Abbaye de Maylis vue du ciel

Quoi de neuf à Maylis ?



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Commençons par l’essentiel : sept fois par jour, sous les voûtes de notre église, la Parole de Dieu est proclamée, la louange résonne, l’intercession monte vers le Ciel. Nouveauté perpétuelle au cœur de l’opiniâtre fidélité dans l’accomplissement de notre mission. La prière tourne nos journées vers le Seigneur, afin d’offrir toutes nos activités pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Nous nous unissons ainsi à la Création dans laquelle nous baignons, chant des oiseaux, rayonnement des étoiles, souffle des vents, bienfaits de la pluie, et chaleur du soleil. Quel bonheur !

L’essentiel est dit et nous pourrions nous arrêter là. Mais nous allons tout de même vous donner quelques petites nouvelles du quotidien.

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En chantant

Puisque nous avons évoqué la prière des heures, commençons donc par le chant, pièce importante de notre vie… enchanteuse. L’année 2024 avait été marquée par quelques problèmes d’extinction de voix. L’origine en est restée peu connue et controversée. Quoi qu’il en soit, nous avons dû nous adapter. Au prix d’un travail acharné, et d’une héroïque persévérance, soutenus par la compétence de notre chère professeure de chant, les talents jusqu’à présent trop cachés de certains frères se sont développés. Des voix sont sorties, pour notre enchantement. C’est admirable, et fort délectable.

La polyphonie devenue impossible durant plusieurs mois nous a habitués à chanter plus en monodie, et à apprécier cette nouvelle manière. Cependant, comme nous aimons tout de même la diversité, nous avons repris le travail sur diverses pièces polyphoniques durant cette année, en s’adaptant à l’évolution de nos équilibres de voix.

frère Vincent préside la messe

Le résultat semble satisfaisant : nous n’avons jamais eu autant d’éloges de notre chant que depuis 18 mois. Et apparemment ce n’est pas seulement pour nous consoler ! En ce qui nous concerne, nous faisons en sorte que le chant soutienne notre prière, qu’il soit un sujet de joie et non de tension.

Cet été nous avons changé les tons des dialogues de la messe pour prendre ceux proposés dans le Missel Romain. 40 ans d’habitudes ne se changent néanmoins pas en quelques semaines. Il y a donc encore quelque diversité dans l’exécution. Mais tous ne le remarquent pas !

En chantier

Au monastère, les cigales ne vont jamais sans les fourmis. « Ora et labora » oblige. Il y a donc bien sûr eu quelques chantiers à l’abbaye, car sans travaux on ne se sent pas chez soi. Au printemps nous avons eu un épisode de courants-d’air avec la peinture des fenêtres du 2e étage côté nord.

Les principaux froids s’étaient éloignés, mais nous avons tout de même pu goûter un air vivifiant à certains moments. Et quelques semaines plus tard nous avions un aperçu direct des chaleurs estivales extérieures. En effet ce chantier est resté en large sous-régime durant l’été avant d’être interrompu en octobre. Suite au printemps prochain.

Le service d’un clan de Routiers mi-juillet nous a fait bifurquer vers un épisode poussière, qui a duré plusieurs mois. Avec quelques variations tout de même, car il y a eu plusieurs phases. Mais nous avons eu la sagesse de ne pas faire de grands ménages pour assurer une continuité d’ambiance dans la maison. Il s’agissait donc de restaurer le couloir du bas de notre grand bâtiment. Nous y passons très souvent, puisque sur lui débouche l’escalier principal, et il conduit à diverses pièces stratégiques, notamment le réfectoire.

Ce couloir n’avait pas vu de pinceau depuis des temps immémoriaux. Nos vénérables anciens avaient du mal à se rappeler à quel moment de leur jeunesse quelque chose avait été entrepris. Nous avons pu admirer une dernière fois la couleur vert pomme – peut-être originelle – qui restait à certains endroits. Après quelque hésitation concernant la restauration à l’identique, nous avons opté plutôt pour un blanc. C’est moins original, mais beaucoup plus lumineux.

Deux arches en briques que nous avons mises à nu, un éclairage soigné, et des coffrages en bois pour masquer les gainages électriques apporteront de la chaleur à l’ensemble… quand ce sera terminé !

Nous sommes redevables à beaucoup d’hôtes et d’amis qui y ont travaillé, de diverses manières. Qu’ils soient remerciés. Il reste beaucoup de finitions, mais déjà la cabine téléphonique, où restait encore un vestige de moquette années 80 sur les murs, est en fonction. Et avec son revêtement en liège et son petit secrétaire, il faut bien dire qu’elle est assez cosy.

Enchanté

Pour en revenir aux courants-d’air, il y en a parfois d’autres sortes dans les monastères. Un frère en produit beaucoup ces temps-ci. Nous ne voulons dénoncer personne, mais l’un de nous a repris des études en alternance depuis un an et demi, qui lui valent des allers-retours entre les Landes et Paris. La pratique liturgique à l’abbaye s’agrémente donc pour lui d’un approfondissement théorique, historique, théologique, anthropologique, etc., à l’Institut Supérieur de Liturgie de la Catho de Paris. Il en est manifestement enchanté. Les neurones fonctionnent à plein régime, et l’emploi du temps est également bien rempli. Heureusement, ce frère « courant d’air » peut se détendre non seulement par le chant, mais aussi en travaillant dans les champs, au jardin, et dans le parc, ainsi que par ses nombreux contacts agricoles.

Entre chats

À propos des espaces verts, permettons-nous un petit interlude dans notre récit. Avez-vous déjà rencontré les chats qui fréquentent notre abbaye ? Grisou (ou Grisette pour les intimes) est notre chouchoute. Surtout celle d’un frère qui s’emploie à l’apprivoiser. Par le ventre, bien sûr. Elle est très sauvage, l’opération n’est pas facile. Cela fait pourtant bien des années maintenant qu’elle chasse fidèlement les petits rongeurs des environs du monastère.

Pistache est bien connue des enfants. Elle accourt sur le parking dès qu’il y en a pour jouer et se faire caresser. C’est notre voisine d’en-face. Enfin il y a un aristochat, qui ne se laisse pas nommer tellement il est au-dessus de toute autre race de chat. Très pieux, il visite souvent l’église, y compris pendant les offices. Il avance très dignement, conformément à sa condition. Et, se sentant apparemment propriétaire des lieux, il n’hésite pas à entrer partout où il trouve une porte ouverte.

Plein champs

Après cette digression animalière, reprenons sur les champs et plantations. Vous attendez certainement des nouvelles de la princesse de l’abbaye, LA Plante de Maylis. Elle est fidèle à elle-même, supportant encore les soins des moines. Ces soins se sont beaucoup adoucis depuis plusieurs années, puisqu’elle bénéficie de purins en tous genres, ainsi que de traitements homéopathiques variés. La variation des parfums ne semble pas la déranger, au contraire. On se demande comment.

Quoi qu’il en soit, elle se trouve fort bien sous les serres, et nous donne suffisamment pour nos ventes. La culture a été plus aléatoire en plein champs en cette année qui a amené une pluviométrie record. Heureusement, elle est vaillante et ne se laisse pas arrêter.

Quant aux autres cultures, nos champs se révèlent tellement attractifs que beaucoup d’herbes variées viennent se loger auprès des semences que nous y enfouissons. Et tout pousse, en quantité. Le tournesol et le sarrasin ont eu cet avantage de nourrir fort sainement nos abeilles qui nous ont fait du bon miel. Mais pour l’huile qui a fait nos délices, et peut-être les vôtres, ce ne sera pas pour cette année. Restent tout de même les farines, et notre champ d’épeautre semble prometteur.

Puisque nous parlons de nos petites abeilles, elles ont eu du soleil au bon moment cette année, et ont bien travaillé. Nous sommes fiers d’elles.

Côté parc et jardin

Bien sûr, ces chères amies butinent allègrement dans notre jardin en compagnie d’une faune variée. Lieu de vie pour beaucoup d’insectes, papillons, rongeurs, oiseaux, sans oublier bien sûr nos amis et coopérateurs cachés les vers de terre – qui sont de grande qualité – nos jardins sont aussi très appréciés des hôtes. Beaucoup demandent et aiment à y travailler. C’est effectivement un privilège, n’ayons pas peur de le dire. Les mains dans la terre, les poumons au grand air, le corps chauffé par le soleil, tout l’être baigné dans les couleurs et entouré de beauté, on se regonfle. Cela permet aussi de déguster à table la belle production d’aubergines, de haricots, de piment/poivrons Padron (entre autres espèces), de tomates bien sûr, de cucurbitacées en tous genres, et tout le reste. Vous pourrez encore goûter à la gamme d’une confiture de melon d’Espagne déclinée en multiples saveurs.

Il faut aussi parler des fleurs. Elles se diversifient. Certaines sont déjà apparues au fil des ans, d’autres sont à venir, et prometteuses. Nous avons constitué notamment une collection de rosiers et une autre d’hortensias qui devraient charmer les pupilles et réjouir les cœurs. Quelques plantations nouvelles autour de l’hôtellerie commencent à fleurir la vie de nos hôtes en retraite.

Cet été, le parc n’a pas été fréquenté que par les hôtes. L’office du tourisme nous a proposé d’y installer une étape d’un parcours de découverte Terra Aventura. C’est un jeu touristique et culturel qui fonctionne avec une application sur smartphone. Cela nous a amené des visiteurs inhabituels. Nous avons pu observer une palette de comportements assez étendue. Certains visitent tout tranquillement, disent bonjour, s’intéressent à ce qui se vit sur le lieu. D’autres passent rapidement devant les quatre panneaux, les yeux rivés sur leur téléphone, flashent le QR code qui donnera accès à l’étape suivante, et s’en vont. Ces deux extrêmes laissent place à beaucoup de diversité. Tous se sont cependant montrés respectueux des zones réservées aux moines.

Côté communauté

Les frères vont bien. Nos anciens sont vaillants, même quand les misères de l’âge se font sentir. Tout le monde est debout, et dans la mesure du possible au travail. Certains ralentissent le rythme avec sagesse d’autres restent bien actifs. Les plus jeunes ne sont pas menacés par le chômage, sans pour autant se laisser submerger par les multiples tâches et casquettes. Certaines choses avancent plus que d’autres auxquelles ils renoncent en partie. C’est bien ainsi.

Notre vie communautaire a été marquée à trois reprises par l’accueil en communauté de jeunes adultes pour une longue durée, un à deux mois. Cela nous a apporté de la jeunesse. Eux sont repartis grandis et enchantés. Tout le monde est gagnant : merci Seigneur ! Ils ont bien rendu service, surtout le service de l’amitié partagée. Vraiment, nous sommes faits pour l’intergénérationnel. Nous sommes prêts à recommencer des échanges aussi fructueux. Et pourquoi pas aller plus loin, si Dieu veut.

Nous avons eu aussi la joie de voir notre petite famille s’agrandir de deux nouveaux oblats qui se sont liés à notre communauté. Ils partageaient notre chemin et se ressourçaient auprès de notre communauté depuis de nombreuses années. Le lien s’est progressivement approfondi et a trouvé dans l’oblature une concrétisation dont nous nous réjouissons.

Autre fête familiale : nous avons été invités chez nos frères et sœurs de Belloc pour fêter les 150 ans de leur fondation. Une journée marquée par la paix, la douceur, et la joie, à l’image de la belle météo de ce jour de septembre. Un riche programme : visite de leur monastère double récemment réaménagé, eucharistie et repas de fête, passionnante conférence sur l’histoire et les circonstances de la fondation, et rencontres fraternelles, sans oublier les Vêpres pour conclure. Que du bon !

Nous avons terminé l’année par un petit pèlerinage jubilaire à l’autre sanctuaire marial de notre diocèse : Buglose. Remarquez que c’est une grande démarche d’ouverture de la part des gardiens du sanctuaire de Maylis ! Nous avons eu une marche très évangélique entre le Berceau de St Vincent de Paul et Buglose : les frères partis en premier sont arrivés les derniers, et le dernier groupe parti est arrivé en premier… Les derniers devenus premiers ont attendu les premiers devenus derniers, et tous ont prié ensemble. Et aussi dégusté un petit pique-nique pour reprendre des forces.

Ce pèlerinage s’inscrit aussi dans une démarche plus large de mémoire des 80 ans de notre présence à Maylis en 2026. Discrète occasion de remercier le Seigneur pour la fidélité de sa grâce à travers bien des aléas.

Côté accueil

Ces petites nouvelles sont déjà longues, mais nous voulons vous dire quelque chose de notre activité d’accueil. La vague Covid est loin, et les demandes augmentent. Nous ne pouvons pas accueillir tout le monde, mais beaucoup peuvent profiter d’une petite pause avec le Bon Dieu. L’hôtellerie continue d’accueillir de manière privilégiée familles et jeunes, selon une vieille tradition qui ne semble pas se démentir. Ça bouge, mais on aime bien !

De petits aménagements progressifs dans le mobilier viennent agrémenter les chambres. Et l’agréable se joint à l’utile. En effet, un couple de choc a permis une belle amélioration : beaucoup de fenêtres sont maintenant ornées de rideaux. À découvrir.

Nous aimons retrouver quelques groupes ou familles habitués. Les enfants grandissent puis s’engagent dans la vie : fiançailles, mariages, naissances, engagements religieux (pas assez!). Parfois l’une ou l’autre étape se passe à l’abbaye. Cette belle fraternité donne à tous des repères, même quand les circonstances de la vie creusent une distance physique. Les uns savent que quelque part des frères moines prient. Les autres se souviennent que de jeunes familles ont puisé de l’énergie vitale auprès de Notre Dame de Maylis.

moine avec livret de chant

Cette année nous avons reçu beaucoup de jeunes adultes. Il y en avait presque en permanence un ou plusieurs. Certains sont venus pour les retraites que nous proposons, Trêve de Noël en décembre et Faire le Point en juillet, ou pour le Triduum « coopéré » avec nos jeunes amis de la communauté Ecclesiola. D’autres sont venus avec des groupes d’étudiants ou de jeunes pros, en retraite personnelle, ou en service cet été. Nombreuses grâces reçues : gloire à Dieu !

Il y a aussi toujours nos amis scouts. Tous les mouvements ont été représentés dans nos bois. Pour les camps d’été, nous rencontrons une difficulté à cause des restrictions de feu en forêt dans notre département. Mais grâce à Dieu ça n’enlève pas la magie de ces moments pour les scouts. Nous recevons aussi des chefs en formation. Aux chefs éclaireurs qui viennent depuis pas loin de 20 ans, se sont ajoutés cette année des chefs routiers.

Mentionnons aussi la journée de halte spirituelle co-organisée par des mamans et la communauté. Selon une tradition maintenant ancienne, tous les deux mois nous recevons des mamans pour un temps de pause. Cette année 2025-2026 a un thème porteur – et en pointe – pour l’enseignement : « Maternité de l’Église et maternités dans l’Église ». Tout un programme.

Enfin, l’Avent est marqué chaque année par le rassemblement diocésain de toutes les personnes liées au monde rural. Nous y sommes très investis. Très beau et riche moment cette année avec les témoignages de deux amis proches de la communauté, l’une médecin dans la ville voisine de St Sever, et l’autre entrepreneur à Bayonne, ainsi qu’avec un enseignement de notre évêque.

Côté site internet

Nous essayons de tenir vivant notre accueil numérique. Visitez-vous parfois notre site internet ? Franchement, vous devriez ! Nous avons repris quelques publications, et nous espérons qu’elles vont être plus régulières. Nous proposons une méditation chaque semaine, et aussi des articles de fond pour nourrir la connaissance et la vie de la foi.

Veuillez remarquer notamment la publication d’un petit guide pratique pour découvrir la Règle de Saint Benoît. C’est pour partager à d’autres le trésor des moines, trop peu connu. Cliquez sur l’image et laissez-vous captiver !
Vous pourrez aussi le trouver dans votre chambre lors d’un séjour à l’hôtellerie.

De tous les côtés…

On taquine souvent les moines bénédictins qui sortent de leur monastère. Comme vraiment il faut finir ce long article, notons juste que quelques sorties exceptionnelles des frères ont été consacrées à manifester notre proximité à nos familles. Nous nous efforçons de les accompagner dans des étapes de vie parfois délicates, surtout liées à la dernière partie de celle-ci.

Et puis il y a eu plusieurs visites et liens avec notre grande famille bénédictine olivétaine. Nous affrontons les distances pour rester proches des autres communautés francophones, le Bec Hellouin et le Mesnil St Loup. La présence d’un « envoyé spécial » de Maylis dans notre monastère d’Abu Gosh près de Jérusalem nous rend proches de nos frères et sœurs soumis au régime de guerre, et plus généralement des chrétiens de Terre Sainte.

Pour finir (enfin !)

Soyez assurés que nous vous portons dans notre prière. Nos amis, nos proches, tous ceux qui sont en lien avec le sanctuaire et l’abbaye sont présents dans notre louange et notre intercession.

Nous nous confions aussi à votre prière. Pour que nous soyons fidèles. Et aussi pour que nous donnions envie à des plus jeunes de recevoir à leur tour le charisme monastique de Maylis, l’assimiler, et le faire vivre en le renouvelant. Nous avons le désir de transmettre ce trésor qui nous a été confié. Mais la vie nouvelle tarde à arriver. Priez pour les jeunes qui s’intéressent à notre communauté, qui sont marqués par ce que l’Esprit accomplit ici. Qu’ils soient libres. Libres de tout quitter pour suivre le Christ, et audacieux pour témoigner au monde de la joie de l’Évangile.

Sainte et belle année 2026. Que le Seigneur vous bénisse !