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Dieu qui seul es saint, toi que nous admirons et honorons en célébrant la fête de tous les saints, nous implorons ta grâce : quand tu nous auras sanctifiés dans la plénitude de ton amour, fais-nous passer de cette table, où tu nous as reçus en pèlerins, au banquet préparé dans ta maison.
Oraison après la communion de la Toussaint
C’est ainsi que l’oraison après la communion de la messe de la Toussaint exprime notre prière. Mais qu’est-ce que la Toussaint ?
Toute sainteté vient de Dieu. Et c’est de manière purement gratuite qu’il nous communique ce qu’il est. Il nous fait ainsi participer à sa sainteté. Cette prière tourne nos regards et nos désirs vers le Ciel, où l’éternel banquet est prêt. La communion eucharistique fait le lien entre notre pèlerinage d’ici-bas, temps de notre sanctification dans l’amour, et notre entrée dans la plénitude de cet amour et de cette sainteté. Tout est opéré par la grâce du Christ communiquée dans l’Esprit Saint.
La fête liturgique de la Toussaint célébrée le 1er novembre remonte au IXe siècle. Mais elle puise ses racines beaucoup plus loin. Et elle rejoint l’homme au tréfonds de son cœur. En effet, comme tout mystère de la foi, son sens vient de la Révélation. La Révélation donne sens à ce que l’homme porte en lui, ce que Dieu a déposé au plus profond de son être.
Dans l’Ancien Testament, déjà, Dieu s’est révélé comme le Saint qui sanctifie le peuple qu’il s’est choisi. Cette sanctification s’accomplit en plénitude dans le Nouveau Testament, par la venue et le mystère pascal du Christ, ainsi que par la communication de l’Esprit Saint.
Au fond du cœur de l’homme…
L’homme dépassé
L’homme porte au fond du cœur un attrait pour quelque chose qui le dépasse, qui le surpasse. Il tend vers une plénitude d’être, vers une perfection, ou une pureté qui serait accomplissement de ce qu’il est. Et pourtant il perçoit aussi – plus ou moins consciemment – sa petitesse en face des forces visibles et invisibles du Cosmos. Et peut-être en imagine-t-il bien d’autres qui n’existent pas forcément. Il se sait aussi traversé de beaucoup de contradictions intérieures qui le hantent ou le tiraillent. Surtout, il connaît la finitude de cette vie, et il lui est bien difficile d’envisager l’après, l’au-delà de l’existence qu’il connaît.
La crainte sacrée
C’est pourquoi une crainte se fait sentir devant ce possible au-delà de lui-même, devant ce quelque chose qui le dépasse, et qui est sans commune mesure avec sa faiblesse. Et il faut bien gérer cette frayeur devant ce qu’il nomme le « sacré ». L’homme primitif tremble face à ce « sacré ». Il se sépare de lui, à la fois pour se préserver et pour montrer son respect. Il nomme parmi sa communauté des spécialistes du sacré, désignés de différents manières : prêtres, devins, chamanes, etc.
L’homme primitif, c’est celui qui n’a pas le développement culturel que nous connaissons. C’est aussi l’humanité tout au fond de nous, en nos racines. L’homme moderne, occidental, celui que nous connaissons, poli de culture, gère sa frayeur souvent autrement. Il essaie souvent de nier qu’elle ait quelque objet. Il nie l’au-delà de lui-même, ou du moins veut l’ignorer. Souvent aussi, il fuit dans toutes sortes de distractions immédiates.Il se donne tout entier à la vie matérielle qu’il expérimente plus immédiatement. C’est une autre manière de ne pas y penser. Mais la réalité est là, tapie au fond de son cœur, qui l’interroge.
Dans la Révélation, la sainteté au-delà du sacré
Le Dieu Saint
Durant la prière eucharistique, on acclame Dieu trois fois saint, en reprenant le cantique des anges transmis par le prophète Isaïe (cf. Is 6, 1-5). Dans le Gloria, on dit au Christ qu’il est le seul saint. Et en même temps on fête les saints qui nous montrent le but vers lequel tendre. La sainteté semble donc réservée à Dieu, mais elle est accordée à ses créatures. Là est résumé un extraordinaire chemin spirituel que nous permet de parcourir la Révélation.
La notion s’appuie sur le sacré ou le pur que l’on trouve dans les religions naturelles, avec une idée de séparation du profane, et de crainte. Mais la réalité biblique va bien plus loin. Surtout, la Bible voit la sainteté comme venant de Dieu : elle est quelque chose de la nature de Dieu qui se communique aux hommes.
La sainteté en cadeau
Alors que le sacré sépare, la sainteté unit. Dieu se fait proche. Il se fait plus que proche en Jésus, Fils de Dieu fait homme. Le Dieu Saint assume notre chair, tout notre être, pour le sanctifier. Nous n’avons plus à avoir peur. Dieu nous communique ce qu’il est, son infinie grandeur, son infinie pureté.
La transcendance inspire notre respect, mais elle ne devrait plus nous faire peur. L’amour de Dieu bannit la crainte. Sa sainteté nous attire. Elle nous est donnée en partage dès cette vie. Elle nous purifie et nous transforme, et nous sommes appelés à y entrer totalement pour l’éternité. Ainsi l’exprime par exemple St Paul dans sa lettre aux Ephésiens : Dieu « nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. » (Eph 1, 4) Et Paul ajoute plus loin : « vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu » (2, 19).
Vous pourrez méditer plus longuement sur ce mystère en lisant cet article : Vous serez saints, car moi, je suis saint.
À l’origine du culte des saints
Le chrétiens et le culte des morts
Le titre de « saints », au début de l’ère chrétienne, équivaut plus ou moins à « chrétiens » (Rm 1, 7 et 15, 25). La sainteté vient de Dieu, seul saint, et elle est communiquée à son peuple (1 P 2, 9). Puis on l’attribue de manière spéciale à ceux qui ont vécu leur appartenance au Christ avec plénitude : les martyrs qui tiennent une place particulière dès la 2e moitié du IIe siècle en Orient et au début du IIIe siècle en Occident. On a rapidement célébré chaque année le jour de leur témoignage, en se recommandant à leur intercession. Ce culte des martyrs deviendra le culte des saints.
Le culte des défunts avait précédé le culte des martyrs, depuis la préhistoire. Dans les premiers siècles de l’Église, on pratiquait encore à Rome un tel culte, avec un repas sur la tombe le jour anniversaire du défunt. Les chrétiens ont assumé ces usages en les rendant conformes à la foi chrétienne en la résurrection. Ils ont opté pour l’inhumation plutôt que pour l’incinération. Ils célébraient l’Eucharistie sur la tombe en plus de la vénération par des libations ou un repas. Et ils chantaient des chants d’espérance plutôt que de lamentation.
Le culte des martyrs, « témoins »
Martyr veut dire « témoin ». Le Christ est le premier témoin, témoin du Père (Ap 1, 5). Très tôt, ceux qui le suivent sont aussi appelés témoins (Ap 2, 13 ; Ac 22, 20). Le chrétien qui confesse sa foi en Christ jusqu’à la mort témoigne que Jésus Christ est Seigneur de sa vie. Le Christ vivant témoigne en son martyr de la puissance de la résurrection. En effet, le chrétien martyr ne fait qu’un avec le Crucifié-Ressuscité. Le culte qu’on lui rend n’est plus celui de la seule parenté, comme dans le culte des défunts, mais celui de la communauté des croyants, des frères dans la foi. On ne rend plus ce culte le jour anniversaire de sa naissance, mais à celui où il est mort pour le Christ. Et puis on en fait un intercesseur.
Chaque Église célébrait ses martyrs. Il y eut donc une ébauche d’un calendrier « sanctoral », avec des liturgies particulières. On lisait à cette occasion le récit de leur mort.
La Mère de Dieu et d’autres saints
Ce culte s’est étendu, dès le IVe siècle, surtout après les périodes des grandes persécutions, des martyrs à certains évêques. On en voit un premier témoignage avec le pape non martyr Lucius (254). Puis, suite au prestige des Pères du désert, on célèbrera certains ascètes.
Et à partir du concile d’Éphèse en 431, qui donne à Marie le titre de Mère de Dieu, le culte marial se diffusa. Il était déjà célébré à Jérusalem le 15 août. Mais la plupart des Églises en mirent la fête au moment des solennités de la Nativité.
Le développement du culte des saints
Au début on ne célébrait les martyrs que sur le lieu de leur mort. Puis leur renom a favorisé l’extension de leur culte en d’autres endroits. Notamment on leur a dédicacé des édifices.
Une deuxième cause d’extension fut le culte des reliques. On récupérait les restes de leurs corps, et on les translatait des cimetières vers les basiliques à l’intérieur des villes. Puis on se mettait à partager ces précieuses reliques. Et arriva la coutume de les déposer sous l’autel de l’église où le saint était vénéré.
Enfin, dès le Ve siècle, on fit mémoire des saints dans la prière eucharistique.
La fête de la Toussaint proprement dite
Premiers pas : quelques dates
À la fin du IVe siècle dans certaines églises d’Orient, on vit apparaître l’usage de réunir les saints dans une célébration le vendredi après Pâques. D’autres auteurs évoquent une célébration de tous les martyrs le dimanche après la Pentecôte.
Le 13 mai 610, le pape Boniface IV (608-615) consacra à tous les saints un ancien temple païen connu sous le nom de Panthéon. Il avait été construit sous le règne d’Auguste au Ier siècle av JC, et alors consacré à tous les dieux. Il avait cessé de fonctionner au IVe siècle, puis avait été fermé au Ve siècle, enfin dédié à Marie et aux martyrs au VIIe. Boniface fixe une fête au 13 mais, selon un usage oriental. En effet, à cause du nombre de martyrs pendant les persécutions, on avait établi une fête qui les regroupait.
Avec le pape Grégoire III (731-741) un nouveau pas est franchi avec l’érection à St Pierre d’un oratoire dédié au Christ, à sa mère, et à « tous les saints martyrs et confesseurs et tous les justes parvenus à la perfection ». Les moines desservant la basilique y célébraient un culte.
Le 1er novembre
En 835, le pape Grégoire IV (827-844) engagea Louis le Pieux à promulguer un décret fixant la fête de tous les saints au 1er novembre, sans doute pour harmoniser différents usages. À partir de ce moment, la fête locale de Rome et de quelques Églises devint solennelle et se répandit dans l’Église latine.
Pourquoi le 1ernovembre ? Ce jour ouvrait la période d’hiver, ce qui a pu attirer une grande fête. En plus c’était un jour déjà consacré à une dédicace des saints : Alcuin en parle en 800, et vraisemblablement elle existait en différents endroits.
Les fidèles défunts
La Toussaint une fois fixée, St Odilon, abbé de Cluny, en rapprocha la fête des fidèles défunts vers l’an 1030. Cette institution était préparée de longue date par des pratiques locales de jours de prière pour les morts. Celle-ci a bénéficié de la renommée de Cluny et de St Odilon.
On confond trop souvent la Toussaint avec la commémoration de tous les défunts. Ce sont deux mystères proches dans leur origine, puisque le culte des saints s’est développé en partie à partir du culte païen des défunts. Il s’agit d’honorer ceux qui nous ont précédés sur cette terre. Mais nous avons la relation avec ceux qui ont mené une vie exemplaire, est différente de la relation avec ceux qui nous étaient seulement proches par l’affection.
Vivre et prier la Toussaint
Exemple et intercession
Nos frères et sœurs qui ont mené une existence particulièrement sainte, qu’ils soient canonisés ou non, nous accompagnent sur le chemin de la vie chrétienne. Ils sont des guides par l’exemple qu’ils ont laissé. Nous pouvons avoir connu des personnes saintes qui ne seront jamais reconnues officiellement, inscrites sur la liste des saints « officiels », le martyrologe. Pourtant leur exemple nous inspire.
Tous les saints connus ou inconnus nous accompagnent aussi de leur prière, de leur intercession. Eux qui ont part au triomphe du Christ et de tous les élus intercèdent pour nous qui sommes encore dans le combat de cette vie. Et il est bon de vivre notre condition en communion avec eux.
C’est ce qu’expriment les oraisons de la messe.
Les oraisons de la messe de la Toussaint
« Dieu éternel et tout-puissant, tu nous donnes de célébrer dans une même fête la gloire de tous les saints ; puisqu’une telle multitude intercède pour nous, accorde-nous ce que nous désirons : l’abondance de ta miséricorde. » Cette oraison « collecte », du début de la messe, nous place d’entrée de jeu dans la gloire du Ciel. Puis elle dirige notre désir. Elle fait appel à l’intercession des saints pour demander le seul don nécessaire à notre sanctification : la miséricorde de Dieu.
De nouveau on retrouve les mêmes thèmes au moment de la présentation des offrandes. « Daigne accepter, Seigneur, l’offrande que nous te présentons en l’honneur de tous les saints ; puisque nous croyons qu’ils sont déjà dans la paix de l’immortalité, accorde-nous d’éprouver aussi leur sollicitude pour notre salut. » D’une part la prière tourne nos yeux et nos cœurs vers la paix de l’immortalité, à laquelle nous sommes tous appelés. Et d’autre part elle rappelle leur aide sur le chemin de notre salut.
L’objet de la fête et de la louange se précise dans la préface, qui constitue la première partie de la prière eucharistique. « Tu nous donnes de célébrer aujourd’hui la Cité du ciel, notre mère la Jérusalem d’en haut ; c’est là que nos frères les saints, déjà rassemblés, chantent sans fin ta louange. Et nous qui marchons vers elle par le chemin de la foi, nous hâtons le pas, joyeux de voir glorifiés ces enfants de l’Église dont tu fais un exemple et un secours pour notre faiblesse. » La première partie de la louange fait une mention plus explicite du mystère de la communion des saints. Elle célèbre en effet le rassemblement dans la Jérusalem d’en haut qui est mère. Puis, dans la seconde partie, elle évoque l’exemple des saints pour nous qui sommes encore sur le chemin de la foi. Cet exemple nous fait hâter le pas, car il renforce notre espérance.
Fête de gloire
C’est la gloire du Seigneur lui-même qui rayonne dans la vie des saints. Car lui-même triomphe dans et par ses élus. Ainsi l’exprime la première préface des saints : « tu es glorifié dans l’assemblée des saints : lorsque tu couronnes leurs mérites, tu couronnes tes propres dons ». La contemplation de l’œuvre de la Grâce dans la vie des saints doit donc nous mener à contempler l’auteur et dispensateur de la Grâce.
Nous sommes tous appelés à cette gloire. Le Christ nous a sauvés pour nous en rendre participants. La Toussaint nous rappelle notre vocation à tous, vocation de laquelle aucun baptisé n’est exclu. Elle nous invite donc à laisser notre désir de la gloire du Ciel se renouveler. Fête lumineuse qui nous donne d’entrevoir l’éternité au-delà des ténèbres de ce monde, de l’épaisseur du péché, du mystère de la croix.
Fête de l’Espérance
Alors que nous approchons de la fin de l’année liturgique, c’est donc une fête d’Espérance qu’il nous est donné de célébrer tous ensemble. Elle entrebâille le voile qui nous sépare de l’invisible. La lumière d’en haut nous atteint comme fugitivement, avec les chants des élus parvenus à la perfection.
Que le Seigneur nous donne d’entrer dans le mystère.
Tu ne cesses de fortifier ton Église, et tu lui donnes une fécondité nouvelle par la foi admirable dont témoignent les saints ; tu nous présentes en eux des signes très sûrs de ton amour. Et pour que s’accomplissent les mystères du salut, le rayonnement de leur exemple nous stimule, et leur intercession fervente nous assure un appui.
2e préface des saints