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3e semaine de Pâques : La présence du Ressuscité



3e dimanche de Pâques B :
Luc 24, 35-48

Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux

Ces récits des visites de Jésus aux disciples après sa résurrection comportent beaucoup de choses étonnantes. Jésus semble se trouver tout à coup présent, sans que les personnes y prennent garde. Puis quand ils s’en rendent compte, soit il envoie en mission comme avec les femmes, soit il disparait comme à Emmaüs, soit se succèdent frayeur et joie et il demande à manger comme ce dimanche, soit il repart vers le Père comme à l’Ascension.
Le plus étonnant est peut-être l’extrême sobriété des Évangélistes. Nous aurions aimé avoir beaucoup plus de détails sur ce moment capital. Or ces récits sont très simples, l’événement semble presque aller de soi. Il faut croire qu’ils nous ont livré le plus important pour que nous puissions nous aussi reconnaitre le Ressuscité dans nos vies, et témoigner comme ils l’ont fait.
Jésus lui-même nous enseigne les moyens de reconnaitre sa présence : le rassemblement des disciples, la fraction du pain, la chair blessée livrée entre nos mains, la mémoire de ses paroles, la méditation de l’Écriture Sainte, l’envoi en mission au service de tous les hommes. Tout cela est rassemblé pour nous dans l’Eucharistie.
Mais Jésus se manifeste aussi dans notre vie quotidienne, lorsque nous sommes avec les hommes, dans des rencontres vraies, à cœurs ouverts ; lorsque tout à coup notre intériorité se tourne vers le Père ou se rappelle une parole du Christ ; lorsque l’Esprit nous pousse à nous donner gratuitement pour l’autre, à aimer au-delà de la mesure. Alors, de nouveau, au creux de notre histoire, aux profondeurs de l’Histoire, le Ressuscité se fait présent et nous tourne vers notre accomplissement en Dieu.
A nous de nous ouvrir à sa présence aujourd’hui. A nous d’en être les témoins.

Prière universelle :

PU 3e dimanche de Pâques B

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Comment Jésus aide-t-il ses disciples à le reconnaitre ?

Comprendre sa foi :

Durant la messe, quels sont les signes de la présence de Jésus ressuscité ?

Vivre avec Jésus :

Est-ce que je fais attention à Jésus qui est présent dans ma vie ?

2e semaine de Pâques : Les plaies du Ressuscité



2e dimanche de Pâques B :
Jean 20, 26-29

Il leur montra ses mains et son côté

Infiniment doux dans sa passion, le Christ l’est aussi dans la manifestation de sa résurrection. Il ne fracasse pas les portes verrouillées, il n’accuse personne, il ne vient pas dans la puissance, il ne cherche pas à « en mettre plein la vue ». Il se tient là, tout simplement. Sa présence rayonne la paix et la joie. Il montre ses plaies, marques de sa douceur, de la souffrance assumée, surpassée, transfigurée.
Le Ressuscité respecte nos peurs, il respecte nos incrédulités, il se manifeste à chacun dans sa faiblesse et laisse le temps de venir à la foi. À nous de faire de même dans notre évangélisation, puisque nous sommes envoyés comme il est envoyé. Ce n’est pas avec fracas que l’on annonce l’Évangile, mais en montrant que la Vie de Dieu est plus forte que nos limites humaines, que son Amour est vainqueur de nos blessures. Notre vulnérabilité peut être signe de résurrection si nous la ouvrons à la puissance de l’Esprit de Vie, si nous la laissons rayonner de la Vie du Christ.
Nous sommes des pécheurs pardonnés. Les blessures du péché restent là, mais, offertes à Dieu, elles deviennent signes de son amour miséricordieux pour nous. Nous avons reçu la force de l’Esprit Saint pour faire à notre tour miséricorde à tous les hommes. Par la bonté de notre amour, ils reconnaitront que le Christ est aussi leur Seigneur et leur Dieu.

Prière universelle

PU 2e dimanche de Paques B

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Que nous enseigne l’absence de Thomas à la première rencontre ?

Comprendre sa foi :

La foi : est-ce un savoir ou une rencontre ?

Vivre avec Jésus :

Est-ce que je fais ce qu’il faut pour rencontrer Jésus présent dans ma vie, et croire comme St Thomas ?

Semaine Sainte : Le cri du centurion



Dimanche des Rameaux B :
Passion de Jésus-Christ selon St Marc

« Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ! »

C’est un centurion romain qui a lâché le mot. Il conclut ainsi le récit de la Passion selon st Marc. Et c’est en fait l’aboutissement d’une quête qui traverse tout l’Évangile : Qui est donc Jésus ? Au moment le plus tragique, où les disciples sont tous dispersés, loin, c’est de la bouche d’un païen que sort la réponse inspirée par Dieu. Les Douze avaient pourtant été avertis du sort réservé à celui que Pierre, en leur nom à tous, avait reconnu comme le Christ. Mais la vérité d’un Messie souffrant leur était demeurée incompréhensible, car insupportable. Comme on peut les comprendre ! Il leur fallait accepter que la vocation de celui qu’ils avaient choisi de suivre soit aussi la leur… Seule la puissance de la Résurrection pouvait leur ouvrir complètement les yeux
Jésus venait donc d’expirer sur la croix. C’était après plusieurs heures d’extrême violence, qui ont dû être éprouvantes pour beaucoup de spectateurs, pas seulement pour les disciples. Car quoi de plus violent que la condamnation d’un innocent à une mort horrible ? Peut-être ce centurion en avait-il lui-même souffert. Qu’est-ce qui a provoqué son exclamation, le cri de son cœur à la fin du supplice ? « Voyant comment il avait expiré » nous dit St Marc… Sa dernière parole avait pourtant été un cri de détresse : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » A moins que le silence de Jésus, seule réponse aux outrages, ait été plus éloquent que toute prédication.
Jésus n’a répondu à la violence que par la douceur. Ne serais-ce pas cette douceur qui aurait arraché une profession de foi aux lèvres et au cœur de cet homme qui se trouvait là par devoir ? Il faisait face à Jésus. Il faisait face au crucifié, un homme défiguré, qui n’avait plus d’apparence humaine. Mais la folie meurtrière des hommes n’avait pu effacer le rayonnement de sa divinité, ni celui de son amour passionné pour l’être humain.
Qui voudra bien découvrir, durant cette semaine sainte, combien cet amour est passionnant ? Qui voudra bien se laisser saisir, comme le centurion, par la douceur de Dieu ? Qui voudra bien rayonner de cette douceur dans notre monde si plein de violence injuste ?

Prière universelle :

PU dimanche des Rameaux B
PU Jeudi Saint B

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Pourquoi cette exclamation du centurion est-elle le dernier mot prononcé dans le récit de la Passion selon St Marc ?

Comprendre sa foi :

Pourquoi le récit de la Passion est-il si développé dans chacun des Évangiles ? Pourquoi n’avoir pas donné plus de place à l’enseignement de Jésus ?

Vivre avec Jésus :

Ne suis-je pas trop habitué à ce récit de la mort de Jésus ?

La prière est une source



La prière est une source

Émission enregistrée et diffusée par RCF (27 novembre – 1er décembre 2017)
Béatrice Soltner interroge son invité fr Benoit, sur la prière.

« Prier c’est avant tout contempler dans le silence. »

Pour Frère Benoit, moine à l’abbaye de Maylis, Dieu se révèle dans l’intériorité de notre cœur. Encore faut-il y demeurer…

« Pour parler de la prière, on utilise parfois l’image du poisson qui pour vivre doit circuler dans l’eau, lui qui, hors de son milieu, n’a pas beaucoup de chance de s’en sortir. Certes notre territoire n’est pas aquatique mais cette métaphore de l’océan peut nous parler à nous humains. L’évangile de Jean utilise une autre image : celle du sarment qui, en dehors de la vigne se dessèche et finit au feu (chapitre 15). »

À l’heure où beaucoup de nos contemporains sont en quête de spiritualité(s), redire que l’enjeu de la prière c’est de demeurer dans un environnement porteur, vivifiant, dynamisant. C’est se relier à une source qui nous dépasse et en dehors de laquelle, comme dit Jésus, nous ne pouvons rien faire. Prier c’est contempler celui qui est la vie, le Christ, et qui n’a de cesse de nous rendre plus vivants.

« Il y a toujours un fond de foi chez tout le monde : si vous le mettez en acte cela vous rapproche de Dieu »

Comment prier ?

« Nous ne savons pas prier comme il faut » dit saint Paul, « l’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. » (Rm 8, 26) Et puis il y a toute une tradition de prière qui nous précède et sur laquelle on peut s’appuyer. Frère Benoît est entré à l’abbaye Notre-Dame de Maylis guidé par le désir de prier, que Dieu soit à la première place. « Alors que dans la société il est relégué à la dernière place, si on lui laisse une place. » Ses journées sont rythmées par la prière. Avec un attachement particulier aux Psaumes. « J’avais le grand désir de passer ma vie à prier avec les Psaumes », des textes où il « trouve ce qu'[il veut] dire à Dieu » mieux qu’avec ses propres mots. Parce qu’il y a des mots qui aident à prier.

Qu’est-ce que la prière ?

Prier, c’est d’abord répondre à un appel que Dieu lance inlassablement. Dans la parabole de Luc, il est question d’un ami qui dérange un autre ami au cœur de la nuit. Cet homme qui nous réveille, c’est Dieu, dit Fr Benoît.

« C’est Dieu qui essaie constamment de réveiller l’humanité ; c’est Dieu qui conduit à la prière et qui invite fortement à la prière. »

« Jésus leur dit encore : « Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : « Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir. » Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : « Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose. » Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut. Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. » (Lc 11, 5-10)

La prière, un acte de foi

« La prière c’est l’acte premier de la foi. » Si on y réfléchit, il est étonnant de constater que dans le Nouveau Testament, Jésus ne critique jamais les apôtres pour leur manque d’amour mais pour leur manque de foi !

« Le premier lien avec Dieu c’est la foi, c’est ça surtout qu’il faut protéger, après l’amour viendra. »

Faut-il avoir la foi pour prier ?

« Je crois qu’il faut avoir la foi pour prier, sinon vous parlez dans le vide. » Mais chez certains la foi est plus explicite que chez d’autres. « Si votre enfant a un accident, forcément vous allez prier, que vous soyez croyant ou incroyant », a-t-on dit un jour à Fr Benoît.

« Il y a toujours un fond de foi chez tout le monde : si vous le mettez en acte cela vous rapproche de Dieu. »

Car l’acte de foi qu’est la prière permet « une rencontre avec quelqu’un de vivant ».

21e dimanche : Face à Jésus Christ



21e dimanche ordinaire A :
Matthieu 16, 13-20

Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?

C’est la grande question de notre vie. Une question très engageante. Se positionner face au Christ peut mener loin. Répondre en vérité peut faire basculer la vie d’une personne. Prendre au sérieux cette interrogation et laisser mûrir la réponse sera certainement dérangeant, appellera à une conversion, mettra chacun face au mystère de sa vie. C’est bien, c’est beau ainsi. Car se positionner par rapport à l’envoyé du Père, c’est se positionner face à Dieu, au Créateur, à la source de tout.
Les hommes ne savent pas trop que penser de Jésus. Dans l’évangile, ils le relient à quelque grand prophète du passé, revenu parmi les vivants et doté de pouvoirs spéciaux. De nos jours, on le considère comme un sage parmi d’autres. En tout cas il règne une certaine cacophonie à ce sujet, un embarras. Finalement les hommes ne savent pas. Ils ne peuvent pas savoir. Ils ne peuvent pas reconnaître vraiment qui est Jésus. Peut-être parfois ne le veulent-ils pas.
Le péché, la relation coupée avec Dieu, nous pousse à éviter de répondre à cette question. On va chercher ailleurs des points d’appuis pour vivre, pour envisager le futur. Certains s’attachent aux horoscopes et autres prédictions astrales ou telluriques. D’autres font appel aux sciences de tous ordres. D’autres regardent les cours de la Bourse. D’autres encore scrutent les sondages d’opinion publique ou les théories de géopolitique. Et tout le monde garde un œil sur son bulletin de notes, de paie, ou de santé.
Pour nous, chrétiens, il ne devrait pas en aller ainsi. Notre avenir est tout entier concentré dans la réponse que nous pouvons donner à cette question du Christ. Heureux serons-nous si, dociles à l’Esprit, nous pouvons répondre avec Simon : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Nous deviendrons alors pour nos frères et sœurs une pierre stable, un roc sur lequel s’appuyer.

Prière universelle :

PU 21e dimanche ordinaire A

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Quelles ressemblances et quelles différences entre la foi de Pierre et celle de la femme païenne de la semaine dernière ?

Comprendre sa foi :

Pourquoi donc la confession de foi de Pierre lui donne une telle autorité ?

Vivre avec Jésus :

Et pour moi, qui est Jésus ?

20e dimanche : Foi de femme !



20e dimanche ordinaire A :
Matthieu 15, 21-28

Femme, grande est ta foi

C’est une scène d’évangile très humble, facile à imaginer, et presque amusante. Matthieu nous fait assister à la confrontation si humaine entre une femme qui se bat pour sa progéniture et un groupe d’hommes un peu bourrus. Jésus est au milieu. Il est entre une étrangère, une païenne, étrangère aux promesses d’Israël, c’est-à-dire des enfants de Dieu, et ses disciples, choisis entre tous dans le Peuple choisi, eux qu’il forme pour être les colonnes du Peuple de la Nouvelle Alliance.
Cette simple scène est pourtant très importante, et manifestée comme telle par les circonstances. Jésus est à l’étranger, ce qui lui arrive peu. Une femme est mise en scène, ce qui indique très souvent dans la Bible que quelque chose d’important se passe, un dévoilement particulier du mystère de Dieu. Et puis Jésus semble hésiter, résister à ses disciples, et être finalement forcé à agir par la femme, un peu comme à Cana, ou devant le tombeau de Lazare. C’est la foi de cette étrangère qui va gagner le bras de fer et conduire Jésus à ouvrir aux païens le don de sa venue.
Qu’a-t-elle, cette femme, pour que sa prière fasse plier Jésus ? Sa prière est pleinement évangélique, en tout conforme à l’enseignement de Jésus. Bien que païenne, cette cananéenne se montre pleine de foi dans le Dieu d’Israël et reconnait en Jésus le fils de David. Peut-être a-t-elle l’intuition qu’il est le messie, le sauveur. Sa prière est insistante, malgré l’apparente indifférence de Jésus et les rebuffades des disciples. Elle est aussi humble. Elle reste à sa place, et elle implore miséricorde plutôt que de crier à l’injustice.
Jésus va aux périphéries et se laisse déranger par les appels de détresse de notre humanité. Il sait reconnaitre la foi et accueillir le cri. Il en montre l’exemple à ses disciples de tous les temps ?

Prière universelle :

PU 20e dimanche ordinaire A

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Comment la première lecture indique-t-elle un point essentiel de l’évangile ?

Comprendre sa foi :

Pourquoi Jésus hésite-t-il ?

Vivre avec Jésus :

Est-ce que je crois que les non-chrétiens peuvent faire des actes de foi ? Suis-je attentif à leurs appels ?

19e dimanche : Apprendre la confiance



19e dimanche ordinaire A :
Matthieu 14, 22-33

Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! »

Apprendre la confiance est une des grandes affaires de notre vie spirituelle. On pourrait penser que mettre sa confiance en Dieu serait plus facile que de la mettre dans les hommes, mais il n’en est rien. Adam et Eve, déjà, au Paradis, n’ont pas su faire confiance. Ils ont mis leur confiance dans leur jugement et se sont laissés tromper par le démon. Quelque chose s’est cassé dans la relation entre l’Homme et Dieu. Toute l’histoire de l’Humanité, par la suite, sera celle de Dieu venant vers l’homme pour rétablir la relation de confiance. Chacun est invité à reprendre le travail à son compte.
L’apprentissage nécessite d’être parfois forcé à s’abandonner. La rééducation appelle un passage par la nuit, par la tourmente, par la tempête, par le doute, et même par la peur. Sorte de descente aux enfers de notre humanité, le plongeon dans nos insécurités les plus profondes nous permet, au fond des ténèbres de nos cœurs, sous la motion de l’Esprit Saint, de laisser venir à nous le seul qui puisse nous sauver. Cette expérience difficile, déroutante, nous donne l’occasion d’accueillir Dieu au lieu de notre faiblesse, de notre faille intérieure. Celle-ci peut être personnelle. Elle peut être aussi communautaire.
Le récit de l’évangile ressemble à une sorte de rite initiatique d’éducation à la confiance. Après l’euphorie probable suscitée par la multiplication des pains, Jésus prépare tout pour que les disciples comprennent plus profondément le sens de sa présence dans le monde. Il les envoie, de nuit, sur la mer agitée. Et lui prie, seul. Puis il vient à leur rencontre, bravant les forces destructrices des grandes eaux, qui n’ont pas de pouvoir sur lui. C’est comme une sorte d’anticipation du drame de la passion et du signe de sa résurrection. Au cœur de ces ténèbres, qui est vécu tant communautairement que personnellement, comme nous le manifeste Pierre, le Salut vient de la confiance, de l’accueil du Christ vainqueur dans la barque de leur vie.

Prière universelle :

PU 19e dimanche ordinaire A

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Quel signe de la présence de Dieu est-il mis en avant par la première lecture et l’évangile ?

Comprendre sa foi :

Qu’est-ce que Dieu révèle de lui à Élie ? Et que Jésus révèle-t-il de lui à ses disciples ?

Vivre avec Jésus :

Ai-je déjà eu une expérience spirituelle comparable à celle des disciples ?

La Croix du Christ : Remède, exemple et mystère



Gautier de St Victor, Sermon III sur les trois raisons de se glorifier dans la Croix

(traduit par frère Thibaud)

Il y a trois raisons pour lesquelles nous devons nous glorifier dans la croix : elle est un remède, un exemple et un mystère.

La croix : un remède

Nous appelons remède le mérite de la Passion et le la mort même du Christ. En effet, le Christ lui-même, exempt de tout péché, seul libre parmi les morts, n’a nullement été débiteur de la mort, mais cependant, « à cause de l’immense amour dont il nous a aimés » (Eph 2,4)  en obéissant au Père, il a souffert pour nous, débiteurs de la mort, une mort qu’il ne méritait pas. Et il a beaucoup mérité et nous a fait don de son mérite, de sorte que nous arrive par lui ce mérite qui lui aurait servi aussi s’il en avait eu besoin.

Ce mérite est si grand qu’il suffit au salut de tous. La grandeur du mérite vient de la grandeur de l’amour, comme on le pense communément. Ainsi, puisque l’amour du Christ est immense, le mérite de sa mort aussi est immense. Si tous les saints, tous ceux qui n’ont vécu depuis le commencement du monde et ceux qui viendront jusqu’à la fin du monde, avaient été libres de tout péché et étaient morts pour la justice, la mort de tous n’aurait pas cependant autant mérité que la seule mort du Sauveur qui n’a eu lieu qu’une seule fois. Je vais dire encore davantage. Si tous les anges, les Dominations, les Trônes, les Chérubins et les Séraphins s’étaient incarnés, étaient devenus mortels et étaient morts pour la vérité, la justice et la piété, leur mérite à eux tous ne pourrait pas être égalé au mérite du Christ ; d’où il suit que, non seulement un mérite aussi grand suffit à la rédemption du monde entier, mais encore, si l’univers était illimité et si tous croyaient dans le christ, un tel mérite suffirait à tous pour le salut.

Paul, en contemplant ce trésor incomparable de notre salut, déclare : « Loin de moi la pensée de me glorifier, sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ » (Ga 6,14), c’est-à-dire : loin de moi la pensée de me juger digne d’autre chose que de gloire et de salut, sinon dans la puissance, la force et le mérite de la Passion. Car dans ce remède se trouve notre unique espérance, puisqu’il « n’y a pas d’autre nom sous le ciel qui doive nous sauver » (Ac 4,12). Ce remède suffit aux tout-petits et à ceux qui n’ont pas le temps de travailler à leur salut.

La croix : un exemple

Mais pour ceux qui peuvent travailler à leur salut, en plus du remède on exige qu’ils suivent l’exemple, « puisque le Christ a souffert pour nous » afin « que nous marchions sur ses traces » (1 P 2,21). D’où la parole de l’Apôtre : « Frères, nous vous exhortons à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu » (2 Co 6,1). Il appelle « grâce » ce remède de la mort du Christ. Celui qui ne veut pas travailler à son salut alors qu’il le peut, « reçoit la grâce en vain ». Donc « se glorifier dans la croix » à cause de l’exemple, c’est l’imiter lui-même avec joie, comme l’Apôtre qui se glorifie « dans les tribulations » ; et aussi, les apôtres « sortaient joyeux du Sanhédrin, parce qu’ils avaient été jugés dignes de supporter des injures pour le nom de Jésus » (Ac 5,41).

Il faut imiter l’exemple de la Passion non seulement pour conserver le remède, mais encore pour accroître l’éclat de la couronne. « Car chacun recevra son propre salaire en fonction de son travail, et l’homme récoltera ce qu’il aura semé » (cf. Ga 6,8). Donc, que chacun examine bien quelle semence il jette en terre, car « celui qui sème dans la chair récoltera, de la chair, la corruption », mais « celui qui sème dans l’Esprit récoltera, de l’Esprit, l’incorruptibilité » (id.), et « celui qui sème chichement récoltera aussi chichement, celui qui sème abondamment récoltera aussi abondamment » (2 Co 9,6). Loin de toute rivalité, car « quel que soit le travail de chacun, le feu l’éprouvera » (1 Co 3,13).

La croix : un mystère

Nous appelons mystère de la croix le sens mystique (caché) de ce même bois. Car le bois a une forme carrée. Ce carré de la croix désigne un certain carré invisible de la charité dont l’Apôtre dit : « Afin qu’enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre avec tous les saints ce qu’est la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur » (Eph 3,17-18). La largeur de la charité s’étend jusqu’aux ennemis, elle est signifiée par la largeur de la croix. La longueur de la charité, c’est que l’on persévère jusqu’à la fin, elle est exprimée par la longueur de la croix. La hauteur de la charité, c’est de tout faire pour Dieu dans l’espérance de la béatitude éternelle. La profondeur de la charité, c’est de ne rien attribuer au mérite de l’homme, mais de tout attribuer à la grâce et à la miséricorde de Dieu dont nous ne pouvons pas comprendre les raisons, les desseins, et les jugements. En effet, cette profondeur est sans fond, de là vient que l’Apôtre, parlant de l’élection de Jacob et du rejet d’Esaü, s’écrie : « Ô profondeur des richesses, de la sagesse et de la science de Dieu, qu ses jugements sont incompréhensibles » (Rm 11, 33).

Ils ne peuvent donc pas comprendre ce carré de la charité, c’est-à-dire en avoir parfaitement connaissance, ceux qui n’auront pas été « enracinés et fondés dans la charité » (Eph 3,17), parce que les ténèbres ne saisissent pas la lumière : « enracinés », par analogie avec l’arbre, « fondés », par analogie avec la maison ; enracinés par l’amour du prochain, fondés par l’amour de Dieu. Par l’amour du prochain on devient un bon arbre, par l’amour de Dieu on devient maison de Dieu, demeure et temple de Dieu. L’amour du prochain apparaît extérieurement dans les actes, l’amour de Dieu est au-dedans, caché dans le cœur.

Voyez quels fruits agréables produit l’arbre de la charité fraternelle. En effet, cet arbre étend ses branches tout à l’entour. La charité fraternelle témoigne aux supérieurs respect et obéissance, aux inférieurs expérience et sollicitude ; ceux qui sont à droite et qui ont fait quelque progrès, elle les félicite, mais à ceux qui sont à gauche, victimes de quelque faute ou tentation, elle leur témoigne de la compassion. Aux uns l’imitation, aux autres l’exhortation. Or, ceux qui voient en eux ce carré ne peuvent se glorifier injustement dans le mystère de la croix comme ceux qui ont une foi saine, qui sont renés dans le Christ et se réjouissent dignement dans le remède de la croix. Mais ceux qui portent dans leur corps les marques de Jésus peuvent se glorifier dans l’exemple de la croix.

La croix : notre salut

Il y a donc trois raisons pour les quelles il faut se glorifier dans la croix : le remède aboutit à la foi, l’exemple à la pratique des œuvres, le mystère à l’amour. Cependant ces trois, la foi, la pratique des œuvres, et l’amour sont exigés comme nécessaires au salut. Au sujet de la foi, Paul affirme : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu » (He 11,6) ; au sujet des œuvres, Jacques écrit que sans elles « la foi est morte » (Jc 2,17) ; et au sujet de la charité, l’Apôtre dit : « Si je livre mon corps aux flammes et que cependant je n’aie pas la charité, cela ne me sert à rien » (1 Co 13,3).

Gautier de St Victor Sermon III Sur les trois raisons de se glorifier dans la croix (CCL-CM 30, 250-252). Gautier de St Victor était prieur de l’abbaye de St Victor à Paris au XIIe siècle