avec tous les saints ce qu’est la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur » (Eph 3,17-18). La largeur de la charité s’étend jusqu’aux ennemis, elle est signifiée par la largeur de la croix. La longueur de la charité, c’est que l’on persévère jusqu’à la fin, elle est exprimée par la longueur de la croix. La hauteur de la charité, c’est de tout faire pour Dieu dans l’espérance de la béatitude éternelle. La profondeur de la charité, c’est de ne rien attribuer au mérite de l’homme, mais de tout attribuer à la grâce et à la miséricorde de Dieu dont nous ne pouvons pas comprendre les raisons, les desseins, et les jugements. En effet, cette profondeur est sans fond, de là vient que l’Apôtre, parlant de l’élection de Jacob et du rejet d’Esaü, s’écrie : « Ô profondeur des richesses, de la sagesse et de la science de Dieu, qu ses jugements sont incompréhensibles » (Rm 11, 33).

Ils ne peuvent donc pas comprendre ce carré de la charité, c’est-à-dire en avoir parfaitement connaissance, ceux qui n’auront pas été « enracinés et fondés dans la charité » (Eph 3,17), parce que les ténèbres ne saisissent pas la lumière : « enracinés », par analogie avec l’arbre, « fondés », par analogie avec la maison ; enracinés par l’amour du prochain, fondés par l’amour de Dieu. Par l’amour du prochain on devient un bon arbre, par l’amour de Dieu on devient maison de Dieu, demeure et temple de Dieu. L’amour du prochain apparaît extérieurement dans les actes, l’amour de Dieu est au-dedans, caché dans le cœur.

Voyez quels fruits agréables produit l’arbre de la charité fraternelle. En effet, cet arbre étend ses branches tout à l’entour. La charité fraternelle témoigne aux supérieurs respect et obéissance, aux inférieurs expérience et sollicitude ; ceux qui sont à droite et qui ont fait quelque progrès, elle les félicite, mais à ceux qui sont à gauche, victimes de quelque faute ou tentation, elle leur témoigne de la compassion. Aux uns l’imitation, aux autres l’exhortation. Or, ceux qui voient en eux ce carré ne peuvent se glorifier injustement dans le mystère de la croix comme ceux qui ont une foi saine, qui sont renés dans le Christ et se réjouissent dignement dans le remède de la croix. Mais ceux qui portent dans leur corps les marques de Jésus peuvent se glorifier dans l’exemple de la croix.

La croix : notre salut

Il y a donc trois raisons pour les quelles il faut se glorifier dans la croix : le remède aboutit à la foi, l’exemple à la pratique des œuvres, le mystère à l’amour. Cependant ces trois, la foi, la pratique des œuvres, et l’amour sont exigés comme nécessaires au salut. Au sujet de la foi, Paul affirme : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu » (He 11,6) ; au sujet des œuvres, Jacques écrit que sans elles « la foi est morte » (Jc 2,17) ; et au sujet de la charité, l’Apôtre dit : « Si je livre mon corps aux flammes et que cependant je n’aie pas la charité, cela ne me sert à rien » (1 Co 13,3).

Gautier de St Victor Sermon III Sur les trois raisons de se glorifier dans la croix (CCL-CM 30, 250-252). Gautier de St Victor était prieur de l’abbaye de St Victor à Paris au XIIe siècle