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Propos intempestifs de la Bible sur la famille



Propos intempestifs de la Bible sur la famille

Philippe Lefebvre

Cerf, Collection Études bibliques, 192 pages – oct. 2016 – 15,00€
Pour contacter notre libraire fr Théophane : librairie[at]maylis.org

C’est tout à la fois une initiation à la Lectio Divina et une méditation sur la façon dont le Seigneur s’invite dans nos histoires familiales (même les plus compliquées !…) pour s’y révéler en y renouvelant la vie, là où l’orgueil ou la convoitise avaient semé la mort et conduit les protagonistes dans une impasse que nous lance le frère Philippe Lefebvre op., d’une plume alerte, dans cet essai au rythme enlevé digne de la charge des chevaux légers…

Le propos est vif, mordant mais jamais agressif, toujours bienveillant !
Loin des sentiers battus, des propos grégaires, des réflexes rassurés d’un troupeau confortablement rivé à son pré carré…

C’est un vibrant plaidoyer en faveur d’une lecture renouvelée de la Bible, un appel chaleureux et fraternel à nous laisser questionner par sa façon parfois très étrange de nous prendre à rebrousse poil, une invitation à nous mettre sans peur à son écoute même si elle nous déroute, soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses [de prime abord tout au moins…] dans ces « ateliers d’Écriture » que sont les groupes bibliques formellement organisés ou non et qu’il appelle de ses vœux !
La Bible n’est pas d’abord un réservoir de citations destinés à justifier nos propres conceptions de la famille mûries par ailleurs. Ce n’est pas non plus un centon de sourates, destinées à conférer à nos propos un vernis d’orthodoxie ! Encore moins les banderilles d’une logomachie de scènes destinées à nous tirer d’affaire à l’heure où nous serions acculés à descendre dans l’arène ! Souvent déroutante, elle a sa logique propre où l’on entre à mesure que nous la laissons nous questionner en vérité et nous parler au cœur…
Lorsque le péché défigure le visage de l’amour, lorsque nous sommes prisonniers de ses rets et de ses mensonges, découvrir combien Dieu nous rejoint au cœur de nos détresses, dans l’imbroglio des situations faussées par l’envie ou la défiance, les manigances secrétées par nos peurs, nos ambitions ou nos calculs égocentrés, pour déchirer nos horizons, nous ouvrir un chemin, nous relancer et plus encore avancer à pied sec au milieu des larmes, son irruption même déconcertante devient un baume pour le cœur et le terreau fertile d’une « invincible espérance »… s’il est vrai que celle-ci, insufflée par la grâce, se révèle être « une mémoire qui désire »…
Enfin, et ce qui ne gâte rien, c’est une excellente introduction, tant méthodologique que thématique, aux précédents livres de l’auteur : une façon pour nous de faire connaissance avec les talents pédagogiques et l’acribie de ce grand lecteur des Écritures qui sait nous en faire goûter un fruit gorgé de sève, qui dans le Fils, vivifié par l’Esprit, rend gloire au Père. Car bien avant d’être un sacrement dans le mariage, la rencontre de l’homme et de la femme, sous le regard de Dieu et bénie par Lui, est d’abord un lieu de révélation trinitaire qui nous laisse deviner les profondeurs insoupçonnées du mystère d’Alliance scellée en Jésus Christ !

  • Un homme, une femme et Dieu. Pour une théologie biblique de l’identité sexuée, Cerf 2007.
  • Joseph. L’éloquence d’un taciturne. Enquête sur l’époux de Marie à la lumière de l’Ancien Testament, Paris, Salvator, 2012.
  • Ce que dit la Bible sur… la famille, Paris, Nouvelle Cité, 2014.

Bonnes feuilles… pour donner le goût :

Des situations familiales, et Dieu au beau milieu

p. 146 : Il y a un paradoxe dans l’Église : on remarque volontiers la masse de données anthropologiques sur la famille qu’offre la Bible et d’autre part on lui accorde très peu d’importance dans la réflexion actuelle sur la famille.

p. 146-149 : Les principaux personnages de la Bible sont présentés dans leurs enracinements familiaux. Qu’ils s’éloignent de leur famille, qu’ils la retrouvent, qu’ils y souffrent, qu’ils s’y instruisent, ils en sont en tout cas marqués et leurs expériences fort diverses s’en ressentent. Beaucoup d’entre eux quittent leur famille pour longtemps ou pour toujours. Les prophètes exercent souvent leur activité en lien avec leur expérience familiale plus ou moins difficile : pour annoncer qu’un fils mystérieux doit naître, Isaïe engendre un fils de la prophétesse (Isaïe 7-11). Pour annoncer qu’il n’y a plus d’avenir, Jérémie reçoit l’ordre de Dieu de ne pas fonder de famille (Jérémie 16). Comme préfiguration de la destruction du temple, la femme d’Ézéchiel meurt (Ézéchiel 24). Osée doit reprendre son épouse prostituée, de même que Dieu renouvelle son alliance avec Israël (Osée 2-3). Au seuil de sa mission, Élie est envoyé chez une femme de Sarepta (1 Rois 17), son successeur Élisée rencontre une femme mariée à Shunem (2 Rois 4 et 8, 1-6). Dans ces deux cas, ces rencontres sont décisives et situent les prophètes concernés comme hommes devant chacune de ces femmes. Certaines femmes acquièrent au fil des textes une stature de mère qui déborde très largement leur maternité biologique : Déborah est ainsi une « mère en Israël » (Juges 5, 7) sans qu’on nous dise par ailleurs si elle a des « enfants biologiques ». Rachel, d’abord stérile, devient mère d’un fils Joseph.
À sa naissance, elle prophétise que le Seigneur lui en accordera un autre (Genèse 30, 22-24), ce qui fonde une des dynamiques les plus importantes de la Bible : un fils en amène un autre (voir Jean 19, 25-27). On retrouve Rachel en larmes en Jérémie 31, 15, pleurant les déportés d’Israël et interpellée par Dieu lui-même qui lui annonce qu’ils reviendront un jour. Ainsi la stérile devient-elle une mère pour tout le peuple, qui porte avec Dieu lui-même le souci de ses « enfants ». On pourrait multiplier les exemples, suivre d’innombrables pistes : les belles-familles, les cousins, les avatars de la paternité, les mariages impossibles…
Tout cela nous place résolument dans des expériences, des histoires de chair et de sang que Dieu vient visiter, où il vient donner la vie malgré d’innombrables empêchements. Il ne s’agit en rien de prendre toutes les formes familiales aperçues au fil de ces histoires comme autant de réalités que nous pourrions acclimater ingénument, bien entendu. Mais on peut constater que Dieu fait son chemin quelles que soient les situations rencontrées. On dit parfois, devant certaines configurations familiales bibliques (bigamie, polygamie, etc.), que Dieu prend les formes qu’il trouve pour y accomplir son œuvre. Abraham et Sarah sont ainsi demi-frère et demi-sœur, Abraham sur le conseil de sa femme prend Hagar la servante pour en avoir un premier fils, il n’hésite pas à faire passer Sarah publiquement pour sa sœur sans broncher à l’idée qu’elle sera ainsi disponible pour les harems royaux des pays où ils circulent. Pourtant Dieu s’est approché d’Abraham et de Sarah et s’est révélé à eux de manière intime et si décisive que les trois monothéismes se réclament encore aujourd’hui de ce couple fondateur. Or cet argument si souvent employé pour rendre compte des récits bibliques — Dieu assume les formes familiales qu’il trouve et se révèle pleinement à ceux qui y sont impliqués —, ne pourrait-on l’utiliser aujourd’hui dans la pastorale familiale et renouer ainsi avec un mouvement maintes fois illustré dans la Bible ? Dieu s’approche des familles recomposées de notre époque, des situations difficiles ou équivoques, des formes contestables permises par certaines législations et, en tout cela, il peut trouver des amis à qui il se révèle pleinement. Cela n’invalide aucunement qu’il faille cheminer, sortir de certaines configurations bancales, peccamineuses ; mais n’est-il pas tout aussi urgent, premièrement urgent, d’annoncer un Dieu qui désire se révéler ?

10e dimanche : Jeune homme, lève-toi !



10e dimanche ordinaire C :
Luc 7, 11-17

Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi.

Jésus a compassion de cette femme veuve et ressuscite son fils unique: gratuité du don de Dieu, pure miséricorde et attention pour cette maman qui n’a rien demandé, qui a seulement pleuré. Dieu connait nos misères, les fardeaux de nos tristesses, et il les prend en pitié. Pourquoi Dieu n’accomplit-il pas de telles actions gratuites plus souvent ? Nous aimerions qu’il passe sur nos routes, qu’il s’arrête à nos portes quand nous frappent tant de malheurs, les maladies physiques ou psychiques, les accidents, les coups durs de toutes sortes. Il est bien là pourtant, au cœur de nos détresses, lui qui n’a pas épargné son Fils unique, mais qui l’a livré pour nous. Mystère des dons cachés de Dieu, que nous ne voyons pas pour la plupart, parce que nous ne pouvons pas ou ne savons pas les voir.
Ce n’est pas du fils raflé en sa jeunesse que Jésus a compassion, mais de sa mère. Elle reste seule, au moment où son seul espoir de soutien est devenu un jeune homme capable de travailler et à son tour de s’occuper d’elle, alors qu’elle entre peut-être dans la vieillesse. Son fils est couché et, à vues humaines, il ne se relèvera plus. Nous avons ainsi bien des jeunes hommes ou jeunes femmes autour de nous qui sont comme morts, qui n’arrivent pas à se lancer dans l’existence, à se mettre debout pour prendre part à la transmission de la vie. Nous connaissons beaucoup de parents qui aimeraient voir leur enfant devenu adulte se relever. Sommes-nous pris de pitié pour eux tous ? Nous penchons-nous sur les brancards pour dire, au Nom du Christ, un mot qui pourra remettre debout ?
A la voix de Jésus, le fils se lève et parle, probablement balbutiant, à la sortie de ce profond sommeil. Mais le simple fait de sa voix est annonce de la Bonne Nouvelle de la Résurrection, du Christ lui-même. L’Esprit de vie est là. C’est pourquoi les gens glorifient Dieu. Nous qui sommes vivants, nous laissons-nous l’Esprit relever nos morts ? Ouvrons-nous les lèvres pour que se manifeste l’action de grâce devant ces petites merveilles ?

Prière universelle :

PU 10e dimanche ordinaire C

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Comment expliquer l’exclamation de la foule, la reconnaissance de Jésus comme Prophète ?

Comprendre sa foi :

Qu’est-ce que ce texte révèle de la mission de prophète, et donc de notre mission de baptisés ?

Vivre avec Jésus :

Que pourrais-je faire pour vivre plus, pour vivre mieux, pour répondre à l’invitation de Jésus ?

13e dimanche : Sollicitude du Prince de la Vie



13e dimanche ordinaire B :
Marc 5, 21-43

Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi! »

Ce dimanche, le Sauveur, dans sa sollicitude pour notre fragilité, s’approche des sources de la vie. Avec délicatesse, et à la fois autorité, il rend la vie à une femme et à une jeune fille, elles qui ont reçu don et mission spéciale pour porter et garder la vie.
Jésus se penche donc sur la féminité. Il redonne une place dans la communauté humaine à la femme qui en était écartée par sa maladie. Il permet à la jeune fille, à peine arrivée à la puberté, de recevoir la sienne. Il vient se situer en une réalité qui nous touche tous au cœur de notre être humain : la maternité.
Jésus, qui a voulu naître d’une femme sans le concours d’un homme, se montre ici comme un Époux donnant la vie, transmettant Sa Vie. Il guérit son Épouse, il la sauve de la mort, il la rend à la communion possible avec lui. Cette Épouse, c’est un peu chacun de nous, car c’est l’Église, appelée à porter et mettre au monde de Dieu chacun des hommes.
Nous laisserons-nous sauver ?
Permettrons-nous qu Christ de nous rétablir dans notre dignité ?
Nous lèverons-nous pour l’adorer et transmettre sa Vie au monde ?

Une méditation en trois questions…
… pour les grands et les petits !

Accueillir l’Évangile :

Quelles sont les ressemblances et les différences entre les deux récits ?

Comprendre sa foi :

Quel visage du Christ se révèle dans ces miracles ?

Vivre avec Jésus :

De quoi est-ce que je désire être sauvé pour me mettre au service de Jésus ?

Naitre à soi-même dans l’offrande de soi



« Il faut qu’elle croisse et moi que je diminue »

L’art de naître à soi-même dans l’offrande de soi

À propos du film : Marie Heurtin

On aurait pu s’attendre à une histoire en miroir, enfermée dans le même, barbouillée jusqu’à l’écœurement d’un excès de bons sentiments, bref, à un face à face étouffant, comme pouvait le suggérer une certaine lecture de l’affiche du film qui présente ces deux femmes couchées se tenant par la main dans une position qui rappelle irrésistiblement la relation fœtale.
Or il n’en est rien.
Avec ce film lumineux, tout en tact et en finesse, à la fois fort et pudique, étonnamment viril mais sans brutalité, sensoriel mais sans sensualité, débordant d’affection sans tomber dans le piège du pathos fusionnel, c’est bien l’histoire de deux naissances qui nous est présentée, de deux renaissances qui adviennent l’une par l’autre dans leur ouverture à la vie sans possessivité et rendent ainsi justice à la vie consacrée… cette vie donnée à Dieu « pour un surcroît de Vie »
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La grâce d’être mère dans « Marie Heurtin »



La grâce d’être mère :
Sr Marguerite auprès de Marie Heurtin

Le film « Marie Heurtin » est une véritable hymne à l’amour, à la beauté de toute personne humaine, à l’importance de l’éducation.
L’histoire de la jeune Marie, emmurée depuis sa naissance comme dans un cachot par son handicap (aveugle, sourde et muette), et coupée de toute relation humaine, même avec ses parents trop démunis devant la situation, nous rejoint à différents niveaux.
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