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Le Carême : préparons-nous à fêter l’amour !



Le Carême : préparation aux fêtes de l’amour

Le Carême est un temps de préparation à la fête de Pâques. C’est-à-dire que nous nous préparons à célébrer la manifestation suprême de l’amour de Dieu pour les hommes, pour chacun de nous. Pâques est la grande fête de l’amour.

Noël : déjà de l’amour !

Les fêtes de Noël sont déjà une fête de l’amour. À Noël, nous avons contemplé Dieu qui s’approche de nous, si près qu’il se fait l’un de nous. C’est déjà un très grand signe de son amour. Il est Dieu avec nous, il vit notre vie, il marche sur nos routes, il parle notre langue d’hommes. Dieu se fait connaître de manière à ce que nous ne soyons pas effrayés, discrètement. Il vient nous apprivoiser.

L’amour… Passion

Pâques sera la fête d’un amour plus grand encore. En effet, nous verrons cet amour de Dieu mis à l’épreuve, déprécié, moqué, rejeté, bafoué. Le rejet de Dieu par l’humanité va apparaître au grand jour durant les célébrations du dimanche des Rameaux et de la Passion, puis du Vendredi Saint. Mais en réponse à ce rejet, nous contemplerons le Christ qui reste doux, humble, patient, face à la violence de l’homme, face aux intrigues religieuses et politiques, face au rejet de la foule, face à nos petitesses humaines. Non seulement le Christ reste doux, patient, humble, mais il donne sa vie par amour, il s’offre au Père, il pardonne à ses bourreaux ainsi qu’à ses disciples qui fuient, à Pierre qui le renie, à Judas qui le trahit.

L’amour surgissement de vie

Et l’amour de Dieu ne s’arrêtera pas là. Jésus va ressusciter, et se montrer à ceux qui ont cru en lui. Il va montrer qu’il est vainqueur de la mort, que la souffrance n’a pas eu le dernier mot, que la haine a été mise en échec. Sur le chemin d’Emmaüs, Jésus explique aux disciples comment il a voulu prendre notre condition d’homme jusqu’au bout, jusque dans ce qu’elle a de plus douloureux et de plus absurde, pour que la douleur et l’absurdité n’aient pas le dernier mot. Les ténèbres ne peuvent engloutir la lumière divine.

L’amour don incommensurable

Et l’amour de Dieu ne s’arrêtera pas encore là. Au terme des fêtes de Pâques, à la Pentecôte, l’Esprit Saint nous sera donné. L’amour de Dieu lui-même sera répandu dans nos cœurs, pour que nous puissions participer au Salut apporté par le Christ, être guéri du péché, aimer Dieu à notre tour, lui être uni, aimer aussi nos frères et sœurs et leur être uni au plus profond de nous-mêmes. Nous fêterons le don extraordinaire de l’Esprit à l’Église, à l’humanité, qui nous permet de connaître et d’aimer Dieu en vérité, ainsi que de connaître et d’aimer nos frères en lui, par lui.
Le Carême est donc un temps de préparation particulière à ces grandes fêtes de l’amour. Comment peut-on se préparer au mieux à célébrer l’amour ? Comment fait-on pour apprêter son cœur, afin qu’il soit bien disposé à recevoir l’amour et à se donner en retour ? Qu’est-ce qui pourra nous aider à nous ouvrir pour que nous puissions profiter au mieux de ces jours ? Il ne faudrait pas que ce soit juste une suite de célébrations qui ne changent rien à notre vie quotidienne. L’amour, s’il est vrai, transforme progressivement nos vies. Et les fêtes de l’amour nous sont données précisément pour nous encourager.

Le premier dimanche du Carême : au désert

Vous vous souvenez sans doute du premier dimanche du Carême. Chaque année, nous avons la même lecture de l’épreuve de Jésus au désert durant 40 jours. Ce temps d’épreuve a donné la mesure du temps de notre Carême, mais aussi une certaine ambiance. On associe souvent le Carême au renoncement. Il faut faire des efforts. Il faut jeûner. Il faut se priver. Il faut éviter de faire le mal. Apparemment ce n’est pas très joyeux (on croit parfois que le mal, le péché, est joyeux : curieux…). Mais peut-être oublions-nous de mettre cela dans la perspective des fêtes de l’amour.

Un temps de joie

Lorsqu’on prépare un mariage, une fête de l’amour par excellence, il faut aussi faire beaucoup de choses. Et il y a aussi des renoncements. La préparation matérielle, certes, prend du temps. Mais il y a aussi une préparation intérieure qui nécessite que les futurs époux réservent du temps ensemble, réfléchissent bien à ce qu’ils vont faire, apprennent à se connaître. C’est un exercice, un effort, mais désagréable. Cela implique de renoncer à beaucoup d’autres choses, notamment à d’autres relations avec les amis ou les connaissances, d’aller un peu en couple au désert, de renoncer à certaines activités pour passer du temps avec l’autre. Mais c’est une joie ! Déjà on commence à vivre de la joie de l’union.
Le Carême devrait être aussi le temps d’une telle joie. Oui, on fait quelques efforts pour la préparation de Pâques, mais déjà on est joyeux de la joie de Pâques. Déjà on est joyeux de la fête de l’amour que l’on prépare. Ici c’est le cœur qu’il s’agit d’apprêter. Il s’agit d’une relation d’intimité à renforcer. Intimité avec Dieu. Mais aussi intimité d’amour avec nos proches, et aussi les moins proches, tous les hommes. Car on ne peut pas vraiment aimer Dieu si on n’aime pas les autres. Et on aime d’autant plus les autres que l’amour de Dieu est au cœur de nos vies. Mais pour aimer, il faut faire de la place dans son cœur, il faut désencombrer son cœur.

Désencombrer son cœur

Lors du premier dimanche du Carême, l’Évangile nous a invité justement à désencombrer notre cœur de ce qui l’alourdit. Jésus nous a ouvert le chemin d’une libération intérieure de choses qui prennent souvent trop de place en nous. Il nous a montré l’exemple de la lutte contre tout un tas de choses futiles, envahissantes, qui peuvent envahir notre champ de conscience, occuper notre cœur, le saturer, et le gêner pour aimer.

Première tentation

L’Évangile a résumé cet encombrement en trois grandes tentations. La première, c’est quand Jésus a faim, et que le diable lui propose de transformer une pierre en pain. Là, nous retrouvons notre préoccupation des choses matérielles. Nous ressentons des manques et nous en sommes préoccupés, ça nous occupe l’esprit, nous voulons toujours plus. Cela peut-être la faim de se nourrir, mais aussi la faim de consommer autre chose : consommer des vidéos, consommer des jeux peu utiles, consommer du loisir, consommer de l’affection de la part des autres sans avoir à donner en retour, consommer du bavardage, du commérage, des critiques, etc. Cela peut être aussi de se plaindre, de murmurer, parce qu’on a l’impression de manquer.
Au lieu de subir ces désagréments, Jésus nous invite à renoncer pour quelque chose de plus grand. Il nous propose de faire de la place dans nos cœurs pour que nous puissions écouter Dieu, et recevoir de lui la vie, la joie la paix. « L’homme ne vit pas seulement de pain ». Il vit aussi et surtout de la relation à Dieu. Et il vaut la peine de savoir renoncer à ses préoccupations matérielles pour recevoir la vie, la joie, la paix qui viennent de Dieu. Le Carême est un temps privilégié pour laisser de côté ses préoccupations matérielles. C’est le sens du jeûne. C’est aussi un aspect du partage : on donne de son superflu pour ceux qui manquent du nécessaire. Ainsi les pauvres sont secourus… et les plus riches aussi !

Deuxième tentation

La seconde tentation de Jésus est celle d’acquérir du pouvoir. Le diable lui propose – mensongèrement – un pouvoir sur toutes les nations. Il l’incite à imposer sa volonté. Mais l’amour n’est pas un pouvoir. L’amour n’est pas un contrôle des autres. Au contraire, c’est un don de soi aux autres. Aimer, c’est faire de la place à l’autre dans son cœur. Aimer, c’est se mettre au service de l’autre.
Le Carême, comme je le disais, est un bon temps pour le partage. Il s’agit non seulement de donner des choses ou de l’argent, mais aussi d’offrir du temps et de l’attention pour ceux qui en ont besoin. C’est un moment privilégié pour mettre les autres en avant, pour les mettre en valeur, les remercier, les féliciter. Partager, se donner, se mettre au service, s’ouvrir aux autres, tout cela agrandit le cœur pour se préparer aux fêtes de l’amour. Et ça donne de la joie.

Troisième tentation

La troisième tentation touche à l’apparence. Le diable conduit Jésus en haut du Temple, et il lui propose de se jeter en bas pour que Dieu le protège, que les anges le récupèrent sur leurs mains. Imaginons les foules de priants sont en dessous, prêtes à voir le prodige et à s’extasier : Quelle action d’éclat ! Il paraîtrait quelqu’un de bien ! Tout le monde l’admirerait, et reconnaîtrait en lui un élu de Dieu ! Les gens crieraient au miracle ! Il serait même flatté d’avoir eu tellement de foi, de confiance en Dieu ! Nous connaissons ce genre de tentation de paraître quelqu’un de bien aux yeux des hommes, d’être considéré comme saint avant de l’être effectivement.
Mais Jésus refuse un le coup d’éclat qui le fera paraître aux yeux des hommes. Il renonce à paraître quelqu’un de bien de manière superficielle, à se faire valoir, même apparemment pour une bonne cause. Jésus choisit l’humilité et la discrétion. Durant toute sa vie il choisira le secret, il ne se dévoilera vraiment qu’au moment de sa Passion. Cette humilité, cette discrétion, sont aussi un moyen pour nous de nous préparer à célébrer l’amour. L’humilité et la discrétion ouvrent la voie à l’amour, car on cesse de s’imposer aux autres.

Le deuxième dimanche de Carême : écoutez-le !

Le deuxième dimanche de Carême est consacré à faire mémoire de la Transfiguration du Seigneur. Cet Évangile apporte quelque chose de nouveau dans notre préparation. C’est un moment de consolation.

Un moment de consolation

Dans la vie de Jésus, cet événement se situe après la première annonce de sa Passion. Pierre a été déboussolé par cette annonce, il a pris peur : « cela ne t’arrivera pas, Seigneur ». Il prend peur pour Jésus, certes, mais aussi pour lui. Il ne se fait pas l’image d’un Messie souffrant. Il préférerait sans doute suivre un maître et un Messie glorieux. La souffrance nous fait peur à nous aussi. Nous voudrions bien l’éviter. Mais il n’y a pas d’amour sans souffrance. Et la souffrance est bien souvent signe de l’amour. Elle est signe qu’on ne s’est pas blindé, qu’on a le cœur ouvert, vulnérable, qu’on a un cœur de chair et non un cœur de pierre. Jésus veut changer notre regard sur la souffrance. Il va chercher à consoler et à affermir ses disciples.
La Transfiguration est aussi une invitation pour nous. Elle nous indique le chemin d’une consolation. Elle nous montre une voie de l’ouverture de notre cœur. Il ne s’agit plus ici de nous préparer en renonçant. Si l’on a renoncé à quelques mauvaises choses pour faire de la place dans notre cœur, il faut aussi penser à remplir notre cœur de bonnes choses. Certes, il est bon d’éviter de perdre de l’énergie dans des choses inutiles. Mais il est encore meilleur de consacrer ses forces, son temps, son attention, à d’autres choses constructives, bonnes, et même essentielles. L’épisode de la transfiguration nous invite à l’une des activités les plus essentielles qui soient.

Gravir la montagne pour prier

Ainsi commence le texte : «  Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. » Pour se préparer aux fêtes de l’amour, il est essentiel de prendre du temps pour prier. L’amour se nourrit d’une relation intime. L’amour ne peut pas grandir sans des temps d’intimité avec Dieu. La relation à Dieu a besoin d’être entretenue régulièrement, quotidiennement, par des moments privilégiés, des moments de qualité. C’est dans la logique de tout amour, de toute relation. Ces petites étapes amoureuses n’ont pas forcément besoin d’être très longues. Elles ont surtout besoin d’être régulières. Quelques minutes chaque matin, ou chaque soir. Le temps de remercier Dieu, de lui demander pardon, de lui confier des intentions. Le temps d’un Notre Père et d’une invocation à Marie. Le temps aussi d’écouter Dieu, je vais revenir sur ce point.
Il n’y a pas besoin de monter sur une haute montagne pour cela. Il est surtout nécessaire de rentrer dans son cœur. Ce n’est pas un exercice tout à fait facile et spontané. Cela nécessite de s’exercer, de grandir. C’est aussi pour cela que la régularité est de mise. Chaque jour, c’est bien, c’est nourrissant. Il n’y a donc pas besoin d’escalader une haute montagne, ni d’aller dans une église, même si une église ou la nature peuvent être des lieux qui aident à prier. Pour entrer dans son cœur et prier, Jésus nous a conseillé, plus simplement, de nous retirer dans notre chambre, de fermer la porte, de nous mettre au calme. Cela veut dire aussi pour nous éteindre la télévision, le poste radio ou l’ordinateur, couper le téléphone pour ne pas être dérangé. Cela demande aussi de prendre un peu de distance par rapport aux nécessités du quotidien, aux soucis matériels. On est alors seul avec soi-même devant Dieu, et avec Dieu qui est là présent dans le secret. Remarquez qu’il est bon de faire cela seul, certes, mais aussi des moments de prière en couple ou en famille sont très bienvenus. Cela apportera beaucoup à votre amour.

Comment se mettre en prière ?

Que faire durant ce temps de prière ? Certainement penser à Jésus. Avoir une icône ou une image de Jésus devant soi peut aider. Et puis aussi une bougie qui nous rappelle que Dieu est lumière dans nos vies, une lumière qui s’est allumée pour nous le jour de notre baptême. Avoir un coin prière installé dans sa maison est une très bonne aide pour s’y mettre, pour prendre le temps de prier. Ainsi on sait où on doit aller, comment s’installer. On ne perd pas du temps à inventer à chaque fois, on a ses habitudes. Cela facilite beaucoup la prière.
Puis il est bon de commencer par un beau signe de croix, en demandant au Seigneur de nous aider à prier. Nous autres moines, et les prêtres ou les religieuses aussi, nous faisons cela à chaque temps de prière. Nous commençons ainsi : « Dieu, viens à mon aide, Seigneur, viens vite à mon secours » ou bien : « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange ». Mais on peut commencer par d’autres prière, comme une invocation à l’Esprit Saint : « Viens Esprit Saint, emplis mon cœur d’amour, ouvre mon cœur à la présence du Père, ouvre mes oreilles à la voix du Christ. »

Et par où commencer ?

On peut ensuite remercier Dieu pour sa présence et pour ses dons. Il est très important de le remercier chaque jour. D’une part cela nous force à voir les bonnes choses de nos vies, ce qui n’est pas forcément évident. D’autre part c’est aussi un moment où l’on reçoit consciemment la vie qui vient de lui. En remerciant pour la vie, on s’ouvre à la vie, on la reçoit mieux. Il est bon aussi de demander pardon si l’on a quelque chose sur le cœur. Cela ne remplace pas le sacrement de réconciliation, mais il est fécond pour l’amour d’avoir des temps de réconciliation avec Dieu dans notre quotidien. Cela aide beaucoup la réconciliation avec les frères.
« Maître, il est bon que nous soyons ici ! » s’écrie St Pierre. Goûtons nous aussi ce temps d’intimité dans la prière, essayons de faire un peu le silence en nous. Ce n’est pas facile. Nous avons peur du silence. Et il y a notre cinéma ou notre radio intérieure qui ne s’arrête jamais, qu’il est difficile de stopper. Mais on peut prendre un peu d’habitude de mettre cela de côté, et ça finit par se calmer un peu tout de même. Le silence intérieur permet l’écoute. L’écoute est un moment très important de l’amour. L’écoute est capitale dans l’amour. L’écoute, c’est l’accueil de l’autre.

Écoutez-le !

Le texte de la Transfiguration culmine dans cette invitation à l’écoute. La voix du Père se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Si le Père nous le demande, prenons donc du temps pour écouter Jésus. Lisons chaque jour un passage de l’évangile, vraiment chaque jour. C’est la vraie nourriture spirituelle. C’est la plus solide nourriture de l’amour de Dieu. Il s’agit de lire avec ses yeux et son intelligence, et d’écouter avec son cœur.
Souvent, il ne se passera apparemment rien. Mais l’apparence du rien ne veut pas dire que l’Esprit Saint ne travaille pas au fond du cœur. Prenez le temps de lire, de répéter, de méditer l’Évangile. L’Esprit Saint vous conduira progressivement dans sa compréhension. Laissez aussi résonner cette parole en vous. Répétez plusieurs fois la lecture pour vous en imprégner. C’est très important, c’est ainsi qu’elle pourra résonner en vous. C’est comme de se répéter les paroles d’une personne que l’on aime. Ça rend présent cette personne. Répéter la Parole de Dieu rend Dieu présent à l’intérieur de soi, ou plutôt nous ouvre à sa présence.
Et prenez aussi un petit temps de silence après cette lecture et cette répétition. Là aussi, ça s’apprend. À ce moment il est bon de fermer les yeux, car ils sont source de distraction. Cela aide à se retirer plus profondément dans son cœur. On prend l’habitude progressivement de ce silence. Il peut changer la vie. Seulement respirer, tranquillement. Penser au souffle que Dieu a mis en nous, le souffle physique, mais surtout le souffle spirituel, la Vie. Rappelez-vous que Dieu est présent en vous et qu’il agit. Dans la prière, c’est lui le premier qui est à l’œuvre.

Après l’écoute, la réponse

Après cela, une fois qu’on a écouté le Seigneur, on peut lui demander des choses, lui présenter ses intentions. Il ne faut pas hésiter ! Généralement on n’hésite pas… On peut lui confier sa vie, ses soucis, les gens que l’on aime, ceux qui souffrent, les personnes qui ont besoin de son aide. Inutile d’insister, nous le faisons assez spontanément, mais parfois trop tôt dans le temps de prière. Il est plus poli de commencer par remercier puis écouter avant de présenter ses besoins !
Enfin, il est toujours bon de conclure par le Notre Père, la grande prière, la vraie prière, la prière du Seigneur, la prière la plus complète. Le Notre Père est un sommet. Il résume et contient tout : la vraie louange et la vraie demande. Il est remise de soi dans la confiance. Il est source, aussi, de la vie filiale du baptisé, cette vie que vient revigorer la prière.
Puis vient le temps de redescendre de la montagne. Cela prend un petit temps pour passer tranquillement à la suite. Il est important de sortir progressivement de la prière. C’est comme quand on dit au revoir à quelqu’un, il est bon de faire cela posément. Un signe de croix, un petit temps d’arrêt avant de se lever et de partir, un moment pour respirer profondément, ou éventuellement pour éteindre la bougie si on en a allumé une. Bref, on prend le temps de bien se quitter pour mieux se retrouver, ou même pour mieux rester ensemble en pensée.

Pour conclure : faire de la place pour accueillir

Pour résumer, les deux premiers dimanches de Carême nous invitent à faire de la place en soi pour accueillir Dieu dans son cœur à travers sa Parole. Décidez donc de renoncer à une chose ou une attitude superflue. Débarrassez-vous durant ces jours d’un encombrement intérieur. Et permettez au Seigneur de venir chez vous. Invitez-le pour qu’il vienne vous tenir compagnie. Cela vous préparera à fêter l’amour. Cela fera grandir en vous l’amour.

Communier dans la main?

Face à la pandémie actuelle, nos évêques ont demandé aux fidèles d’adopter des comportements visant à ne pas favoriser l’extension du coronavirus : suppression de l’eau dans les bénitiers, port du masque, « baiser de paix » à distance, communion dans la main, etc1 S’ils ont pris cette décision, ce n’est pas pour des considérations liturgiques, mais conscients des enjeux sanitaires, ils veulent protéger les plus vulnérables. Poursuivre la lecture

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Tout le monde n’a pas la chance de pouvoir faire une retraite dans un monastère pour vivre le Triduum pascal en profondeur… surtout en temps de confinement ! Alors voici quelques enseignements pour vous aider à entrer dans le mystère pascal que la liturgie de l’Église nous invite à célébrer, pour le vivre ensuite dans le quotidien. Poursuivre la lecture

Le Carême : en quarantaine avec le Christ pour médecin

Le Carême : en quarantaine spirituelle

Le mot Carême vient du latin « quarantième », pour désigner le quarantième jour avant Pâques. Cette « quarantaine » peut nous mettre sur la piste du sens du Carême. Si les chrétiens se mettent donc « en quarantaine », c’est pour se préparer à une opération chirurgicale spirituelle : Pâques. Cette opération, c’est le baptême, qui retire de notre être le venin de mort pour nous lancer dans une vie nouvelle d’enfant de Dieu. Pour certains, l’opération va avoir lieu durant la nuit de Pâques. Ils se préparent donc à vivre cette opération vitale, et bénéficient d’une cure intensive durant les jours qui précèdent : ce sont les catéchumènes. Mais tous les chrétiens sont concernés, puisque cette même nuit sera le mémorial et la célébration de leur propre baptême, de leur renaissance dans le Christ, et du rachat de l’Humanité entière, et même de toute la Création. Les baptisés sont donc invités à vivre cette cure pour conserver ce qu’ils ont déjà reçu. Poursuivre la lecture

L’Avent : Temps de réveil, de promesses, de disponibilité

Le cycle liturgique nous fait revivre dans son actualité le mystère du Christ. Pendant longtemps il n’y eut qu’une fête principale, centre de l’année : Pâques. Elle fut précédée d’un temps de préparation, une « quarantaine », le Carême. Puis elle fut suivie d’une « cinquantaine », suivant l’usage juif, pour continuer dans la joie festive jusqu’à la Pentecôte.
Mais l’importance prise par les fêtes de Noël et de l’Épiphanie a fini par créer une sorte de second centre, comme une petite Pâque d’hiver. À l’imitation de la grande Pâque du printemps, on l’a fait précéder d’un temps particulier, l’Avent, et suivre d’un temps de joie, le temps de Noël. Mais à quelle attitude intérieure l’Avent nous invite-t-il ?
Un regard d’ensemble sur les lectures bibliques choisies pour ce Temps qui ouvre l’année liturgique pourra nous en faire savourer quelques aspects, et peut-être élargir nos horizons. Elles vont en effet nous proposer une sorte de parcours intérieur, de pédagogie spirituelle.

1 – Temps du passé… ou de l’avenir ?

On est tenté de penser (et d’écrire), en portant attention à l’euphonie et non à l’étymologie, que c’est le temps « avant » Noël. Et, c’est un fait, l’Avent a progressivement emprunté divers éléments au Carême, même sa durée et son nom pendant un temps : une « quarantaine » de la Saint Martin (11 novembre) en Occident, ou de Saint Philippe (14 novembre) en Orient. Dans l’Église latine romaine cette durée s’est rétrécie à quatre dimanches. Ce temps prit aussi peu à peu le caractère pénitentiel du Carême, sinon partout avec la pratique du jeûne, du moins avec les signes liturgiques que sont les ornements violets, la suppression du gloria le dimanche, la simplification de la musique et des bouquets.
Tout cela conduit à se représenter l’Avent comme un temps consacré à se souvenir de ce temps passé où les hommes attendaient le sauveur « dans les ténèbres et l’ombre de la mort », et l’on fait un peu de même avec eux. Pas très réjouissant. Heureusement que les enfants amènent un peu de joie en attendant Noël ! On se prépare donc à faire mémoire de la venue du Fils de Dieu dans notre chair, jadis. Pour cela, on se choisit quelques efforts pour bien se tenir afin d’avoir le cœur prêt pour les fêtes (ce qu’il est toujours bien de faire, d’ailleurs !). Mais on oublie le principal, ce à quoi font le plus allusion les lectures de l’Avent : la venue prochaine du Christ dans sa gloire.
Depuis Saint Bernard de Clairvaux (XIIe siècle) surtout, on a appris à envisager un triple avènement du Christ, que l’abbé cistercien présente dans ses sermons pour ce temps. Le premier Avènement est celui où il a paru sur terre et vécu parmi les hommes. Le troisième sera celui où il viendra en gloire et majesté. Et le second Avènement est… entre les deux ! C’est le moyen par lequel on passe du premier au troisième, la visitation du Christ dans notre « aujourd’hui ». Cette présentation a l’avantage de nous encourager à reconnaître le Christ présent dans notre quotidien. L’inconvénient, pour bien vivre l’Avent, est que cette perspective n’est peut-être finalement pas la plus importante à célébrer à ce moment. En effet, la présence du Christ est alors la continuation de sa venue dans la chair, « l’entre-deux » est un peu comme un passé qui reste présent.
Mais la venue du Christ dans la chair doit-elle nous tourner vers le passé, ou vers l’avenir ? Si les chrétiens donnent trop facilement l’impression d’être établis, un peu passifs, ne serait-ce pas en partie parce qu’ils sont tourné plus vers le passé sur lequel se reposer, que sur un futur à espérer, à désirer, à préparer, à hâter ? Donner beaucoup de place à l’Avènement passé du Fils de Dieu, continué dans ses visitations aujourd’hui, peut nous conduire à trop passer sous silence son dernier Avènement qu’il nous recommande instamment d’attendre, de guetter. Il est vrai qu’il est plus difficile à appréhender… et peut-être fait un peu peur. Mais il a déjà commencé !
Au moment d’ouvrir les lectures bibliques de l’Avent, il convient de renverser les perspectives. Nous abordons le mystère de l’Avènement su Seigneur, le temps de « l’Adventus », équivalent latin de grec « Parousia », que l’on utilise plus volontiers pour désigner la fin des temps. Et les lectures évangéliques du premier dimanche de l’Avent donnent le ton : « Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans une nuée, avec puissance et grande gloire. » (Lc 21, 27 : 1er dim. C). C’est le jugement final. Ce temps liturgique s’ouvre donc non sur un passé qui est encore là, mais sur un futur qui est en quelque sorte déjà là ! Le Christ en gloire est en train d’advenir… L’Écriture nous met en face de « Celui qui vient ». Et, à l’approche de l’Avènement, l’Église nous exhorte à nous réveiller pour entendre les promesses et nous disposer à en accueillir la réalisation.

2 – Temps de réveil

Le premier dimanche de l’Avent sonne comme un réveil-matin « à l’ancienne » qui fait sursauter les dormeurs ! St Paul s’exclame : « Vous le savez : c’est le moment, l’heure est déjà venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. » (Rm 13, 11-12 : 1er dim. A) Et cette lumière qui se lève sera proclamée par Saint Jean à la messe du jour de Noël : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. » (Jn 1, 4-5). La liturgie nous fait désirer et appeler ce lever de soleil avec l’antienne du Magnificat aux Vêpres du 21 décembre, tissée de réminiscences bibliques : « Ô Soleil levant ! Splendeur de justice et lumière éternelle, illumine ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort ! Viens, Seigneur, viens nous sauver ! » (Ha 3, 4 ; Ml 3, 20 ; Lc 1, 78)
Pas de mauvaise humeur, donc, au réveil : c’est la joie ! À l’approche de la Lumière, l’humanité s’éveille dans la joie et non dans la peur du jugement. Ainsi Paul durant l’office des Vêpres du 1er dim. et dans la seconde lecture du 3e dim. de l’année C : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. » (Ph 4, 4-5). Isaïe, quant à lui, montre tout le monde qui se rassemble, attiré par la lumière : « Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur. » (Is 2, 5 : 1er dim. de l’année A). Et tout le monde, c’est tout le monde, pas seulement le peuple choisi !
En effet, c’est le jour annoncé par les prophètes, jour de salut et de rassemblement pour tous les hommes, les juifs d’abord et les païens ensuite, selon la prophétie d’Isaïe : « Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure. » (Is 11, 10 : 2e dim. A). Cette prophétie se trouve réalisée pour les Romains à qui Paul s’adresse dans la deuxième lecture du même dimanche : « je vous le déclare : le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, en raison de la fidélité de Dieu, pour réaliser les promesses faites à nos pères ; quant aux nations, c’est en raison de sa miséricorde qu’elles rendent gloire à Dieu, comme le dit l’Écriture : C’est pourquoi je proclamerai ta louange parmi les nations, je chanterai ton nom. » (Rm 15, 8-9)
Dans l’allégresse de sa foi « matinale », la première génération chrétienne entrevoyait comme proche l’avènement glorieux qui réalisera le Royaume dans sa plénitude. Paul semble même avoir cédé à cette optique dans sa première lettre aux Thessaloniciens : « Mais vous, frères, comme vous n’êtes pas dans les ténèbres, ce jour ne vous surprendra pas comme un voleur. En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ; nous n’appartenons pas à la nuit et aux ténèbres. […] Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. » (1 Th 5, 4.5.23 : 3e dim. B). Il fut amené, dans une seconde lettre, à calmer l’impatience des fidèles (d’ailleurs par des considérations qui ne sont pas toutes très claires).
Le fait est que personne ne sait quand le Christ reviendra. S’il convient de l’attendre sans fièvre inutile, la proximité de ce jour nécessite néanmoins d’être éveillé, prêt. Une des conditions intérieure est d’avoir les uns envers les autres la communauté de sentiments qui est l’Esprit du Christ Jésus. Vivre déjà la grâce du rassemblement, c’est travailler à n’avoir qu’un seul cœur, qu’une seule voix pour glorifier le Père de notre Seigneur Jésus-Christ (Rm 15, 5-6). C’est ainsi que les disciples attendent et hâtent le jour de Dieu. Pierre ne parle pas autrement : « le jour du Seigneur viendra, comme un voleur. Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés seront dissous, la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper. Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution, vous voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu, ce jour où les cieux enflammés seront dissous, où les éléments embrasés seront en fusion. Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. » (2 P 3, 10-13 : 2e dim. B)
Les exhortations de l’Apôtre se font pressantes, car le temps est court. Il se fait tout simplement l’écho de Jésus invitant à ne pas être amolli et endormi par une routine matérialiste qui fait oublier l’essentiel : « Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme. En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme. […] Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. » (Mt 24, 37-39.44 : 1er dim. A). La proximité du Jour appelle à « l’ascèse eschatologique » : il s’agit de fuir l’intempérance et ivresse, la luxure et impudicité, disputes et jalousie, pour pratiquer sobriété, vigilance, et justice (cf Rm 13, 13-14 : 1er dim. A ; voir aussi 1 P 4). L’attitude profonde qui inspire ces conseils est sans ambiguïté : « revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ ; ne vous abandonnez pas aux préoccupations de la chair pour en satisfaire les convoitises. » (Rm 13, 14). Il s’agit en somme d’user de ce monde qui passe avec discrétion (cf. 1 Co 7, 29-31), pour ne pas être alourdi non plus par les soucis de la vie (cf. Lc 21, 34, 1er dimanche C). Car si, du côté de Dieu, l’Avènement est accompli, notre façon de l’accueillir est encore imparfaite ; notre amour est trop « partiel » encore pour que l’éclair jaillisse de l’Orient à l’Occident. Aussi l’essentiel est bien ce progrès dans la charité qui est le leitmotiv sans cesse repris par l’Apôtre dans d’autres passages de ses lettres, proches des textes qu’offre la liturgie (Rm 12, 10.15 ; 13, 10).
Il est temps de nous réveiller, de nous redresser pour témoigner de l’Amour qui vient. Notre sommeil fait peut-être perdre de vue l’actualité et l’intensité de ces textes bibliques. La lourdeur du matérialisme consumériste atteint aussi les paupières de notre cœur… La lucidité sur notre monde est un commencement de réponse à l’appel de Dieu, à l’annonce du Jour. Le thème du réveil doit saisir tout ce qui fait l’homme. Le chrétien est appelé à se laisser éveiller par le cri planétaire d’une humanité en souffrance, mais aussi tendue vers un mieux vivre. Si elle semble hésiter entre des espoirs démesurés en ses pouvoirs et un pessimisme radical, n’est-ce pas parce qu’elle n’entend pas les promesses de Dieu ?

3 – Temps des promesses

« À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. » (He 1, 1-2 : messe du jour de Noël). La liturgie, bon pédagogue, doit simplifier les choses pour garder l’essentiel. Durant l’Avent, elle nous propose donc d’écouter en particulier deux de ces prophètes du passé : Isaïe, qui fut l’un des plus grands, et Jean-Baptiste en qui s’achève et s’accomplit tout le prophétisme. Les premières lectures des dimanches A et B sont presque toutes tirées d’Isaïe. Au-delà du dimanche, le même Isaïe est proclamé durant la messe quotidienne des deux premières semaines, et il est aussi abondamment utilisé pour la liturgie des heures (« bréviaire »). Les dimanches de l’année C et les lectures quotidiennes des deux dernières semaines complètent le panorama en faisant appel à d’autres prophètes. Il se dégage de ce choix de lectures une sorte de tableau du Royaume messianique promis lors de l’Avènement.
Israël est un petit peuple ballotté entre les grandes puissances qui l’entourent. Il cherche en elles des appuis humains qui tournent souvent en esclavage, en exil, en soumission servile, et surtout en idolâtrie. À travers ses tribulations, Dieu veut apprendre au peuple pauvre et petit qu’il s’est choisi à s’appuyer sur lui qui est le seul secours solide et stable. Il lui promet le Royaume de paix qui ne passera pas, et qui deviendra un socle non seulement pour Jérusalem et Israël, mais pour toutes les nations de la terre. Alors l’humanité réconciliée tournera toutes ses forces vers les œuvres de paix. « Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la Maison du Seigneur se tiendra plus haut que les monts, s’élèvera au-dessus des collines. Vers elle afflueront toutes les nations et viendront des peuples nombreux. Ils diront : ‘’Venez ! montons à la montagne du Seigneur, à la Maison du Dieu de Jacob ! Qu’il nous enseigne ses chemins, et nous irons par ses sentiers.’’ Oui, la loi sortira de Sion, et de Jérusalem, la parole du Seigneur. Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux. De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. » (Is 2, 2-4 : 1er dim. A).
La nature elle-même sera transformée : c’est le temps où la steppe refleurira : « Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! La gloire du Liban lui est donnée, la splendeur du Carmel et du Sarone. On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. Fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : ‘’Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver.’’ Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie ; car l’eau jaillira dans le désert, des torrents dans le pays aride. La terre brûlante se changera en lac, la région de la soif, en eaux jaillissantes. Dans le séjour où gîtent les chacals, l’herbe deviendra des roseaux et des joncs. » (Is 35, 1-7 : 3e dim. A). C’est le chant de l’espérance d’un monde rénové de la part du peuple juif, pourtant en exil loin de sa terre. La joie d’être sauvé transfigure la terre et les hommes. C’est le Christ qui ouvrira cette ère de délivrance pour les pauvres.
Mais un prodige plus extraordinaire encore est annoncé, dont les miracles de la nature sont la préfiguration : la terre enfantera le Sauveur ! « Cieux, distillez d’en haut votre rosée, que, des nuages, pleuve la justice, que la terre s’ouvre, produise le salut, et qu’alors germe aussi la justice. Moi, le Seigneur, je crée tout cela. » (Is 45, 8 : mercredi de la 3e semaine). Ainsi les transformations de la nature peuvent être des « signes » de Dieu. Les « réussites » de l’homme préparent un monde plus « digne » de l’Avènement.
Ces textes sont à méditer de manière nouvelle en ces temps où l’Église, à la suite du pape François et de l’encyclique Laudato Si, s’engage de plus en plus à être ferment d’une écologie intégrale, à prendre particulièrement soin de notre maison commune et de ses habitants. Peut-être paraissons-nous parfois oublier que les promesses ne sont pas encore accomplies totalement, et que le « délai » qui nous est accordé entre les deux Avènements est le temps des grâces messianiques qui sont temporelles et spirituelles à la fois. Dans monde où bien des déserts sont en progression à cause de la mauvaise gestion des ressources humaines et naturelles, n’est-ce pas un signe messianique, un signe du Salut qui vient, de travailler à faire fleurir les déserts physiques, psychiques, spirituels ? Alors nous serons ces bons intendants qui attendent le retour du Roi, qui veillent et annoncent son arrivée prochaine en prenant soin de la maisonnée.

L’autre grande figure qui domine le temps de l’Avent est celle du Précurseur. Il apparaît au terme de l’Ancienne Alliance pour nous permettre de prendre la mesure exacte, historique et spirituelle, de l’Avènement. Et ainsi il nous met en garde contre deux hérésies qui menacent le chrétien : celle de « l’établissement », comme si tout était déjà fait, et celle de l’attente d’une troisième révélation.
Tous les évangiles des 2e et 3e dimanches de l’Avent, années A-B-C, mettent en scène Jean-Baptiste. Et le début de sa prédication, qui prépare immédiatement l’Avènement historique du Messie, est présenté avec des concordances chronologiques d’une précision impressionnante. C’est l’un des cas où apparaît si fortement dans l’Écriture la volonté d’encadrer les gestes de Dieu dans les évènements humains. « L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène, les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie. » (Lc 3, 1.2 : 2e dim. C). C’est le moment de l’histoire du monde où, dans un canton reculé de l’Empire, va apparaître pour tout être vivant le Salut de Dieu. Déjà, le Salut est commencé, les temps sont accomplis, et « le Royaume de Dieu est tout proche » (Mt 3, 1 : 2e dim. A).
Le signe de cette proximité, c’est que les promesses s’accomplissent : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. » (Mt 11, 4.5 : 3e dim. A) Jean peut reconnaître dans ce signe l’accomplissement de la promesse annoncée par Isaïe, rappelée un peu plus haut, et donc Celui qui en est porteur : « L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur, et un jour de vengeance pour notre Dieu, consoler tous ceux qui sont en deuil, ceux qui sont en deuil dans Sion, mettre le diadème sur leur tête au lieu de la cendre, l’huile de joie au lieu du deuil, un habit de fête au lieu d’un esprit abattu. » (Is 61, 1-3 : 3e dim. B). Jésus lui-même s’attribuera ce passage lors de l’inauguration de son ministère de prédication à la synagogue de Nazareth : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. » (Lc 4, 21 : 3e dim. ordinaire C).
La mission de Jean, qui était de diriger les regards vers cet « aujourd’hui », se poursuit dans l’Église. Son cri, interprétation et actualisation d’une prophétie d’Isaïe, retentit encore et toujours : « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » (Is 40, 3 : 2e dim. B ; et Lc 3, 4 : 2e dim. C). Et il nous avertit en même temps qu’il le fait pour les Juifs, afin que le sens spirituel de la venue du Messie ne nous échappe pas : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. » (Jn 1, 26-27 : 3e dim. B). Car, si le Christ est venu, il est aussi toujours « Celui qui vient » et « Celui qui reviendra ». Il est dans la plénitude du temps : « Jésus-Christ, hier et aujourd’hui, est le même, il l’est pour l’éternité. » (He 13, 8).

4 – Temps de disponibilité confiante et joyeuse

La fin du temps de l’Avent nous amène finalement à contempler ceux et celles qui, éveillés par l’action de l’Esprit en eux, et tendus vers l’accomplissement des promesses, participèrent étroitement au mystère de la naissance du Verbe de Dieu dans notre humanité. C’est ainsi que la liturgie du 4e dimanche nous fait entendre les récits de l’Annonciation à Joseph (année A), de l’Annonciation à Marie (année B), et de la Visitation (année C). L’Église nous prend donc par la main et nous fait entrer dans les évangiles de l’enfance. Lorsque notre cœur sera familiarisé avec le groupe des êtres privilégiés au sein duquel s’accomplissent les dernières préparations, et adviennent concrètement les promesses, nous pourrons nous joindre tout naturellement à leur prière. Nous entonnerons alors les deux cantiques inspirés du Benedictus et du Magnificat.
Cette fin de l’Avent est certainement le meilleur moment pour redécouvrir ces cantiques évangéliques que l’Église met sur les lèvres des chrétiens chaque jour dans la liturgie des heures, aux offices de Laudes et Vêpres. Ils arrivent après l’écoute d’un passage de l’Écriture, c’est-à-dire en réponse à la Parole que Dieu nous adresse, à la venue du Verbe parmi ceux qui sont réunis pour prier. L’Église nous permet ainsi de rendre grâce deux fois par jour pour le mystère, le don infini, de l’Incarnation du Fils de Dieu qui vient jusqu’à nous pour révéler l’amour du Père.
Le Benedictus, cantique de Zacharie, est la plus belle des prières du matin, au moment de la victoire de la lumière sur les ténèbres. C’est le chant de louange au Seigneur qui n’a jamais oublié l’alliance sainte conclue avec son peuple, même aux moments les plus noirs de l’histoire des hommes. Il réalise enfin sa promesse, en plénitude, cette promesse qui a résonné au long des âges par la bouche des prophètes et des pères, et dont la mémoire remonte jusqu’à Abraham. Ce salut advient « grâce à la tendresse, à l’amour de notre Dieu, quand nous visite l’astre d’en haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort, pour conduire nos pas au chemin de la paix. » (Lc 1, 78-79).
Du Magnificat, cantique de Marie, on peut affirmer qu’il est le chant d’action de grâce par excellence, la fleur en qui s’épanouit la prière de l’Ancien Testament. S’il exprime d’abord la réponse confiante et joyeuse de la créature privilégiée appelée à être la mère de Dieu et la mère des hommes, il dira, jusqu’à la fin des temps, la réponse confiante et joyeuse de l’humanité nouvelle au don du Sauveur. Chaque soir, l’Église rend grâce pour l’Oeuvre de salut opérée jour après jour : « Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. […] Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. » (Lc 1, 49-50. 54-55).
On peut lire ces deux cantiques comme un accomplissement de toute la prière du Peuple choisi, qui se trouve prêt à accueillir le Messie, le Sauveur annoncé, réalisation de la promesse du Salut. Or cette prière est exprimée avant tout dans le Psautier. Les versets, inspirés par l’Esprit, que le Psautier met sur les lèvres du priant, rendent le cœur disponible à l’intervention du Seigneur, à l’accueil de son Salut. C’est pourquoi chaque dimanche (et même chaque jour) à la messe, un psaume est utilisé pour répondre à la parole que Dieu nous a adressée dans la première lecture. Ceux qui ont été choisis pour les dimanches de l’Avent résonnent des thèmes déjà évoqués, et trouvent donc leur écho final dans les cantiques de Marie et de Zacharie.
Zacharie fait mémoire de la longue attente du Salut définitif de Dieu, et ce désir est amplement présent dans les Psaumes, notamment dans le Ps 79 : « Berger d’Israël, écoute, / toi qui conduis Joseph, ton troupeau : resplendis / Réveille ta vaillance et viens nous sauver. / Dieu de l’univers reviens ! / Du haut des cieux, regarde et vois : / visite cette vigne, protège-la, / celle qu’a plantée ta main puissante » (1er dim. B et 4e dim. C). Ce désir est déjà un don de Dieu qui se fonde sur l’alliance conclue et maintes fois renouvelée dans l’Ancien Testament, notamment avec le roi David, dans la descendance duquel doit advenir le Messie annoncé : « Avec mon élu, j’ai fait une alliance, j’ai juré à David, mon serviteur : / J’établirai ta dynastie pour toujours, je te bâtis un trône pour la suite des âges. » (4e dim. B). Marie saisit par l’intuition du cœur que le Jour est arrivé : « Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, / de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. ». Et Zacharie, inspiré par l’Esprit, interprète le sens de ce qui se passe sous ses yeux comme l’accomplissement de cette Alliance : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple. / Il a fait surgir la force qui nous sauve dans la maison de David, son serviteur, / comme il l’avait dit par la bouche des saints, par ses prophètes, depuis les temps anciens. »
Le désir ouvre le cœur et y établit la disponibilité. Celle-ci est présente dans le Ps 121, psaume de pèlerinage vers Jérusalem : « Quelle joie quand on m’a dit : ‘’Nous irons à la maison du Seigneur !’’ / Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! » (1er dim. A) Si le sens premier est la Jérusalem terrestre, celle-ci renvoie à la Jérusalem Céleste vers laquelle nous marchons, à la porte de laquelle nous nous tenons dans l’espérance. De même le Ps 125 célèbre ce retour vers Jérusalem, du fond de notre exil : « Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve ! / Alors notre bouche était pleine de rires, nous poussions des cris de joie. / Ramène, Seigneur, nos captifs, comme les torrents au désert. » (2e dim. C). C’est bien là ce que chante Zacharie, le « salut qui nous arrache à l’ennemi, à la main de tous nos oppresseurs », cri de délivrance d’un Peuple en attente ! C’est pourquoi, toujours dans ce Ps 125 jaillit la louange, l’action de grâce pour les merveilles de Dieu : « Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous : nous étions en grande fête ! », dont Marie se fera l’écho : « Le Puissant fit pour moi des merveilles : saint est son Nom ! », embrassant dans son « moi » tout le Peuple de la Promesse, et toute l’humanité.
Le temps du salut, célébré dans l’espérance par le Ps 71, aux accents proches du livre d’Isaïe, se fait réalité : « En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes ! / Qu’il domine de la mer à la mer, et du Fleuve jusqu’au bout de la terre ! / Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours. / Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie. / Que son nom dure toujours ; sous le soleil, que subsiste son nom ! / En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ; que tous les pays le disent bienheureux ! » (2e dim. A). Dans son infinie miséricorde, Dieu se penche sur la terre qu’il a créée, sur notre humanité, jusqu’à l’assumer pour lui-même. Il vient à la rencontre du faible et du pauvre pour remettre en place ce qui a été distordu par le péché et établir le Règne de la justice et de l’amour : « il fait justice aux opprimés ; aux affamés, il donne le pain ; le Seigneur délie les enchaînés. / Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes, / le Seigneur protège l’étranger. Il soutient la veuve et l’orphelin. / D’âge en âge, le Seigneur régnera. » (Ps 145 : 3e dim. A). Marie, dans son Magnificat ne se situe-t-elle pas en accord parfait avec ce psalmiste ? « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. / Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. / Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. / Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. »
Marie est la femme bienheureuse, « qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1, 45) car elle a su écouter au plus profond d’elle-même le murmure de l’Esprit. En sa chair elle a vécu le Ps 84, dont la promesse s’est accomplie pleinement : « J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles ; / Son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire habitera notre terre. / Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ; / la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice. / Le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit. » (2e dim. B) Qu’il puisse en être ainsi pour chaque chrétien en ce temps de l’Avent, afin que le Christ, fruit de Vie pour notre terre, continue de se manifester parmi les hommes.

La Croix du Christ : Remède, exemple et mystère

Gautier de St Victor, Sermon III sur les trois raisons de se glorifier dans la Croix

(traduit par frère Thibaud)

Il y a trois raisons pour lesquelles nous devons nous glorifier dans la croix : elle est un remède, un exemple et un mystère.

La croix : un remède

Nous appelons remède le mérite de la Passion et le la mort même du Christ. En effet, le Christ lui-même, exempt de tout péché, seul libre parmi les morts, n’a nullement été débiteur de la mort, mais cependant, « à cause de l’immense amour dont il nous a aimés » (Eph 2,4)  en obéissant au Père, il a souffert pour nous, débiteurs de la mort, une mort qu’il ne méritait pas. Et il a beaucoup mérité et nous a fait don de son mérite, de sorte que nous arrive par lui ce mérite qui lui aurait servi aussi s’il en avait eu besoin.

Ce mérite est si grand qu’il suffit au salut de tous. La grandeur du mérite vient de la grandeur de l’amour, comme on le pense communément. Ainsi, puisque l’amour du Christ est immense, le mérite de sa mort aussi est immense. Si tous les saints, tous ceux qui n’ont vécu depuis le commencement du monde et ceux qui viendront jusqu’à la fin du monde, avaient été libres de tout péché et étaient morts pour la justice, la mort de tous n’aurait pas cependant autant mérité que la seule mort du Sauveur qui n’a eu lieu qu’une seule fois. Je vais dire encore davantage. Si tous les anges, les Dominations, les Trônes, les Chérubins et les Séraphins s’étaient incarnés, étaient devenus mortels et étaient morts pour la vérité, la justice et la piété, leur mérite à eux tous ne pourrait pas être égalé au mérite du Christ ; d’où il suit que, non seulement un mérite aussi grand suffit à la rédemption du monde entier, mais encore, si l’univers était illimité et si tous croyaient dans le christ, un tel mérite suffirait à tous pour le salut.

Paul, en contemplant ce trésor incomparable de notre salut, déclare : « Loin de moi la pensée de me glorifier, sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ » (Ga 6,14), c’est-à-dire : loin de moi la pensée de me juger digne d’autre chose que de gloire et de salut, sinon dans la puissance, la force et le mérite de la Passion. Car dans ce remède se trouve notre unique espérance, puisqu’il « n’y a pas d’autre nom sous le ciel qui doive nous sauver » (Ac 4,12). Ce remède suffit aux tout-petits et à ceux qui n’ont pas le temps de travailler à leur salut.

La croix : un exemple

Mais pour ceux qui peuvent travailler à leur salut, en plus du remède on exige qu’ils suivent l’exemple, « puisque le Christ a souffert pour nous » afin « que nous marchions sur ses traces » (1 P 2,21). D’où la parole de l’Apôtre : « Frères, nous vous exhortons à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu » (2 Co 6,1). Il appelle « grâce » ce remède de la mort du Christ. Celui qui ne veut pas travailler à son salut alors qu’il le peut, « reçoit la grâce en vain ». Donc « se glorifier dans la croix » à cause de l’exemple, c’est l’imiter lui-même avec joie, comme l’Apôtre qui se glorifie « dans les tribulations » ; et aussi, les apôtres « sortaient joyeux du Sanhédrin, parce qu’ils avaient été jugés dignes de supporter des injures pour le nom de Jésus » (Ac 5,41).

Il faut imiter l’exemple de la Passion non seulement pour conserver le remède, mais encore pour accroître l’éclat de la couronne. « Car chacun recevra son propre salaire en fonction de son travail, et l’homme récoltera ce qu’il aura semé » (cf. Ga 6,8). Donc, que chacun examine bien quelle semence il jette en terre, car « celui qui sème dans la chair récoltera, de la chair, la corruption », mais « celui qui sème dans l’Esprit récoltera, de l’Esprit, l’incorruptibilité » (id.), et « celui qui sème chichement récoltera aussi chichement, celui qui sème abondamment récoltera aussi abondamment » (2 Co 9,6). Loin de toute rivalité, car « quel que soit le travail de chacun, le feu l’éprouvera » (1 Co 3,13).

La croix : un mystère

Nous appelons mystère de la croix le sens mystique (caché) de ce même bois. Car le bois a une forme carrée. Ce carré de la croix désigne un certain carré invisible de la charité dont l’Apôtre dit : « Afin qu’enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre avec tous les saints ce qu’est la largeur et la longueur, la hauteur et la profondeur » (Eph 3,17-18). La largeur de la charité s’étend jusqu’aux ennemis, elle est signifiée par la largeur de la croix. La longueur de la charité, c’est que l’on persévère jusqu’à la fin, elle est exprimée par la longueur de la croix. La hauteur de la charité, c’est de tout faire pour Dieu dans l’espérance de la béatitude éternelle. La profondeur de la charité, c’est de ne rien attribuer au mérite de l’homme, mais de tout attribuer à la grâce et à la miséricorde de Dieu dont nous ne pouvons pas comprendre les raisons, les desseins, et les jugements. En effet, cette profondeur est sans fond, de là vient que l’Apôtre, parlant de l’élection de Jacob et du rejet d’Esaü, s’écrie : « Ô profondeur des richesses, de la sagesse et de la science de Dieu, qu ses jugements sont incompréhensibles » (Rm 11, 33).

Ils ne peuvent donc pas comprendre ce carré de la charité, c’est-à-dire en avoir parfaitement connaissance, ceux qui n’auront pas été « enracinés et fondés dans la charité » (Eph 3,17), parce que les ténèbres ne saisissent pas la lumière : « enracinés », par analogie avec l’arbre, « fondés », par analogie avec la maison ; enracinés par l’amour du prochain, fondés par l’amour de Dieu. Par l’amour du prochain on devient un bon arbre, par l’amour de Dieu on devient maison de Dieu, demeure et temple de Dieu. L’amour du prochain apparaît extérieurement dans les actes, l’amour de Dieu est au-dedans, caché dans le cœur.

Voyez quels fruits agréables produit l’arbre de la charité fraternelle. En effet, cet arbre étend ses branches tout à l’entour. La charité fraternelle témoigne aux supérieurs respect et obéissance, aux inférieurs expérience et sollicitude ; ceux qui sont à droite et qui ont fait quelque progrès, elle les félicite, mais à ceux qui sont à gauche, victimes de quelque faute ou tentation, elle leur témoigne de la compassion. Aux uns l’imitation, aux autres l’exhortation. Or, ceux qui voient en eux ce carré ne peuvent se glorifier injustement dans le mystère de la croix comme ceux qui ont une foi saine, qui sont renés dans le Christ et se réjouissent dignement dans le remède de la croix. Mais ceux qui portent dans leur corps les marques de Jésus peuvent se glorifier dans l’exemple de la croix.

La croix : notre salut

Il y a donc trois raisons pour les quelles il faut se glorifier dans la croix : le remède aboutit à la foi, l’exemple à la pratique des œuvres, le mystère à l’amour. Cependant ces trois, la foi, la pratique des œuvres, et l’amour sont exigés comme nécessaires au salut. Au sujet de la foi, Paul affirme : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu » (He 11,6) ; au sujet des œuvres, Jacques écrit que sans elles « la foi est morte » (Jc 2,17) ; et au sujet de la charité, l’Apôtre dit : « Si je livre mon corps aux flammes et que cependant je n’aie pas la charité, cela ne me sert à rien » (1 Co 13,3).

Gautier de St Victor Sermon III Sur les trois raisons de se glorifier dans la croix (CCL-CM 30, 250-252). Gautier de St Victor était prieur de l’abbaye de St Victor à Paris au XIIe siècle

Le Christ est l’autel, l’offrande et le prêtre

Nous publions ci-dessous, avec l’aimable autorisation de l’auteur, l’homélie prononcée par Monseigneur Hervé Gaschignard lors de la consécration de l’autel de l’abbaye de Maylis, le 12 Mars 2016.
Les lectures étaient : Gn 28,11-18 ; Ap 6,9-11 ; Mt 5,23-24 (textes).

Monseigneur Gaschignard nous a rappelé pourquoi le Christ est l’autel, la victime ou l’offrande, et l’unique prêtre. Il a aussi souligné l’importance que cette vérité a pour la vie spirituelle de chaque chrétien. Poursuivre la lecture

Pourquoi se confesser ? (vidéo)

Pourquoi se confesser ?

S’avancer vers le sacrement de la réconciliation, ou confession, fait parfois un peu peur. Ce n’est pas une démarche facile.
Et pourtant, ce sacrement de l’Église catholique est une grande chance qui nous est offerte. Il est très important pour la vie spirituelle, et il convient donc de mieux le connaitre et le comprendre pour profiter plus librement de la grâce qui y est offerte.
Voici une conférence donnée par notre frère Benoît pour aider les chrétiens à se préparer à recevoir ce sacrement de la réconciliation, et ainsi guérir de son péché.

Première partie :

Préparation au sacrement de la Reconciliation – 1ere partie

Deuxième partie :

Préparation au sacrement de la Reconciliation – 2e partie

Vous pouvez trouver ici le document d’aide pour un examen de conscience : Examen de conscience. Il résume aussi les points principaux de ce qu’est le sacrement de la réconciliation.

Autre article sur le sujet : Cinq noms pour une guérison

Lumières sur le Purgatoire

La doctrine du purgatoire

… est tardive dans l’histoire de l’Église. Elle n’a été définie comme une vérité de foi qu’au Concile de Florence (1439).

Si ceux qui se repentent véritablement meurent dans l’amour de Dieu, avant d’avoir par des fruits dignes de leur repentir réparé leurs fautes commises par actions ou par omission, leurs âmes sont purifiées après leur mort par des peines purgatoires et, pour qu’ils soient relevés de peines de cette sorte, leur sont utiles les suffrages des fidèles vivants, c’est-à-dire : offrandes de messes, prières et aumônes et autres œuvres de piété qui sont accomplies d’ordinaire par les fidèles pour d’autres fidèles, selon les prescriptions de l’Église. (Denzinger 1 304)
Le Concile de Trente (1563) reprend et approfondit ces vérités face aux Réformateurs qui les niaient :

L’Église catholique, instruite par l’Esprit Saint, à partir de la sainte Écriture et de la tradition ancienne des Pères, a enseigné dans les saints conciles et tout dernièrement dans ce concile œcuménique qu’il y a un purgatoire et que les âmes qui y sont retenues sont aidées par les suffrages des fidèles, et surtout par le sacrifice de l’autel si agréable à Dieu. Aussi le saint concile prescrit-il aux évêques de tout faire pour que la saine doctrine du purgatoire, transmise par les saints-Pères et les saints conciles, soit l’objet de la foi des fidèles, que ceux-ci la gardent, et qu’elle soit enseignée et proclamée en tous lieux.

On exclura des prédications populaires auprès des gens sans instruction les questions plus difficiles et subtiles, qui ne sont d’aucune utilité pour l’édification, et desquelles la plupart du temps la piété ne tire aucun profit. On ne permettra pas que soient divulgués et abordés des points incertains ou qui sont apparemment faux. On interdira, comme scandaleux et offensant pour les fidèles, tout ce qui relève d’une certaine curiosité ou de la superstition ou tout ce qui a indécemment un goût de lucre. (Denzinger 1820)

Plan :

D’où ça sort ?
Qu’est-ce que le purgatoire ?
Comment éviter le purgatoire ?
Comment aider les âmes du purgatoire ?
Conclusion

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