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4e semaine de l’Avent : Accueillir Celui qui vient



4e dimanche de l’Avent A :
Matthieu 1, 18-24

« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint »

Cette annonciation à Joseph est simple, mais ne se laisse pas facilement appréhender. On aimerait en savoir un peu plus de ce qui se passe. Que craignait Joseph ? De quoi le Seigneur a-t-il dû le rassurer dans sa prière ? Avait-il quelque soupçon à propos de Marie ? Ou bien était-il effrayé à l’idée d’accueillir chez lui Marie qui portait un enfant venant de Dieu seul ? Reculait-il devant la Loi, ou devant le Mystère de Dieu ? Au fond, quelle était sa justice : celle d’un respect du règlement, ou celle de l’obéissance au Juste ?
Joseph, parce qu’il est ajusté à son Dieu, a compris que cet enfant est de Dieu, cet enfant déjà accueilli par son épouse. S’il ne veut pas dénoncer Marie, c’est qu’il n’y a pas lieu d’agir ainsi. S’il a formé le projet de la renvoyer, c’est sans doute qu’il tremble, qu’il ne se sent pas à la hauteur de la vocation de Marie, qu’il ne se sent pas à sa place auprès d’elle, comme père de cet enfant venu d’En-haut. Il est bien conscient que la vocation de veiller sur Marie ne lui appartient pas, mais ne revient à Dieu. Et effectivement, Dieu aurait fort bien pu se passer de Joseph, et s’occuper de Marie.
Pourtant, Dieu veut avoir besoin de ce fils de David. Il veut que ce soit lui qui lui donne son nom d’homme, et qu’il se trouve responsable de veiller sur Marie et Jésus. Le Père connaît l’obéissance de son fils Joseph, et il sait qu’ainsi il sera un bon père adoptif pour accompagner l’humanité fragile de son Fils éternel.
Accueillir Celui qui vient ne va de soi pour personne. Dieu nous déboussole. Tous les acteurs qui entourent la venue du Fils de Dieu dans notre chair sont comme pris à contre-pied. Ils mettent leur foi dans la Parole de Dieu, dans cet enfant venu accomplir les Écritures. Qu’il en soit de même dans toutes nos vocations.

Prière universelle :

PU 4e dimanche de l’Avent A

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Joseph est appelé « fils de David » : pourquoi est-ce important ?

Comprendre sa foi :

Pourquoi Joseph doit-il donner le nom de Jésus, alors qu’Isaïe avait annoncé « Emmanuel » ? Que signifient ces noms pour notre foi ?

Vivre avec Jésus :

Est-ce que je cherche à être ajusté à Dieu, et est-ce que je médite les Écritures, pour reconnaître les appels de Dieu ?

Quand Dieu s’invite parmi les hommes



Annonciation : Quand Dieu s’invite parmi les hommes…

« Dites-nous, messieurs les Apôtres et les Évangélisateurs, d’où sort ce Jésus dont vous nous parlez ? Comment est-il venu dans le monde, cet homme extraordinaire dont vous nous rapportez les paroles et les actes, ce crucifié que vous dites être ressuscité après être passé par la mort ? Qui donc est son père ? Qui est la femme qui l’a porté dans son sein et l’a mis au monde ? Nous aimerions en savoir plus… »

C’est la question que se posaient ceux qui ont entendu en premier la prédication des Apôtres et de leurs collaborateurs. Car, au début, l’annonce de Jésus commençait par la prédication de Jean-Baptiste, et on ne savait rien sur son enfance, sur ses origines. Or Dieu sait si la naissance est importante pour nous autres les hommes ! Tant de choses semblent déjà écrites à ce moment…
La communauté judéo-chrétienne voulait savoir si son père était bien de la tribu de Juda, de la lignée de David, de laquelle devait venir le messie. Elle voulait savoir qui était sa mère, fille d’Israël bénie par le sein de laquelle Jésus avait reçu sa judaïté, car celle-ci se transmet par la maternité. Elle désirait entendre une parole sur les débuts de ce prophète, puisque l’Écriture avait rapporté l’origine de plusieurs autres patriarches et prophètes : s’inscrit-il bien dans la suite de l’Histoire du peuple élu ? Peut-être quelques doutes, ou quelques cancans, couraient-ils sur les places et dans les cœurs, surtout face au grand scandale de l’ouverture à tous les peuples païens des promesses faites au Peuple choisi. C’est Matthieu, le juif, qui va mener l’enquête pour cette communauté.

La communauté chrétienne issue des nations païennes voulait elle aussi savoir quelles étaient les origines de cet homme illustre. Quels sont ses titres de noblesse ? D’où lui vient cette grandeur d’âme ? Les commencements d’une vie disent souvent beaucoup sur le déroulement de la suite. On rapporte ainsi les origines des grands personnages du monde grec. Ce grand homme-là, pourtant, attire riches et pauvres, il a un discours qui parle à tous, il rayonne autre chose que le commun des mortels : quel est donc son mystère ? C’est Luc, le Grec, le disciple de Paul, grand Apôtre des Nations, Luc l’historien et théologien au cœur si sensible, qui va mener l’enquête pour cette communauté.

Et nous, ça nous intéresse aussi. Il y a bien sûr un peu de curiosité sur sa mère, son père, sa famille, son histoire… Curiosité plus ou moins « people » peut-être, mais aussi recherche de sens, puisque Jésus donne sens à nos vies, à nos histoires. Après nous être arrêtés sur l’annonciation à Marie, transmise par St Luc, puis sur l’annonciation à Joseph, transmise par St Matthieu, nous essaierons de faire le lien avec nos expériences spirituelles. Comment Dieu s’invite-t-il parmi les hommes ? Comment Dieu s’invite-t-il dans nos vies ? Comment nous appelle-t-il ? Car il n’a pas fini de venir dans le monde. Il vient encore. Et il viendra un jour définitivement. Comment le reconnaître, comment l’accueillir, lui répondre, aujourd’hui et demain ?

I – Luc 1, 26-38 : « C’est si beau quand Dieu se penche sur la petitesse ! »

Le prologue de l’évangile selon St Luc introduit la transmission d’une sorte de trésor de famille ! St Luc est un conteur de génie, il a l’art du récit, un récit théologique. Il a construit ses deux premiers chapitres, qu’on appelle les Évangiles de l’enfance, comme un diptyque, sur lequel Jean-Baptiste et Jésus sont mis en parallèle. L’annonce à Zacharie de la naissance de Jean est donc parallèle à l’annonce à Marie de la naissance de Jésus. Et le jeu de contraste est très important.
Tout commence en Judée, sous le règne d’un roi, à Jérusalem, dans le Temple, avec le grand prêtre, autrement dit au centre politique du pays et au cœur spirituel du monde. Le Temple, c’est le lieu où l’homme se rapproche le plus près du Ciel. Il est presque normal d’y rencontrer des anges… N’est-ce pas le lieu idéal, semble-t-il, pour accueillir la présence de Dieu et entendre sa Parole ? Et le grand prêtre, choisi par Dieu, éminent spécialiste en matière de religion, n’est-il pas la personne idéale pour reconnaître, croire, et répondre à la manifestation, cet appel de Dieu ? Zacharie voit l’ange. Puis l’ange lui parle et l’appelle par son nom. Mais ça va être un échec partiel : sur le coup, Zacharie a du mal à croire. Pourtant lui et sa femme désiraient un enfant, et l’avaient demandé… mais ils sont vieux, trop vieux. L’ange de Dieu doit se nommer, montrer ses galons pourrait-on dire, pour appuyer son autorité. Tandis que Zacharie va se retrouver sourd-muet, lui qui n’a pas écouté l’ange de Dieu. Néanmoins le plan de Dieu s’accomplira : Élisabeth concevra un fils, et elle saura rendre grâce.
En parallèle, il y a une sorte de coup de théâtre. On voit le Ciel se pencher sur la terre, le Très-Haut, le Très-Grand, se pencher sur la petitesse. Le même ange Gabriel, mandaté par Dieu lui-même, semble descendre des hauteurs, et nous le suivons dans sa course. Il est envoyé dans une petite bourgade inconnue de Galilée, ce « carrefour des nations », région elle-même méprisée sur la terre d’Israël. Rien à voir avec Jérusalem, et moins encore avec Rome, Athènes, ou quelque autre grande ville de renom. Ça commençait mal. On n’attendait pas vraiment Dieu dans ce coin perdu de l’Empire Romain, parmi ces habitants à la race mélangée. Et pourtant, cette fois-ci, on sait tout de suite que ce sera important. Le nom du messager parle de lui-même : cet ange Gabriel est connu dans le livre de Daniel comme celui qui devait annoncer la venue des derniers temps (Dn 9, 21-27).
La récipiendaire du messager divin n’a rien à voir non plus avec le prêtre choisi pour officier dans le Temple de Jérusalem. Cette fois-ci, c’est une vierge. Certes, en Israël, dans les Écritures, une vierge, c’est important, très important. La vierge, la fille de Sion, est porteuse des promesses, de la Promesse. Elle incarne le Peuple élu en attente de la Vie donnée par Dieu pour le monde entier. Mais il y avait des tas de vierges en Israël, et un seul grand prêtre. Pourtant cette vierge-là est toute particulière, ce n’est pas n’importe quelle vierge. Ce qui la rend si singulière entre toutes, c’est que Dieu se penche sur elle. Après avoir défini le pays, Luc nous indique la famille dont elle fait partie du fait de son statut social : fiancée à un certain Joseph, descendant de David, elle fait partie de sa maison. Puis la « cible » de l’ange Gabriel se précise encore et on arrive au prénom de la vierge : Marie.
Il n’est pas dit que l’ange apparaisse, comme pour Zacharie. Il entre et salue. Où entre-t-il ? Sans doute dans le cœur de Marie, plus que dans sa chambre. Marie était ouverte à sa venue, à la venue de son Dieu. L’ange ne l’appelle pas par son nom, comme Zacharie. Il l’appelle par ce qui la caractérise le plus : le don de Dieu. Elle est la « Comblée-de-grâce ». Le nom est très important dans la Bible. Dieu donne souvent un nouveau nom, qui dit une mission au service du Salut. « Comblée-de-grâce » : c’est tout un programme ! Zacharie a eu peur. Marie, elle, est bouleversée quand elle entend ce nom. Autrement dit, son cœur se met à battre très fort. Et son intelligence se met en branle : l’annonce de joie, le titre, l’assurance que le Seigneur est avec elle… plusieurs textes des Prophètes peuvent alors lui revenir en mémoire : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a écarté tes ennemis. Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. » (Sophonie 3, 14.15). « Ô terre, ne crains plus ! exulte et réjouis-toi ! Car le Seigneur a fait de grandes choses. […] Et vous saurez que moi, je suis au milieu d’Israël, que Je suis le Seigneur votre Dieu, il n’y en a pas d’autre. Mon peuple ne connaîtra plus jamais la honte. » (Joël 2, 21.27). « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi » (Zacharie 9, 9).
L’ange va la rassurer et répondre à son attente de sens. Il fait une sorte de commentaire du « Comblée-de-grâce » : « tu as trouvé grâce ». Elle est privilégiée, « objet de la faveur de Dieu », encore peut-être un renvoi au prophète Daniel, lui aussi privilégié, qui reçoit l’annonce de la fin des temps : « Dès le début de ta supplication, une parole a surgi, et je suis venu te l’annoncer, car toi, tu es aimé de Dieu. Comprends la parole et cherche à comprendre l’apparition » (Dn 9, 23). Puis l’ange Gabriel évoque la promesse faite à David par l’intermédiaire du prophète Nathan, que toute femme, toute vierge, toute mère en Israël, dans la tribu de Juda, avait sans doute en tête : la descendance du grand roi fidèle, reprise ensuite par les prophètes : « Le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-même une maison. Quand tes jours seront accomplis et que tu reposeras auprès de tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom, et je rendrai stable pour toujours son trône royal. Moi, je serai pour lui un père ; et lui sera pour moi un fils. » (2 Samuel 7, 11-14). Concrètement, c’est l’annonce de la conception d’un enfant, conception pas vraiment attendue, comme on va le voir juste après. Il faut être femme, il faut être vierge, pour vraiment comprendre ce que ça veut dire, ce que ça implique charnellement. Mais cela concerne aussi les hommes. Marie est là au nom de toute personne humaine. Sa question, d’ailleurs, va nous mettre sur cette piste.
Marie ne fait pas d’objection. Elle cherche juste à comprendre les modalités, pour résoudre une apparente contradiction. Elle a décidé de rester vierge, et n’imagine même pas que Dieu puisse changer les projets que lui-même lui a inspirés. St Augustin, jouant sur les différentes significations du mot « concevoir », commente la scène en disant que Marie a conçu le Verbe d’abord dans son cœur, avant de le concevoir dans son corps. Le Fils de Dieu est devenu réellement présent en elle spirituellement, avant de le devenir charnellement. Recevoir et concevoir le Verbe de Dieu dans son intériorité, pour transmettre au monde la Vie de Dieu, c’est la vocation du chrétien. Et cela va même plus loin, puisque le chrétien devient lui-même corps du Christ… Grand mystère de la foi.
L’ange Gabriel est descendu jusqu’à la porte du cœur de la Vierge Marie. C’est l’Esprit Saint, Dieu lui-même, qui continuera le chemin pour porter sa Vie jusqu’en son intimité spirituelle et corporelle. Tout est remis entre ses mains avec l’évocation d’une des grandes merveilles de Dieu dans l’Ancien Testament : la naissance inattendue d’Isaac, « car rien n’est impossible à Dieu » (Genèse 18, 14).
Marie conclut en disant sa disponibilité totale à la Parole. « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Elle dit sa vérité. Elle dit sa mission, à sa manière, la plus juste qui soit. Elle dit son union à la mission même du Christ, qui est le Serviteur : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit » (Isaïe 42, 1) ; et dans le Nouveau Testament : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. » (Philippiens 2, 5-7)
Et le Verbe se fait chair. Dieu se fait charnellement présent dans le monde. « Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fête » (Sophonie 3, 17.18)

Pour conclure et synthétiser le récit de Luc : c’est si beau quand Dieu se penche sur la petitesse !
l’attention s’est déplacée du prêtre à la vierge (Luc a d’ailleurs souvent une sorte de regard féminin, en particulier dans ces textes de l’enfance où les hommes se trouvent un peu sur la touche)
– le grand roi vient au monde dans une bourgade méconnue, par l’intermédiaire d’une vierge : rien de brillant, mais c’est une merveilleuse histoire !
Dieu en s’incarnant assume notre humanité, avec toutes ses lois : il prend chair dans le sein d’une femme. « Lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse, afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi et pour que nous soyons adoptés comme fils. » (Galates 4, 4-5). C’est bien différent des dieux grecs et latins.
– plus important : la présence de Dieu semble se déplacer du Temple au sein de la vierge, et surtout à son cœur.
On est pris un peu à contre-pied…

II – Matthieu 1, 16-25 : « On ne dirait pas, mais tout est en règle ! »

Avec Matthieu, on est en contexte beaucoup plus masculin. Son style est plus didactique que celui de Luc. C’est un enseignant, et on pourrait dire qu’il présente les choses avec sa rigueur de comptable (rappelons-nous qu’il était collecteur d’impôts quand il a été appelé). Il s’adresse à des judéo-chrétiens, qui se posent des questions particulières, liées notamment à la Loi et aux prophètes : ils ont tous en tête les caractéristiques prévues pour le Messie, et l’application à Jésus n’est pas évidente. Matthieu veut toujours raccrocher Jésus à l’Ancien Testament. C’est une des raisons pour lesquelles il commence avec la généalogie de Jésus, sur laquelle il y aurait beaucoup à dire. Voici deux remarques pour introduire le récit de l’annonciation à Joseph.
Le but d’une généalogie est de mettre en valeur celui qui arrive au bout de la lignée, c’est-à-dire ici Jésus. Celle-ci est très stylisée, et Matthieu la fait remonter à David et Abraham, en trois parties. Il semble d’abord nous rassurer : tout est en règle du point de vue de l’ascendance de Jésus. Il est bien fils d’Abraham, le premier à avoir reçu les promesses, et fils de David, de la tribu royale de Juda, comme doit l’être le Messie. Jésus n’arrive pas par hasard. Il est l’aboutissement d’une Histoire Sainte.
Notons aussi qu’en choisissant 14 personnages par période, Matthieu fait des choix, il sélectionne. Or il est intéressant de voir que dans sa sélection il y a un certain nombre de personnages pas très brillants, c’est le moins que l’on puisse dire. Dieu les assume. Dieu assume les bêtises des hommes, leurs choix parfois mauvais. Ils n’arrêtent pas son projet de salut. Les femmes qui sont citées ont cette caractéristique d’avoir rusé de différentes manières pour avoir une descendance. Or à la fin il y a une sorte de décrochage. Après une longue série de « n. engendra n. », on a l’expression « Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus que l’on appelle Christ » : Matthieu marque ainsi l’action de Dieu qui ne dépend pas de l’initiative des hommes. Dieu s’insère dans l’histoire des hommes, qu’il a guidée, mais n’en dépend pas.
C’est ce que va aussi expliciter le récit suivant de l’annonciation à Joseph, en montrant notamment toute la complexité de la situation humaine par rapport à nos repères humains. Il reprend donc au v 18 de manière développée ce qu’il vient de dire au v. 17, pour bien se faire comprendre : Joseph n’y est pour rien dans la conception de Jésus. « Or, voici comment fut engendré Jésus Christ » : le passif employé montre que tout est initiative et action de Dieu. Le v. 21 va mettre l’Esprit Saint dans le coup, mais Joseph ne le sait pas encore, et le moins qu’on puisse dire est que ça ne va pas de soi. Il faut prendre le temps de se mettre dans la peau de Joseph, le fiancé, lorsqu’il a su que Marie était enceinte. C’est probablement elle qui le lui a dit, encore qu’on ne le sache pas. Peu importe. L’important pour les évangélistes, Matthieu comme Luc, ce n’est pas la psychologie de l’un et de l’autre, ni la sociologie de l’époque, ni même la morale, encore que tout cela soit en filigrane. L’important, c’est l’obéissance de la foi. Et ici, il s’agit de la foi de Joseph, le gardien, comme il s’agissait de la foi de Marie dans St Luc.
Ça bouge dans la tête et le cœur de Joseph le juste. Cette justice ne désigne pas une simple droiture morale. Le conflit intérieur ne vient pas tellement de ce qu’il serait pris entre deux feux : sa confiance en Marie et sa confiance en la Loi. Le conflit de devoirs n’est pas là. C’est une épreuve spirituelle, une épreuve de foi. Parce qu’il est ajusté à Dieu, il doit discerner sa place dans le mystère qui est en train de s’accomplir en Marie : le Seigneur l’appelle-t-il à céder sa place auprès d’elle, rendre son indépendance à Marie ? Ou l’appelle-t-il à accompagner Marie dans l’aventure en passant pour le père de l’enfant ? C’est très humain, d’autant plus profondément humain qu’il s’agit de discerner sa place face à Dieu, dans le plan de Dieu.
Combien de temps ce conflit dure-t-il ? On ne sait pas. L’ange de Dieu vient le rejoindre dans sa tourmente : « voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe ». Encore un ange… Cette fois-ci c’est un songe. Il y a des tas de songes dans l’Ancien Testament, on connaît ça. C’est mystérieux. Quand et comment Joseph a-t-il eu ce songe ? Il ne devait pas trop arriver à dormir en ces jours ! Il devait beaucoup penser à ce que lui avait rapporté Marie de la venue de Dieu dans sa vie. Compliqué pour un homme, parfois, de comprendre et d’assumer les intuitions d’une femme. Joseph est seul face à sa vocation. Il est seul face à Dieu qui a déboulé dans sa vie à lui aussi. Peut-être le Seigneur l’a-t-il endormi comme il avait endormi Adam au moment de la Création d’Eve (Genèse 2) ? Ou bien luttait-il contre l’ange, comme Jacob sur le bord du torrent, la nuit, alors que sa famille était déjà passé sur l’autre rive (Genèse 32) ?
Il se peut qu’il se soit assoupi durant sa lectio divina, et que l’ange lui ait soufflé une interprétation de la prophétie d’Isaïe 7, 14 : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous) ». Il s’est peut-être aussi souvenu de la prophétie qui présente le Messie, fils de David, rempli de la plénitude de l’Esprit de Dieu : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur » (Isaïe 11, 1-2). En tout cas il a cru l’incroyable. Il a espéré contre toute espérance. Il a aimé, surtout, contre tous les vents contraires, son Dieu, d’abord, celle qui lui avait été confiée, ensuite, et sûrement aussi son peuple porteur de la promesse du Salut. Il a choisi d’assumer ce que Dieu avait commencé à faire dans sa vie.
Joseph, alors, agit dès son réveil. Il met en œuvre la parole entendue, écoutée. Il ne fait pas selon son idée, mais selon l’intuition reçue de Dieu. Il renonce à sa conception de la justice pour surpasser toute justice. Il dilate le cadre, il transcende la règle, pour la respecter plus pleinement, plus profondément. Il donne une place en ce monde à Celui qui vient non pas abolir la loi, mais l’accomplir. L’ange confie à Joseph le soin de donner le nom, c’est-à-dire qu’il lui confie la mission de faire acte de paternité. La part de Marie dans St Luc a été de recevoir Jésus dans son corps, dans son sein, malgré son propos de virginité, et ainsi de faire acte de maternité. La part de Joseph dans St Matthieu est de faire acte de paternité en le recevant dans l’adoption, pour l’inscrire dans l’Histoire du Peuple choisi, pour en faire le descendant de David, l’héritier des promesses.

Pour conclure et synthétiser le récit de Matthieu : on ne dirait pas, mais tout est en règle !
l’attention se déplace de l’accomplissement de la Loi à l’accomplissement de la Promesse
Dieu assume notre histoire, nos cadres, nos lois, pour les dépasser
– en venant dans le monde, Dieu confronte Joseph à la nécessité d’un discernement sur sa place d’homme face au mystère de l’intervention de Dieu
– surtout : ce qui se passe-là, c’est Dieu avec nous. Et si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ?

III – Et pour nous ? Laissons-nous dérouter de nos idées préconçues

Les récits d’annonciation sont des textes théologiques. À chacun de les écouter et de les laisser résonner en son cœur pour que ces textes deviennent Parole vivante, active, de Dieu. À chacun de les laisser entrer en dialogue avec sa vie, de laisser l’Esprit parler dans le silence du cœur. Parce qu’ils sont des récits de vocations, ils nous invitent à nous interroger sur nos propres vocations, à relire l’action et les appels de Dieu dans nos vies.
Au centre de ces récits, il y a Dieu qui vient vers nous. Marie et Joseph sont importants, mais tous deux laissent la première place à leur Seigneur, et à l’Œuvre du Salut du monde qui est en train de s’accomplir. La première place donnée à Dieu permet l’accomplissement de toute promesse de vie. C’est un peu vertigineux de laisser la barre de sa vie à Dieu… Et pourtant, c’est seulement ainsi que notre être profond peut parvenir à son accomplissement. Cela nous fait peur, car nous oublions que Dieu qui vient vers nous, c’est un don de grâce avant d’être un appel et un envoi en mission. Tout est déjà donné au début, rejoignant nos désirs les plus intimes. Il nous revient de dire oui, et de nous laisser conduire, guider, accompagner. Dire oui à Dieu, à son action dans nos vies, c’est se mettre un peu de côté pour lui laisser la première place, mais sans pour autant abandonner ses responsabilités, car elles restent. Dire oui, c’est faire avec Dieu, c’est épouser son projet, c’est mettre toutes ses capacités, tous ses dons, au service de ce projet, selon qu’il le demande.
N’attendons pas de voir un ange ou d’entendre des voix. Les évangélistes utilisent cette manière de parler pour traduire une expérience spirituelle, mais les anges ne se voient ni ne s’entendent comme on voit et on entend les hommes. Leur manifestation est intérieure, et passe par d’autres médiations. Il s’agit de s’ouvrir par la foi, l’espérance, la charité, d’ouvrir son être à la possibilité de la venue de Dieu. C’est tout simple, d’une simplicité enfantine. Dommage qu’il soit parfois difficile d’être d’une simplicité enfantine !
Peut-être remet-on trop les choses de Dieu à des « spécialistes », prêtres, moines, ou religieuses. On ne se reconnaît pas facilement privilégié de Dieu. Il faut dire que c’est engageant… Que fait-on de la grâce de l’Esprit répandue dans le cœur des chrétiens au baptême, à la confirmation, à chaque Eucharistie ? C’est cela qui est important plus que tout le reste. Que fait-on du libre choix de Dieu ? La grâce est fondamentalement libre et gratuite, elle ne doit rien à nos mérites. À nous, pourtant, il revient de nous y ouvrir, de dire « oui », de discerner sa présence et son action. Dieu se manifeste dans nos vies. Il frappe à la porte de nos cœurs. Il nous conduit, et parfois il nous appelle, requiert notre aide. Il le fait au cœur de nos journées, au milieu de nos activités quotidiennes, ou bien au milieu de nos nuits, quand notre être est abandonné entre ses mains. Dieu ne se réserve pas aux « spécialistes » selon les catégories des hommes.
Accueillir Dieu dans sa vie, c’est à la fois se laisser dérouter de ses idées préconçues, et recevoir le don d’une cohérence de son histoire. Marie et Joseph avaient certainement été préparés, et ils seront accompagnés ensuite. Cela n’empêche pas l’inattendu total. Ils sont pris un peu de cours sur le moment. Mais c’est pour un accomplissement plus grand, plus profond, de ce que Dieu a déposé en eux. C’est la méditation des Écritures qui leur a permis de reconnaître, de discerner ce qui venait de Dieu et comment il convenait de lui répondre. Les Écritures sont le lieu privilégié du dialogue intime avec l’Esprit. Elles sont le moyen choisi par Dieu pour nous apprendre son langage. C’est sans doute là pour nous un rappel et un encouragement. Ouvrons chaque matin nos évangiles, afin que la Parole puisse résonner en nous. Demandons au Seigneur d’ouvrir notre oreille intérieure pour que nous puissions l’entendre, l’accueillir, marcher à ses côtés.

2e semaine de l’Avent : Qui est Celui qui vient ?



2e dimanche de l’Avent A :
Matthieu 3, 1-12

Celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales.

Qui est donc Celui qui vient, celui que nous attendons durant ce temps de l’Avent ? L’évangile et la première lecture de ce dimanche semblent nous en dresser deux portraits apparemment bien différents. Deux grands prophètes ont deux visions que l’on concilie difficilement. L’annonce du farouche Jean Baptiste, l’homme du désert, est pour le moins musclée. Pour pousser à la conversion, il annonce colère et jugement par le feu. Celle d’Isaïe, citadin lettré, est plus souriante. Il donne le goût de Dieu, et la nostalgie d’un royaume de justice et de paix cosmique. Alors, qu’attendons-nous, qui espérons-nous ?
Il y a tout de même un élément essentiel qui relie l’un et l’autre message : l’Esprit du Seigneur, l’Esprit Saint. Dieu vient visiter son peuple par l’intermédiaire d’un homme sur qui repose son Esprit. Et c’est la présence de cet Esprit qui est essentielle, non les mots et les représentations de celui qui prépare sa venue. Car nos lèvres humaines ne peuvent que balbutier quand il s’agit de parler de l’intervention de Dieu.
Un autre élément est commun aux deux messages : cet homme rempli de l’Esprit de Dieu vient pour un jugement, pour un discernement entre le bien et le mal. Le méchant, celui qui a refusé de porter un fruit de vie, ira à la mort qu’il a laissée se propager dans son cœur. L’homme bon vivra dans les greniers du Seigneur, sur sa montagne sainte, selon l’Esprit de Celui qui vient. Ce jugement n’a rien d’arbitraire, il ne s’oppose pas a priori à qui que ce soit. Il est le jugement du Salut, la promesse de la délivrance du mal, l’ouverture d’un chemin vers la vie éternelle.
Nous autres chrétiens avons reçu cet Esprit du Christ pour en vivre et le transmettre. Rappelons-nous en ces jours qu’il est un Esprit de conversion, qu’il nous est donné pour que nous nous détournions de tout mal et fassions le bien. C’est juste notre « oui » que Dieu vient mendier, l’ouverture de la porte de notre cœur, afin que sa Parole résonne dans nos déserts, cette Parole qui porte avec elle toute harmonie. Dieu a encore besoin de prophètes pour que les nations puissent entendre l’appel du Seigneur, y répondre, et lui rendre gloire.

Prière universelle :

PU 2e dimanche de l’Avent A
PU Immaculée conception de Marie

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Quels éléments rapprochent Isaïe et Jean-Baptiste ?

Comprendre sa foi :

Pourquoi le message de Jean Baptiste semble-t-il si différent de celui d’Isaïe ?

Vivre avec Jésus :

Pour moi, qui est Celui qui vient ?

Dimanche de la Trinité : Dans l’intimité de Dieu



Dimanche de la Trinité C :
Jean 16, 12-15

Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.

En envoyant l’Esprit Saint, Dieu invite l’Église, et donc chaque chrétien, dans son intimité. C’est cette intimité de Dieu que nous fêtons en ce dimanche de la Trinité. Tout est commun, tout est communion entre les trois personnes divines. Le Père ne garde rien pour lui, le Fils se livre totalement, l’Esprit est pur don qui ne se reçoit que pour s’offrir. C’est notre entrée dans cette intimité de Dieu que nous avons fêté à Pâques et jusqu’à la Pentecôte. Le Fils est venu pour nous montrer et nous ouvrir le chemin vers le Père ; l’Esprit a été envoyé pour y guider chacun de nos pas ; le Père nous appelle, nous désire, nous attend.
Tout cela n’est pas à comprendre. Nul ne peut saisir, même en pensée, l’infini de Dieu. C’est à connaître par l’action de l’Esprit Saint. Il faut pour cela renaître dit Jésus à Nicodème, recevoir la vie de Dieu non seulement une fois litugiquement par le Baptême, mais tout au long de sa vie. Chaque Eucharistie devrait être l’événement de notre entrée dans l’intimité et la vie de Dieu, connaissance plus profonde, renaissance à une autre vie.
Dans l’Eucharistie, source et sommet de notre vie chrétienne, mystère si familier et pourtant si méconnu, nous participons au don mutuel, à l’amour qui brûle en Dieu. L’Esprit Saint est invoqué sur les offrandes de pain et de vin, mais aussi sur chacun des fidèles rassemblés : il vient, et le Corps du Christ advient. Le Fils nous prend en lui, il nous fait participer à l’offrande totale de lui-même qu’il consacre alors au Père, cette même offrande qu’homme il a accompli sur la Croix en choisissant d’aimer jusqu’à la fin. Le Père nous reçoit, nous qui sommes le Corps du Christ, le Bien-aimé.
Cadeau étonnant. Impensable merveille. Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. Qu’en faisons-nous ?

Prière universelle :

PU Dimanche de la Trinité C

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

« L’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité toute entière » : quelle est cette vérité ? Et qui est ce « vous » : l’Église ou chaque chrétien ?

Comprendre sa foi :

« il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » : pourquoi ne pouvons-nous pas connaitre nous-mêmes ce que le Christ nous a dit ?

Vivre avec Jésus :

Qu’est-ce que l’Esprit m’offre de connaître mieux en ce jour ?

Pentecôte : Recevoir l’Esprit du Ressuscité



Pentecôte C :
Jean 14, 15-26

Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.

L’autre Défenseur que le Père nous envoie, il convient de le recevoir, de le laisser parler, d’y être attentif, de le laisser agir. Parfois l’Esprit vient comme une douce bourrasque. Plus souvent il se fait très discret, comme une flamme secrète, et illumine chacun de nos pas dans la nuit, presque à notre insu. La Vérité est rarement éblouissante. Mais elle se fait très présente quand le cœur est ouvert, prêt à la recevoir, avec une force à nulle autre pareille. Elle enseigne à l’intime, elle susurre à l’oreille du cœur le souvenir des Paroles du Ressuscité.
Dieu se propose. Parce qu’il est amoureux, il ne s’impose pas. L’amour appelle la coopération de l’aimé, il ne peut et ne veut forcer la liberté. Il ne serait plus amour. Il en va de même de la vérité. Elle appelle l’adhésion de l’esprit altéré, et ne peut contraindre un « oui » qui doit être prononcé. Dieu est Amour. Dieu est Vérité. Il s’invite en notre cœur, mais reste à la porte, et frappe. À chacun d’ouvrir, de se rendre attentif à l’Esprit, de le recevoir.
Mais suffit-il de recevoir l’Esprit, passivement ? Pour qu’il puisse rappeler au bon moment les Paroles de Jésus, nous avons aussi notre part. Il nous revient d’accueillir celles-ci, de les méditer, de les savourer, de les faire siennes. Il convient surtout d’y adhérer, d’y placer sa joie et son Espérance. Alors l’Esprit illuminera, enseignera, embrasera le cœur. Il gardera l’aimé fidèle, dans ses paroles et dans ses actes, au commandement de l’Amour.

Prière universelle :

PU Pentecôte C

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

L’amour et la vérité sont intimement mêlés dans cet évangile : sauriez-vous repérer ces liens ?

Comprendre sa foi :

Quelle est la mission de chaque « Défenseur » envoyé par le Père ? Quelles sont les différences entre celle du Fils et celle de l’Esprit ?

Vivre avec Jésus :

Comment l’Esprit Saint est-il présent dans ma vie spirituelle ? Est-il pour moi un « Défenseur » sur qui je m’appuie ?

7e semaine de Pâques : Invoquer l’Esprit du Ressuscité



7e dimanche de Pâques C :
Jean 17, 20-26

Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux.

Nous voici dans l’attente, l’attente de l’Esprit. Même si nous avons reçu cet Esprit au Baptême et à la Confirmation, même si à chaque Eucharistie il est invoqué sur nous, et il pénètre dans tout cœur ouvert, il est bon, chaque année, de revivre l’attente des disciples du Ressuscité. Mais rien de passif en cela. Il s’agit d’Espérance, il s’agit d’invocation, il s’agit de violence spirituelle faite au Ciel afin que Dieu vienne de nouveau nous visiter, autrement.
L’Esprit qui vient, c’est l’Église qui se forme, c’est l’Église qui est fortifiée dans l’amour, c’est L’Église qui est envoyée au Nom du Ressuscité pour proclamer l’Évangile. Les hommes de tous les temps attendent la rencontre du Ressuscité, il sont soif de l’annonce de sa Parole. Serons-nous ses porte-voix dans l’Esprit ? Serons-nous signes de sa Présence et de sa sollicitude pour tous ? Serons-nous vraiment Corps du Christ par notre amour mutuel ? Car c’est cela recevoir en nous l’Esprit d’Amour dont le Père aime le Fils.
L’Esprit travaille l’Église aujourd’hui. Elle gémit dans les douleurs d’un enfantement. Encore et encore elle doit avancer dans sa réforme, sa conversion. Le pape et les évêques donnent des lignes de force pour notre mission pour aujourd’hui est tracée. Reste à se rendre disponible à la libre nouveauté de l’Esprit qui souffle où et comme il veut. L’amour et de la famille sont à évangéliser. Le célibat dans la chasteté, dans un don de soi fécond, est à remettre en valeur. La joie de la consécration totale de sa vie à Dieu est à retrouver. Laissez votre cœur être visité et transformé par l’Esprit. Allez là où il vous conduira, pour le service de L’Église, pour le service de tous les hommes.
C’est la meilleure voie pour que le monde croie que Jésus est l’envoyé de Dieu.

Prière universelle :

PU 7e dimanche de Pâques C

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Pourquoi une telle insistance sur l’unité dans la prière de Jésus ?

Comprendre sa foi :

Quel est le rapport entre la prière de Jésus pour l’unité des chrétiens, l’amour du Père pour Jésus, et l’attente de l’Esprit ?

Vivre avec Jésus :

Est-ce que je désire vraiment me laisser déranger par l’Esprit et donner ma vie pour le bonheur de tous et pour le mien ?

Ascension : Continuer la mission du Ressuscité



Ascension C :
Luc 24, 46-53

À vous d’en être les témoins

Le Christ repart déjà, dans la gloire, auprès du Père. Son temps sur terre a été court. Son temps de vie publique n’en représente que 10%. Et il ne s’est écoulé que 40 jours depuis la résurrection. Le Christ serait-il si pressé de quitter cette terre, après être passé par la mort, et par sa résurrection être passé dans forme de vie un peu différente de la nôtre, même si elle est bien réelle ? Il se contente d’être ressuscité, et de bien montrer qu’il est le même qu’avant, que c’est bien lui qui a été crucifié. Mais il ne donne aucune explication supplémentaire. Pour lui, tout semble déjà dit.
Pourtant… n’aimerions-nous pas avoir un peu plus ? Pour nous, ne nous manque-t-il pas un peu, ou même beaucoup ? À l’image des disciples qui lui demandent : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? », nous désirerions qu’il soit parmi nous pour piloter l’évangélisation de toute la terre. Ça aurait été tellement plus efficace ! Il aurait été tellement plus convainquant !
Mais non, ce n’est pas le projet de Dieu. Il a prévu bien mieux que cela. Il a une mission pour nous : « à vous d’en être les témoins ». Et il a aussi une force pour accomplir cette mission : « Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. » La Promesse du Père : c’est quelque chose !
L’Esprit Saint se prépare à entrer en scène, à souffler dans les voiles. Et il est important que le Fils parte auprès du Père pour nous l’envoyer. C’est important qu’il parte aussi parce qu’il doit revenir, revenir au milieu de nous. Il revient déjà par son Esprit : ne restons donc pas à regarder les nuages ou la lune : Christ nous précède sur nos chemins.

Prière universelle :

PU Ascension C

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Quelles sont les ressemblances et les différences entre les récit des Actes des Apôtres (première lecture) et celui de l’Évangile ?

Comprendre sa foi :

Pourquoi St Luc a-t-il écrit deux récits différents ? En quoi se complètent-ils ?

Vivre avec Jésus :

Est-ce que je demande l’Esprit Saint pour qu’il m’aide à être témoin ?

6e semaine de Pâques : Rester uni au Ressuscité



6e dimanche de Pâques C :
Jean 14, 21-29

Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure.

Jésus commence à nous préparer à son retour vers le Père. Le temps pascal touche à sa fin, ce temps durant lequel nous célébrons les apparitions du Ressuscité. Sans nous lasser nous avons chanté « Alléluia! » Nous nous sommes laissés consoler du drame de Pâques et des douleurs de toutes nos petites ou grandes « passions », ces violences et ces morts qui parcourent ou qui croisent nos vies. Nous avons repris espoir en dépit des épreuves que le monde subit, des injustices, des larmes, des gémissements, des deuils. Nous avons appris à croire l’incroyable, à être assurés que la Vie a le dernier mot et que la mort a été engloutie par elle.
À présent le Ressuscité nous annonce qu’il s’en va vers le Père. Il nous laisse sa paix afin que nous ne soyons pas bouleversés et effrayés par un apparent abandon, par la solitude et l’angoisse des orphelins, par notre faiblesse. Sa paix n’est pas du monde, elle n’est pas passagère, elle ne s’effacera pas face à ce monde hostile auquel nous n’appartenons pas tout en y vivant, tout en étant appelé à y témoigner.
C’est pour nous que Jésus est venu du Père. C’est aussi pour nous qu’il repart vers le Père. Il veut nous emmener avec lui vers le Père. Il veut aussi venir en nous avec le Père, dans l’Esprit. C’est pour une intimité plus grande qu’il retourne au Père. C’est pour un don plus intime.
Il nous ouvre le chemin pour lui rester uni. La porte, c’est de l’aimer, de garder sa parole. Aimer le Christ n’est pas un simple sentiment. Garder sa parole n’est pas un simple acte de mémoire. Aimera qui ouvrira la porte de son cœur à l’action de l’Esprit et lui livrera sa vie. Gardera sa parole qui la mettra en pratique, qui se mettra au service de tous ses frères.

Prière universelle :

PU 6e dimanche de Pâques C
PU Ascension C

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Pourquoi avons-nous besoin de l’Esprit Saint ?

Comprendre sa foi :

Par quels biais le Christ ressuscité revient-il vers nous ? Comment pouvons-nous l’accueillir ?

Vivre avec Jésus :

Quelle parole privilégiée du Seigneur voudrais-je mettre en pratique pour la garder, pour qu’elle reste dans le monde et soit entendue ?

1ère semaine de Carême : Au désert



1er dimanche de Carême C :
Luc 4, 1-13

Jésus, rempli d’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable.

Chaque année, le premier dimanche du Carême nous place devant un étrange contraste : Jésus est conduit par l’Esprit au désert, et il y trouve le diable et la tentation. Mais qui donc est le Christ pour quitter la luxuriance du Jourdain et la foule qui y est venue voir et écouter le Baptiste, afin de se rendre au désert ? Pourquoi l’Esprit Saint le mène-t-il ainsi ? Qui donc est Dieu pour aller vers la tentation et vers le mal ? Le Salut que le Fils de Dieu est venu apporter dans la force de l’Esprit a eu un prix. Ce prix, ce fut de prendre notre condition humaine, toute notre condition humaine, dans toutes ses conséquences. Jésus, certes, ne courait pas tant vers la tentation que vers la victoire. Pourtant la victoire est passée par la tentation. Dieu est venu nous chercher jusqu’au cœur de la tentation puis de la mort. Sa Miséricorde n’a pas été chose facile.
Nous rêvons parfois d’une vie spirituelle, d’une vie dans l’Esprit Saint, qui nous conduirait plutôt vers les eaux du repos que dans l’aridité du désert. Nous préférerions qu’elle nous mène vers la douceur de la consolation plutôt que vers la brûlure de la tentation. Et pourtant ce chemin du combat que Jésus prend aujourd’hui est aussi le nôtre. L’Esprit nous conduit aussi au désert, et heureux seront ceux qui s’y laisseront conduire ! Toute vie spirituelle qui mène à une profonde délivrance du mal passe par le désert.
Jésus ouvre pour nous la route de la victoire, mais cette victoire doit passer par l’épreuve affrontée dans la force de l’Esprit. Notre glaive sera l’obéissance de la foie en la Parole de Dieu. Notre bouclier sera l’espérance dans la victoire déjà remportée par le Christ, dans la force de son Esprit que nous avons reçu. Notre force sera l’amour de Dieu et l’amour des hommes qui nous permettra de passer au-delà de tous les pièges de l’ennemi.
Recevoir la Miséricorde de Dieu est une grande grâce, mais ce n’est pas chose facile. Le Royaume de Dieu souffre violence, et ce sont les violents qui s’en emparent. Que votre ardeur à aimer nous mette au nombre de ces saints violents durant ce Carême.

Prière universelle :

PU mercredi des Cendres C
PU 1er dimanche de Carême C

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Comment Jésus lutte-t-il contre la tentation ?

Comprendre sa foi :

Jésus affronte « toutes les formes de tentation » : que veut dire l’évangéliste, puisque apparemment Jésus a affronté seulement trois tentations ?

Vivre avec Jésus :

Contre quelle tentation est-ce que je désire porter mes efforts durant ce Carême ?

Baptême du Seigneur : Quand s’ouvre le ciel



Baptême du Seigneur C :
Luc 3, 15-22

Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s’ouvrit.

Il est toujours bon d’être plongé dans la prière de Jésus. Saint Luc est très attentif à nous le présenter ainsi, à le contempler dans son rapport intime au Père, et il est en cela un maître. Voici la première fois qu’il nous montre Jésus en train de prier. Nous sommes après son baptême, et avant qu’il parte pour le désert. Moment très important, rapporté par les quatre évangélistes, et que certains appellent la vocation de Jésus. La prière dans laquelle nous allons être plongés avec lui, c’est l’Esprit Saint.
Jésus est homme comme tout le monde, pleinement homme, né d’une femme. Dans son humilité, il se joint au grand mouvement spirituel de conversion qui s’opère dans la mouvance de Jean, le Baptiste. Lui aussi s’avance, au milieu de tous, pour être plongé dans l’eau et dire à Dieu son désir de purification. Lui n’a pas besoin de purification. Mais nous avons besoin qu’il prie pour notre purification. Il vient accomplir sa mission de grand prêtre, d’intercesseur au milieu des hommes. C’est pourquoi le baptême le pousse à la prière. Comme Jean prenait l’eau pour la verser sur la tête de ceux qui s’avançaient vers Dieu, ainsi Jésus étend les mains afin d’implorer le Père de répandre l’Esprit sur ceux qui croiront en lui. Et il se trouve plongé le premier dans l’Esprit Saint.
Elle est belle, l’intimité de cette scène. Elle est mystérieuse, l’intimité de la prière. Nous pouvons un peu la mesurer à ses fruits : le don de l’Esprit, la Voix du Père reconnaissant et appelant son Fils, Unique entre tous. L’Esprit est donné à Jésus en vue du baptême dont il doit baptiser le monde. Il lui est donné pour lui, d’abord, pour qu’il accomplisse jusqu’au bout sa vocation de Sauveur, avant de retourner auprès du Père. Déjà sa mission est commencée : les Cieux se sont ouverts lorsqu’il s’est fait homme dans le sein de Marie à l’ombre de l’Esprit. Les Cieux viennent de s’ouvrir en réponse à sa prière, sa demande de l’Esprit. Bientôt sur la Croix il remettra cet Esprit au Père pour qu’il soit répandu sur l’Église au jour de la Pentecôte, et sur tous les baptisés, jusqu’à nous.
Laisserons-nous cette onction divine se répandre sur tous ceux qui nous côtoient ?

Prière universelle :

PU Baptême du Seigneur C

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Quels liens unissent Jésus et le peuple dans cette histoire ?

Comprendre sa foi :

Pourquoi cet épisode est-il important ? Qu’est-ce qu’il nous fait connaitre de Jésus ?

Vivre avec Jésus :

Et moi qui suis baptisé, est-ce que je prie comme Jésus pour que le monde entier reçoive l’Esprit Saint ?